Seule avec Z ?

J'ai regardé le débat entre Mélenchon et Zemmour. Comme un incertain nombre de spectateurs et auditeurs, j'ai été choquée de voir M. Zemmour maltraiter les journalistes qui intervenaient ce soir-là. J'ai cherché dans les medias ce qui s'en disait et je me suis sentie bien seule.

En toute tranquillité, il insulte une journaliste Amélie Rosique en direct, avec insistance, sans qu’aucun des medias main stream ne le signale, sinon Télérama qui titre Débat Zemmour-Mélenchon : le journalisme grand perdant puis attire l’attention sur l’absence des journalistes dans le débat. En effet dès le début, ils ont été renvoyés dans les filets par Eric Zemmour qui non contents de refuser leurs questions s'est permis de donner des leçons.

Il faut aller lire Télé7jours pour l'apprendre : Eric Zemmour recadre sèchement un journaliste : "Je suis là pour débattre avec Mélenchon, pas pour répondre à vos questions" (VIDEO) : "Eric Zemmour est alors monté d'un cran dans sa mise au point. "Je m'en moque. D'abord, je suis là pour débattre avec Mélenchon, pas pour répondre à vos question et deuxièmement votre question est mal posée".

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Cet irrespect de l’ex éditorialiste pour ses pairs a par contre été bien noté sur les réseaux sociaux par des utilisateurs souvent pointés du doigt dans leur masse pour leur manque de civilité. Midi-Libre dans un titre assez équivoque intègre quelques unes des répliques à cette muflerie dans Débat Zemmour - Mélanchon : Twitter s'enflamme... Le grand n'importe quoi des réseaux sociaux.Le corps de l’article en forme de compilation ne fait guère le lien avec le titre dépréciateur, comme si la dignité l'emportait finalement. (Et Mélenchon s'écrit bien avec un E).

Le Huffpost non plus ne trouve pas cela correct et titre en rubrique Politique : Sur BFMTV, Zemmour s'en prend à une journaliste qui le contredit :Confronté par la “cellule fact-checking” de BFMTV sur la fraude sociale qu’il chiffrait à 50 milliards d’euros par an, Zemmour a sèchement répondu comme vous pouvez le voir ci-dessous.(...) “Votre chiffre est tellement ridicule, que le ridicule est pour vous. (...) Vous vous êtes couverte de ridicule pendant cette soirée". Jean-Luc Mélenchon que les médias aiment habituellement bien faire passer pour un sanguin incontrôlable a de son côté pris la parole très calmement pour tenter d'éduquer Eric Zemmour “Attendez, faut pas parler comme ça”. 

Affilié au groupe Midi Libre-La Dépêche, L’indépendant, qui porte bien son nom, montre assez de respect pour les journalistes pour pointert et titrer sur Débat Zemmour-Mélenchon : contredit en direct, Zemmour s'en prend à une journaliste et la traite de "ridicule" . "Chère Madame, votre chiffre est tellement ridicule, que je pense que le ridicule est pour vous. Et que vous devriez lire l'excellent livre de Charles Prats et vous verrez ce qu'il en est exactement et vous comprendrez à quel point vous vous êtes couvert de ridicule là pendant cette soirée"

Alors que la journaliste demandant un droit de réponse lui proposait de citer les modes de calculs de ce chiffre exorbitant, il a continué par  "C'est très simple, il suffit de lire son livre. Vous verrez les détails". 

Pourquoi cette indifférence des grands médias ?  

Comment un politologue peut-il dire dans une chronique sur FranceInfo que ce fut un "Match nul sur la forme donc". L'objet de la politique n'est-il plus d'instaurer des rapports harmonieux dans la cité ? Le choix de l'angle doit-il éjecter les personnes en présence ? 

Faut-il voir dans ce statu quo une forme d'auto-destruction des journalistes par leur mépris pour certains d'entre eux qu'ils ne considèrent pas comme des leurs étant donné leur appartenance à une chaine d'infos en continue généralement dépréciée en tant qu'objet médiatique ?

La plupart des autres titres se contentent de chercher un gagnant et de renvoyer dos à dos les deux personnages sans vraiment s'engager ni dans la dénonciation ni dans l'approbation, se contentant de discréditer ou accréditer quelques unes de leurs citations et se rangeant plus ou moins explicitement aux côtés de l'un ou l'autre. 

Dans Marianne on n'hésite pas à écrire que "la soirée n'a pas été avare en enseignements, épisodiquement interrompus par quelques inutiles séquences de fact-checking." Inutile non plus de compter sur Marianne pour tenter de comprendre ce que Mélenchon veut dire par créolisation :  En revanche, si les projets de Zemmour sont éminemment critiquables, ils sont plus clairs que les démonstrations de l'Insoumis sur la « créolisation », concept introduit pour la campagne présidentielle dont on peine toujours à cerner les implication. Quant à la conclusion elle est clairement partisane : Outre son image dégradée, Jean-Luc Mélenchon traîne également deux boulets à ses pieds : son opposition bornée au nucléaire, ainsi que la défense d'une « créolisation » nébuleuse et présentée comme inéluctable.

Mieux vaut, pour comprendre ce concept de créolisation, lire Le Monde qui présente clairement et honnêtement les deux protagonistes comme le candidat de La France insoumise et le polémiste d’extrême droite. : M. Mélenchon a vanté « la créolisation de la France ». Pour lui, « nous sommes le pays qui pratique depuis le plus longtemps une forme de créolisation assumée, c’est-à-dire la création d’une culture commune de gens qui se trouvent au même endroit »

Si ce débat était sans grande surprise, son traitement médiatique nous donne une idée de ce qui pourrait nous attendre dans les mois à venir : une indifférence quasi-totale au respect des personnes, une tolérance 10 000 à la vision cauchemardesque de la France que marteau-pilonne une caricature de journaliste égocentré, la tête branlante, en boucle sur ses obsessions, agressif par ses incapacités à modifier sa vision du réel, et à qui l'on ne barre la route que très mollement. 

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