La France n’est pas mûre pour récolter ce qu’elle n’a pas semé. [31/31 #Inktober]

Moins de 2 ans pour arrêter la France seulement 2 minutes. C’est le temps qu’il faut pour la révolutionner avant 2022. C’est jouable si une chaîne de télévision accepte de laisser 8 heures au stream d’un cénacle. Laisser la France, seule avec ce qu’elle vit, se moissonner au sang en 2022 est inhumain, non éthique, irresponsable devant l’Histoire. Il est temps que débute le XXIe siècle.*

 MISE À JOUR LE 12.11.2019 : le concept de "cénacle" décrit dans cet article, dernier de la suite #INKTOBER, est à présent :

CÉNACLE | 2020 En 2020, 27 personnes analysent le présent en France pour démontrer par récurrence : « La société française est totalitaire »*, voir la charte, en tribune et développée, les notes de l'auteur, et le logbook, journal de bord des posts, vidéos, coût et process du concept jusqu'à réalisation, ainsi que les compte/page/chaîne/sites Twitter, facebook, YouTube et Medium affiliés : cenacle2020.com

CÉNACLE | 2020 CÉNACLE | 2020

 

ARTICLE DU 31 OCTOBRE 2019 : 

Au mouvement Gilets Jaunes

Quand on est souvent sur twitter à laisser défiler, on se prend des dizaines de leçon par jour, qui tiennent en 280 caractères max. Ce sont des analyses foudroyantes de l’actualité, avec un recul de 2000 ans, au moins. Elles défoncent l’air après avoir passé un couloir de double portes gigantesquement ouvertes, et emprunté, d’abord, un pont-levis baissé au-dessus de douves comblées. On a envie de commenter à chaque fois « Et alors ? »

Ce sont ceux qui travaillent à la fois côté universitaire ou engagé ou politique « et » côté médias qui en sont les spécialistes. Peut-être qu’ils regardent leur profil, parfois, étonnés de leur investissement à la fois si pédagogique et brillant ? Ils sont dans une position qui doit avoir sa torture : jamais ils n’ont l’occasion d’une thèse longue, ils doivent donc passer par l’elevator pitch, sauf que, sur Twitter, le pitch descend, inexorablement. Quand c’est dit, c’est fini, ça disparaît. Ainsi du passage dans une émission. Il ne peut donc pas y avoir de thèse filante, en construction permanente. Impossible de reprendre un point pour le rallonger de 280 caractères ou de 8 minutes de speech tout compris lors de la prochaine émission.

Le taux de contrainte peut être annulé par la publication d’un livre, mais il ne sera pas défendable sur un plateau où on anime, où on est invité régulier, et sa communication subira le sort de l’elevator pitch inversé. Ceux qui choisissent de représenter plus qu’une expertise, mais un engagement, dans les médias, sont pris au piège du « très court ». Ils doivent espérer que quelque chose reste un peu et qu’ils parviennent à modifier, à raison d’un ton particulier ou d’un enchaînement d’arguments, l’idée que le public se fait de la matière qui fait l’actualité. Mais ce qu’ils obtiennent seulement, c’est au mieux de la personnaliser, et sinon de se priver, par leur faute, de la matière globale. À n’avoir que le temps d’esquisser son sujet, on n’a pas le choix de déjà prélever la seule part qui le mettra en valeur dans l’actualité.

Il n’y a donc jamais la place pour une analyse totale, peut-être même pas l’objectif, si ce n’est général, de son seul engagement. Et il n’y aura jamais la place, par la faute du chrono et du rôle des médias qui n’est pas de tout couper pour que s’étende une pensée.

Le rythme des médias est le leur, point. Ils ne sont pas contraignants sauf si on veut passer par eux pour placer une réflexion dense.

Beaucoup de ceux investis dans la parole fréquentent aussi le « forum », sous diverses formes dont conférences avec échanges, rencontres avec échanges. Ils laissent le public investir leur côté, parce que c’est le public qui manque ailleurs, notamment dans les médias. Répondre à des questions lors des émissions ou lire des commentaires de ses tweets n’a rien à voir avec l’espèce de faux dialogue des formes hors-médias, pro-université, salon/festivals de l’idée souvent thématiques.

S’il y a pensée, alors elle préfère s’infiltrer dans les réponses au public, quel que soit son niveau, sa spécialisation, plutôt que de tomber en rideau devant lui presque comme s’il n’existait pas, d’une façon magistrale. L’enseignement aime à se croire dans l’échange, ce n’est pas très récent, voir Platon, le Christ : questions ? Réponses, ou plutôt « propositions ». Mais est-ce que la pensée/idée/thèse/analyse aime cette forme d’aller-retour qui peut être dépourvu de condescendance, ou est-ce qu’elle ne peut supporter que cette forme-là, important, finalement, la contrainte des médias et réseaux à l’intérieur d’un forum, amphi, salle de conférences, …café littéraire ?

Quand les concepts de chaque analyste ont-ils l’occasion de marcher dans le vide, construisant seuls leurs ponts, sans l’aide d’aucun petit architecte d’intérieur ? Quand peuvent-ils réellement jouer leurs cartes sans croupier dans une émission ? Quand, sans public quelque part ramasseur de balles ? Jamais.

Est-ce qu’il n’est pas étrange qu’aucun concept ne cherche à se dégager de ce « jamais », pour lui-même ? Un concept, (ou une thèse pour ceux plus formels), ne peut pas tenir compte des contingences, ou c’est qu’il n’est qu’une petite proposition vague. Constitutivement, le concept ne peut commencer par borner sa propre nature.

Je crois que si tout ce qui se fait passer pour de l’idée, en France, ne cherche jamais à s’imposer, ni à se présenter sous une forme inédite, c’est qu’aucune idée existe. Il y a une sorte d’éternelle défense d’un client, qu’il soit accusé ou pas, mais c’est tout.

 

Imaginons, follement, qu’une chaîne de télévision, d’audience large, accepte un soir à partir de 21 heures, d’accorder 8 heures à un cénacle.

8 heures, c’est le temps que ceux appelés « intellectuels » ont passé à écouter le président délirer et jouer à la toupie, physiquement, et langagièrement, dans son vide. 8 heures, pour rien.

« 8 heures » n’est plus un temps insensé pour aucun média : il y a jurisprudence, alors que nous ne sommes pas dans un pays à chaîne unique et étatique.

 

Il faut que le média soit impérativement une chaîne de télévision, et qu’elle ne refile pas le stream à une radio, ou YouTube, parce que tout le monde n’est pas capable de suivre sans image, ou d’aller sur YouTube. Il faut l’outil le plus densément populaire. Que les 8 heures ne soient pas suivies en entier, peu importe, évidemment ce sera reproduit sur les réseaux qui peuvent supporter ce format. Est-ce qu’il faudra réellement 8 heures ? Rien n’est moins sûr. Mais il faut ce temps, parce qu’il est aujourd’hui le plus large qui ait été imposé et que commencer à trouver des arguments pour s’opposer à cette longueur peut mettre très très vite tout le monde très mal à l’aise. Dire « hors de question » et filer est la seule autre solution à part « okay ».

 

Imaginons que le format est accepté : la révolution commence. Inédite, et historique, la communication sera vite vue.

 

Dans ce cénacle, imaginons 17 personnes. Un nombre impair pour qu’il n’y ait pas de parité, qui tient encore à la table d’une réunion de famille dans une maison sans prétention, sans grand salon, à échelle humaine. 17 personnes mûres, et encore loin d’un certain âge, et surtout d’un âge avancé.

Aucun public, uniquement le staff technique.

Aucun médiateur, mais une charte stricte, dont (c’est un début très vite décrit) :

 

Chaque personne s’engage à atteindre l’objectif du cénacle qui n’est pas d’apporter des solutions mais de démontrer le problème de la France à l’instant du cénacle en acceptant l’hypothèse de départ :

« la société française est totalitaire ».

Le cénacle s’engage à changer cette hypothèse en affirmation ou à démontrer qu’elle n’est pas exacte et donc à redéfinir le problème de la France à son instant.

 

Chaque personne s’engage à rompre avec l’actualité sauf exemple conclusif et à étendre son analyse sur un minimum de 50 années passées extensible à 100 ans.

 

Chaque personne admet, devant l’hypothèse proposée que, vraie ou fausse, elle ne peut que générer une démonstration et une recherche collégiale qui la rendant vraie ou non auront quoi qu’il en soit diagnostiqué le problème de la France, lister les causes et conséquences.

Chaque personne admet que l’énonciation d’une analyse critique de la France peut seule suffire à sa révolution conceptuelle mais qu’il n’est pas la prérogative du cénacle, ni son ambition de se faire l’exécuteur testamentaire de cette révolution. La démonstration du cénacle sera en elle-même, c’est tout. Jamais, en rien, elle ne prétend se simplifier en loi, en dogme, en recette, jamais elle ne pourrait être politisée par des partis existants, inclus, tous, de force, dans le problème de la France.

 

Chaque personne admet que la critique devra se séparer de peut-être 100% des assurances actuelles populaires ou « élitistes ».

 

Chaque personne accepte, lors de ce cénacle, quoi qu’elle dise, de le dire sans pression, sans haine, sans esprit de vengeance, mais aussi sans remord, sans pudeur, sans inquiétude non plus. Chaque personne doit être puissamment libre et cette liberté doit assurer que ce qu’elle avancera est sans regret. Ça ne signifie pas que le secret et le mystère sont exclus mais que la matière ajoutée à celle travaillée par tous est libre et que le crédit du cénacle repose sur cette liberté intellectuelle, exclusivement.

 

Aucun des sujets médias, réseaux, économie/capitalisme, extrémisme, individualisme, la liste n’est pas exhaustive, ne doit être autre chose qu’adjuvant. Jamais centre du sujet, jamais cause unique, voire plutôt traité conséquenciellement ou, s’il faut, à redémontrer. En général : aucune des grandes masses accusées dans la conversation courante de n’importe qui ne doit plus exister pour elle-même, mais uniquement comme élément d’une architecture qui dépend de lui pour lui-même, mais qui tiendrait debout sans lui.

 

Chaque personne s’engage à user de la totalité de ses connaissances, dont une spécialité, et de ne pas faire d’elle un filtre restrictif.

 

Chaque personne amène à la table sa compétence qu’elle accepte de « re » voir dans un esprit humaniste (de la Renaissance + pro-humain) sans aucune traduction, aucune école, aucun réflexe, tous ses chemins à nouveau praticables. Si on est sociologue bourdieusien : plus de Bourdieu sauf si le stream généré est épaissi d’une réponse qui se trouve être bourdieusienne mais dont la paternité n’importerait qu’à cause de sa datation, par exemple. Si on est économiste privilégiant une thèse de redistribution : on se sépare de cette vision ; ce n’est pas que chacun doit abandonner sa foi, si ses convictions vont jusque-là, c’est qu’elle réduit sa compétence : voir plus haut pourquoi, et surtout celle des autres.  

Aucune des 17 personnes ne sera culturellement innocente de telle et telle idée. Mais l’objectif est de permettre au stream de monter en puissance, et pas de prendre des voies à écluses. Quelconque spécialiste très avancé dans sa matière sait lui-même qu’il a procédé lors de sa progression à des choix, en établissant un différentiel : c’est lui, le différentiel, qui importe. Il faut donc que le spécialiste soit capable de rétrograder pour se souvenir de l’arborescence de sa progression, de tous les chemins de traverse, du tronc principal, des ramifications. Si la spécialisation d’une personne s’est faite avant un choix dans la masse totale mais dirigée par un a-priori trop fort, elle ne peut rien apporter au cénacle à moins d’en être consciente et que la suite de son parcours ait, quoi qu’il en soit de son amorce, admit la totalité qui aura peut-être fini par redémontrer l’hypothèse de départ.

 

Chaque personne s’engage à signaler, si elle sait que la ligne moyenne de son discours en souffre, ses forces et ses faiblesses qui lui sont indispensables pourtant pour le construire. Il ne s’agit pas d’avoir fait son analyse, ni d’imposer une neutralité et une monotonie à l’analyse, qui, même idéalement atteintes, rendraient fictive l’analyse. Par contre, on est ce qu’on est, et rien, pas même un bagage intellectuel n’est dissociable d’une personnalité, de ses expériences. Il s’agit seulement d’avoir une vision mature de soi qui par défaut donnerait une valeur à l’objectivité du regard sur l’autre, et à la critique. Si une femme n’a que le féminisme à la bouche : elle n’a rien à faire dans le cénacle. Si un ego pense s’y épanouir : de même.

Chaque personne s’engage à s’effacer derrière la mise en commun des analyses et réflexions et à devenir le « second » de l’autre.

 

Chaque personne s’engage à perdre tout schéma de discours victime des standards de sa profession et à parler avec urgence et efficacité face à un timing, à ne rien élaborer stylistiquement parlant mais laisser la forme être juste la parfaite expression du fond, à ne perdre aucun temps à digresser.

Le cénacle se doit d’estimer son public comme le plus brillant, réceptif et dépassant, à lui tout entier des millions de fois son expérience et son savoir. Chaque personne s’engage donc à une pédagogie courante, mais tenant compte de la moyenne culturelle du cénacle. Si un scientifique ne parle plus qu’en formule et un chef d’orchestre en notes, c’est hors sujet, mais certaines notions doivent s’extraire de la volonté de « se faire comprendre » par d’autres esprits moins développés culturellement ou intellectuellement afin de gagner du temps et encore une fois : de ne jamais sous-estimer la perception du public.

Chaque personne s’engage comme elle analyse et critique le « sujet/patient France » à parler devant elle en termes qu’elle comprendra forcément, quand bien même certaines définitions lui échappent, parce qu’elle reconnaîtra sans aucun mal qu’on parle d’elle. Sa propre mémoire devra être convoquée, son vécu, son expérience, sa vie.

Chaque personne s’engage à ne pas quitter cette ligne-là du regard : la vérité.

 

Imaginons que se réunisse assez d’honnêteté intellectuelle pour « savoir » et « pouvoir démontrer » que ce qui, à quelques semaines de l’acte LIII, forme l’opinion conceptuelle du mouvement Gilets Jaunes de la France, est vrai.

Je ne dis pas que le mouvement Gilets Jaunes est conscient du concept de société totalitaire, ni même de son propre concept face à l’état de la France, mais il l’est d’une vérité qui n’est pas dure et abrupte, qui a été grossière parfois, mais largement le plus souvent particulièrement subtile, dont l’isolement l’a empêché d’atteindre une forme mûre, dont la culture ne s’est pas étendue, n’a bénéficié d’aucun, aucun, aucun climat favorable, aucune attention, et donc n’a pas pu se développer, ne peut rien récolter d’elle-même que de quoi nourrir le mouvement même, mais personne de plus. Ce mouvement est la France sur 8 décennies. Un seul pour 8 décennies. Un très petit pourcentage, au mieux 0,6% de la société. Au XXIe siècle.

Une question perdure depuis bientôt un an : « qui sont les Gilets Jaunes ? » Le Pouvoir, de la façon la plus transparente possible, l’a voulu quelque chose de bordé, cerné, de sorte qu’il soit, quand le Pouvoir a décidé qu’il était assez fait pour être consommé : consommé, puis de sorte qu’il soit, quand le Pouvoir a décidé qu’il n’était plus consommable, apte à pourrir sur lui-même et éloigner de dégoût tout le monde. Le Pouvoir a pu dire et faire tout ce qu’il voulait : la vérité reste, change en nombre, en forme, sa systématisation n’a pas fonctionné. Elle ne parvient à subsister que dans sa liberté, hors hiérarchie, hors secte.

 

Imaginons que la « vérité Gilets Jaunes » traverse 17 saisons de mûrissement en 17 minutes, bénéficie d’une attention unique, ultra enrichie, que son développement dépasse toute mesure espérée, que le stade du concept soit si rapidement acquis qu’on puisse en récolter les fruits et aussi vite réensemencer ? À quoi aboutirait-on ?

 

Imaginons les objections à tel cénacle et à ce début de charte.

Qui pourrait s’y opposer ?

Pourquoi ?

 

Qui pourrait y participer ? Forcément, pour commencer, des personnes qui savent qu’elles ne sont qu’elles. Qu’elles ne sauraient se prétendre autre et, justement, comme cité, ce serait une de la garantie intellectuelle de cénacle.

Ce peut être 17 inconnus du grand public. Sinon, qui, dans ceux qui parlent, aujourd’hui ?

 

J’ai parlé dans le chapô de 2 minutes. J’ai souvent parlé dans les articles #Inktober 2019 de « 2 minutes ». Et de s’arrêter, tout faire cesser. Tout.

 

J’estime que sur 8 heures, on peut compter que la totalité ou presque de la France ait au moins vu 2 minutes. Pour ceux qui n’auront pas pu, d’autres les auront vues pour eux.

J’estime que ces deux minutes, où qu’elles soient parmi les 8 heures, peuvent suffirent à soulager jusqu’à une reprise d’air n’importe qui si le cénacle applique la charte exhaustive.

2 minutes suffisent à une révolution inédite.

 

C’est un challenge intellectuel jamais mis en œuvre.

Il n’existe aujourd’hui 31 octobre 2019, ici, en France, aucun argument contre sa réalisation qui ne valide l’hypothèse de base.

Mais le plus complexe n’est même pas de trouver à persuader une chaîne : c’est de rassembler 17 personnes capables de signer ne serait que le rapide brouillon de la charte.

Ce qui, aussi, valide l’hypothèse de base et en fait un concept.

Pourtant, il faut que ce cénacle existe avant 2022.

 

 

Merci à ceux arrivés jusqu’ici, 31e article.

 

FIN D’#INKTOBER 2019 DÉTOURNÉ PAR PUCK.

 

* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube

Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le DERNIER mot :

31_RIPE [(fruit/culture) mûr/prêt à être cueilli, récolté, moissonné | (fromage) fait | (odeur) fort/déplaisant | (âge) très avancé) | (langage) dur/grossier/abrupte]

PUCK détourne le challenge INKTOBER 2019 © © Claire Cros | 17SWORDS

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