Frêle. Faible. Fragile. (Et la femme créa l’homme.) [8/31 #Inktober]

50 kg d’os, si mouillés, lent, lâche, mol, surface visible soignée, immature, niais, indécis, fesses/cuisses/ torse/ épaules : non, légèrement ventru, voûté, crad’ étudié, se plaisant énormément, gélifié. Y gratuit exclusivement dans la barbe. État en partie irréversible, vieillissant très mal, non résistant. Possibilité d’échanger contre l’identique neuf, ou la violence.

Il y a aussi mal dans sa peau, dépressif, errant, inquiet, seul et secret, même en troupeau, peu performant, sans endurance, sans performance ni physique, ni intellectuelle, ni morale, incapable devant l’épreuve, désespéré de l’être, très peu érotique, peu loquace, vide, triste, fuyant immobile, et, passé un âge encore assimilable aux travers moraux et à l’apparence de l’adolescence, fragile s’ajoute à faible et frêle. Fragile physiquement, psychologiquement. Sans la moindre armure et non armé non plus. Écrasable, brisable, friable. Victime, et ne sait pas du tout de quoi, ni la société. En danger.

[…………Excusez-moi, comme j’écris, je viens de recevoir une notification de Twitter : Libération vient de titrer « Près d’un tiers des hommes ont déjà éjaculé avant la pénétration. » La photo, c’est un sportif ou un coureur automobile qui se vide une bouteille de lait sur la tête. ……………………Oooookay, ça méritait une notif’, c’est sûr. Ces dernières semaines, coup sur coup, Le Monde, je crois, peut-être le Figaro et Libé, aussi, ont titré sur : l’amour sans pénétration (car has been), l’auto-fellation, comment enseigner à bien sucer sans vexer (enfin, en mieux dit), le baiser : c’est du sexe aussi, et je ne sais quoi encore. Je disais quoi, déjà dans le 7/31, à propos du sexe ? Bref. Je reprends, j’y reviens ensuite.]

Certains s’en sortent admirablement. Ceux-là masquent parfaitement la réalité massive, car souvent placés socialement, professionnellement dans des angles visibles, prescripteurs, en contact avec le public, en représentation, en modèle, même. Ils sont la vitrine, et c’est leur personnalité qui biaise l’étude, floute la vérité. Idiots, égoïstes, orgueilleux, du matin au soir, rebondissant dans leur quant à eux ; toute la catégorie bobos 2.0 et 3.0, niais et heureux, bavards, très, très, très, très, très bavards, surcapables (d’après eux), chantres de leur genre. Non sportifs. Standards à en crever et persuadés que ce standard est l’exception, incritiquables, impossible à contredire, saoulant, imbuvables, la médiocrité comme combat, la mesure abandonnée pour la « tempérance » dernière née de l’attitude obligatoire. Pour peu qu’ils aient des enfants, à se détourner d’ennui et même d’un certain dégoût. Inaturels avec tout, dont leurs enfants, et fiers de l’être, donneurs de leçons, complètement abusés et illusionnés par eux-mêmes, bourrés de principes, persuadés de leur tolérance. L’inaction en excuse. L’engagement pleutre mais dictatorial. Creux. Dangereux.

Les tendances sont capables de remanier un squelette déjà dur, l’Histoire le sait. Les modes parviennent à muter l’abouti, pour plaire à quelques idées folles, toujours passagères et excessives : partout dans le monde, et depuis toujours, les critères esthétiques varient, les canons changent. Côté femme, c’est très référencé et connu, le rond est adoré avant que le plat seul soit délectable, la taille fine finit vulgaire à voir celle garçonne, un teint blanc s’ambre puis reblanchi. Selon comme on est, on vit le bonheur que son heure soit venue : son physique, ses traits correspondent à l’idéal de l’automne hiver, ou bien il faudra un travail de remaniement, se tordre beaucoup, souffrir sûrement, mais recommencer autrement pour l’été.

Les hommes de toutes les époques ont aussi modifié leur allure ; c’est moins connu, et uniquement par pudeur mâle, quelque part, et par désintérêt de leur part, mais les romans, les œuvres d’art, selon, montrent des physiques différents diversement appréciés socialement, pas seulement par le jeu érotique de la séduction. Un temps a voulu les teints rouges de bonne santé, un autre blanc, un autre la barbe, un autre l’androgynie, déjà, la maigreur, ou la masse. Les classes sociales ont aussi toujours eu des grilles différentes d’élection de la beauté et de la norme préférée. En dehors de ces modèles représentatifs du goût, du désir, de l’esthétisme, le masculin a droit à toutes ses formes, d’échalas à poire.

Le moment historique est toujours responsable, par contre, de « l’idéal ». Nous ne vivons certainement pas un temps qui nécessite des spartiates en série. Mais il semble que nous ne vivons pas non plus un temps qui nécessite des hommes.

Le moment est terrible pour eux. Terrible. Ils ne sont pratiquement plus rien, ni physiquement, ni moralement, leur rôle n’a même plus à être remis en cause, ils n’en ont plus. Quelque chose, derrière la mode, derrière la tendance, accumule une série de non-dits, d’incompréhension, encore une fois de non-analyses, qui laissent les hommes, jeunes et déjà plus tout jeunes, dans un statut bientôt inexistant, inconfortable et presque que cadavre. On veut leur éradication et c’est ça qu’il faut lire dans le physique qui serait l’idéal actuel : une disparition.

Ce n’est pas normal que les cohortes de jeunes hommes soient plus proches, visuellement, de l’allure des prisonniers des camps que d’autres choses. Il n’y a aucune fraîcheur enjouée, il n’y a pas du tout ce côté anguille frénétique, fuyante, des jeunes garçons qui auraient gardé ça en grandissant parce que l’époque préserve la jeunesse, ne responsabilise pas, ne fait pas vieillir « comme avant », mais traîne à charpenter, si ce n’est physiquement, mentalement, moralement. Il n’y a pas de bonne humeur, de joie, d’énergie, même dans un corps pas forcément habile, ni capable, réellement, dans la fibre de ses muscles, de jouer au déménageur, le vrai comme l’idéaliste. Il n’y a pas de paix, pas d’espoir, pas de tranquillité, et pas les nerfs non plus pour montrer sa nervosité alors que le physique a quelque chose du mythique névrosé, s’agitant comme un rat. Il n’y a pas de sourire vital, d’ensoleillement. La faiblesse générale absorbe même la démonstration du mal-être. Il y a une immobilité lente, elle est symptôme : de quoi ?

Être le plus fin, maigre possible, extérieurement sans force, sans souffle, sans longueur dans le temps, c’est d’abord présenter le moins de surface possible à l’extérieur, donc tenter de recevoir le moins de coups possible d’où qu’ils viennent. La maigreur comme passe tendance pourrait bien être un système de défense, parce qu’un autre format n’est tout simplement plus admis.

« Frêle » appelle comme un pendant : « doit être protégé ». Il faut faire attention, parce que tout peut faire mal. Ça marche pour un enfant, un arbrisseau, un chaton, …une femme, d’une autre époque, mais toujours pas pour un homme. C’est trop en dehors de son mythe, trop en dehors de son histoire, trop en dehors, tout simplement, de son obligation génétique quand il est en bonne santé. Or c’est ce qui est tenté d’être mis en place, quasiment, mais je crois en fait totalement, inconsciemment, par les hommes. « Frêle ». Ça n’appelle pas la pitié, mais presque. En tout cas, avec assez d’évidence, ça empêche encore bien qu’un effort soit demandé, qu’on s’acharne à croire à de la performance quel que soit le domaine, je ne parle même pas du sexe. L’apparence, avec logique, éloignera l’idée que poser un poids sur ce genre de format soit prudent, ainsi qu’une évitera de la faire sur une table aux pieds trop fins, de mauvais bois. Poids physique, poids moral, poids de conscience : à éviter. Ce n’est pas à réfléchir : le physique seul détourne le mouvement. Il ne peut rien supporter.

Est-ce que quelqu’un se demande si, à l’intérieur, quoi que ce soit à part son propre poids, et encore peut être supporter ?

L’effacement, par le moins de densité possible. La discrétion, par le moins de coffre possible. Le moins d’emprise, le moins de courage, le moins d’investissement : un physique peut être une fuite permanente. On dit facilement qu’une certaine obésité est la construction d’une bulle protectrice : on éloigne de soi, par son propre volume, tout ce qui tente de détruire, l’insupportable moral, aussi. Mais la maigreur, abaissant le volume de la présence, est un autre type de protection, et ce n’est sans doute pas moins maladif, au contraire.

Il y a maigreur sans privation. Donc elle est difficile à mesurer comme un mal-être, un sacrifice. Et rien, socialement, ne l’indique. Les mères, peut-être, seules, pourraient s’en inquiéter, mais elles verront avant tout leur fils, pas un ensemble mâle sociétal répandu. Elles verront un corps explicable, qu’elles soignent depuis longtemps, qui aura eu une vie sans réel problème physique, elles n’iront pas jusqu’à s’interroger sur la place de « l’homme » dans leur propre société. Elles s’inquiéteront, peut-être, de son mal, de sa langueur, de son inadaptabilité, un peu à tout, de son manque de bonheur et de stabilité, de désir, même, dans sa vie, dans ses horizons. Elles n’iront pas chercher plus loin.

Les amantes, elles, céderont aussi, évidemment, devant l’idéal de tendance, avec un aveuglement assez pathétique et un déséquilibre assez manifeste qui pourtant ne semble pas les gêner. Les jeunes filles sont souvent, aujourd’hui, hors format, surprenante de masse, les mains larges, les poitrails larges, sans muscles aucun, bedonnantes, les mum jeans leur dessinent sans grâce un cul de jument et la chute totale de l’équilibre érotique est tel que le fait qu’ils leur marquent aussi la fente du pubis ne gêne personne, pas même elles. Habillées, elles sont dénudées, offertes, avec une vulgarité qui est convention pour la mode.

Je reste curieuse du manque de réactions des femmes à voir leurs filles ainsi parées. Elles n’ont pas peur, pas de révolte, pas de sursaut, devant une évidence qui est particulièrement vulgaire. C’est inquiétant. C’est inquiétant de voir des femmes acheter les jouets LOL à leurs filles. Que leurs pères n’y voient rien : mettons. Mais les mères ? Des femmes ? C’est inquiétant cet œil social si neutre, naïf. Ce n’est plus de la tolérance, je crois, c’est réellement une perte d’instinct. C’est nier le pire et l’agression potentielle. C’est nier que le mal existe, la perversité, que la société n’est pas tout entière que bonnes intentions, c’est croire que rien ne puisse passer tous les systèmes de surveillance et de protection, leur faire infiniment trop confiance. Il y a une inconscience généralisée, et j’ai peur de ses raisons, sombres, psychologiquement, et de ses conséquences. Mais c’est un autre sujet.

La jeunesse actuelle est désincarnée et désérotisée, elle ne se voit plus, ne se désire plus, ni individuellement, ni quand elle s’arrange en couple. Cette désérotisation est elle-même une protection, elle est déjà extrêmement nocive, mais les femmes, jeunes et un peu moins jeunes déjà, s’en sortent un temps, au moins jusqu’à un enfant, et n’ont pas encore compris où était le problème. Les hommes, eux, ne s’en sortent pas.

Les amantes devenues mères, enfin, elles, vont s’énerver, parce que, cette fois, il y a bien un poids de chair, et frêle ou pas : il faut le porter. Elles l’ont bien porté, elles. À nouveau, rien ne dit, dans la société, d’où vient l’incapacité à former un couple correct qui résiste à l’épreuve d’un enfant rien ne prévient, et personne ne mute soudain à son approche. Aucune ressource ne vient repousser une faiblesse tendance, la mode du saule. Aucune responsabilité, même celle d’un enfant, ne vient armurer un corps qui, par nature, a tous les droits de ne pas être celui d’un gladiateur, ça, bien sûr, mais, cette fois, par devoir, doit pourtant le figurer.

C’est là, que tout commence à grincer, que les femmes soupirent et soupirent et soupirent, ne parvenant toujours pas à comprendre qu’une société ne leur permette pas d’avoir un autre choix que ce « genre-là » de père. Mais ça ne va plus. Cette fois, la faiblesse met tout simplement en danger leur propre enfant. Et le pire de l’aveuglement sociétal est que même si leur enfant est un fils : elles ne se poseront jamais la question du modèle du père. C’est fascinant, d’ailleurs. Et c’est révélateur.

Éjecté, le pâle incapable. Dans la semaine, il sera dans le lit d’une autre, deux ans après, avec celle-là ou pas : un enfant. Et re-éjection. Une norme. Les femmes se passent entre elles, même entre amies, leurs donneurs et sans même (soi disant) conscience que c’est à ça qu’elle réduise le pantin dont elles s’affubleront. Il sera de toute façon jetable, remplaçable, il n’a plus rien, rien, rien, d’obligé, d’impératif.

Jamais au moment du nouveau couple, elles n’admettront qu’elle couche avec ce qu’une autre à jeter, elles mépriseront, d’ailleurs, la précédente. Mais elles comprendront vite quand même. Ce n’est pas si grave. Aujourd’hui, tout le monde reste amis quand même. Les familles s’étendent de 1 à 2 à 4 couples, ont 2 ou 3 belles familles.

Par défaut, un homme trouvera une place. Par lassitude de la dernière compagne, par manque d’argent pour continuer à faire et défaire des essais, des tests de familles, aussi. Il n’est même plus utile de faire croire qu’on veut du pérenne. Ce n’est pas beau du tout. Ce n’est pas méchant, ce n’est pas forcément dur ou violent, il n’y a même pas forcément de cris, de batailles, d’avocat. Tout le monde a laissé tomber. L’errance gère les rencontres : on se cogne un l’autre, par hasard, et on y reste pour faire cesser le ballottement, une solitude, mais on ne s’aimante plus.

Le manque de puissance d’union, dans les couples actuels, ne peut pas ne pas trahir une intimité lamentable, des cerveaux bouffés par autre chose que même chercher le repos et le bien-être. L’absence inouïe de joie, tout simplement de joie, dans les couples et les familles, trahit au niveau des adultes les composant, un manque de plaisir aussi, de complicité douce, de tendresse, de bonheur à la con d’être à côté de ce corps-là, de vivre une vie en alliance avec lui.

Personne ne croit dans un monde où tous se marieraient dans un bonheur naïf, à vie, la jolie mariée fine et gracieuse et le prince, son épée au flanc. Le problème n’est pas là et tous les formats peuvent se rendre plus que compatibles et pratiquement, et habillés, et nus, et dans le dialogue, et dans les convictions, et dans les coups durs, et dans les grandes joies : encore heureux, un être c’est autre chose que son enveloppe, et ses talents, compétences, peuvent être telles que l’enveloppe même ferait presque sourire de ne pas être le reflet d’autant, c’est à ça que sert un regard, ou un sourire, à révéler ce qu’une longueur de jambes ne livre pas forcément comme qualités. Mais ça, ça vaudrait comme défense d’une société basée sur l’apparence, or, quoi qu’en pense le populaire, ça fait longtemps qu’elle n’existe même plus. Sinon, elle, elle ferait un tri. Elle, elle pousserait à prolonger la comédie, du couple et de la famille. Mais non.

Un garçon naît, depuis 50 ans, dans un monde, en occident, et en France c’est hurlant, où, avant tout, il n’aura plus droit à une représentation, et la dernière tendance est de lui laisser de choisir de quel sexe il sera, quand il sera assez grand pour décider, ou quand l’air qu’il respire aura fini de le façonner. Avec une vitesse irréfléchie, la société a été dressée pour mettre en valeur le féminin. Toute sa com’, tout son loisir, particulièrement pour la jeunesse, repose d’abord sur le pouvoir féminin : les petites filles sont les héros, joueront au foot, tout doit être mixte, il n’y a d’ailleurs même plus de prince, dans leurs contes, mais des adjuvants, au même niveau qu’un bonhomme de neige ou qu’un renne : il n’y a plus rien qui induise un couple hétérosexuel dans la représentation pour l’enfance, et ce n’est pas du tout pour ne pas écarter l’homosexualité potentielle, c’est définitivement pour ne jamais que l’élément féminin soit rabaissé à n’exister que dans un rapport « couplé » avec un autre, masculin. On préférera l’enlacement de deux sœurs enneigées, à la limite du malsain, voire malsain, plutôt que le balourd figure une présence forte, admirable. Le masculin a encore le droit d’avoir de l’humour, c’est à peu près tout ce qui le préserve de l’extinction et pas mal de femmes ne couchent plus qu’avec ça, qui sauve encore toute l’incompétence sinon. Dans les fictions dominantes internationalement, prenons un Disney, Maléfique, avec Angelina Joli, la Belle au bois dormant ne pourra être réveillée que par « un baiser d’amour vrai » : ce sera celui « maternelle » de la fée Maléfique. Le prince est un figurant, recalé, son amour pas assez puissant, pas assez vrai, il sera ridiculisé, il n’était qu’apparence, mais ne sert à rien. À nouveau, l’érotisme très douteux repose sur l’élimination réelle du masculin, mâle et héros. Et la femme se place en tant que fillette, jeune fille, mère ou affiliée comme étant la seule réponse, jusque sexuelle, finalement, qu’elle puisse s’apporter à elle-même.

Sinon, y a Shrek. Les Schtroumpfs sans queue avant, les emojis, et le succès du « pou », « caca » en emoji n’est pas la moindre preuve de la perversion à l’œuvre dans la désexualité générale, notamment masculine.

La liste est longuissime des produits de com’ fictionnelle pour filles qui explosent les budgets, elle tient sur un post-it pour les garçons. À l’école, sur les 20 dernières années, déjà 5 ou 6 tentatives de remaniement de l’orthographe avec suppression du genre. À nouveau, ce n’est pas du tout en faveur d’un équilibre des sexes, mais pour faire dominer le féminin. Les garçons sont éduqués en arrière-plan, ils doivent céder la place et se nier, sans le savoir, en tout, même au niveau des compétences naturelles supérieures, de leurs gènes même, et oublier leur éventuelle corpulence et musculation de force « natives », mais aussi la composition physique, connue, indiscutable, de leur cerveau différent constitutivement du féminin. Ils doivent penser en fille, pour les filles, après les filles, en tenant compte, toujours, toujours, qu’elles sont égales et en fait, supérieures. Et jusqu’au niveau de leurs jeux de garçons.

Sur 50 ans, toutes les actions menées en faveur de la supra-invasive et vengeresse, bête, violente, aveugle, excessive jusqu’à la destruction, libération de la femme l’ont été par force au détriment du « garçon », puis du jeune homme, puis de l’homme, sans que, dans le sens inverse, d’homme, à jeune homme, à garçon, l’homme étant devenu père, la moindre possibilité de préserver un statut jugé archaïque soit possible. L’idée même ne lui vient plus. Connement parce que c’est un homme et qu’il n’a jamais eu à penser et se battre pour sa survie que face à d’autres hommes, jamais face aux femmes. « Se battre contre une femme » n’avait que trois versions : mythiquement physique, genre les amazones de toute sorte, avec une certaine égalité guerrière, ou dans la vraie vie : moralement vouée à l’échec : à cause de la perfidie féminine, ses stratégies impossibles à prévoir pour un homme, son art du jeu, et qu’elle fasse chier, tout simplement avec ses conneries, elle dit ça pis après elle change, hein ! : le quotidien du ménage de base et son lot d’incompréhensions et de petites batailles, et jamais tout ça n’avait à aller jusqu’aux coups, d’ailleurs ; et enfin celle professionnelle, à rang égal. Toutes les autres étaient et sont inadmissibles, point. Parce que le « contre » n’existe pas, physiquement, le déséquilibre est trop terrible.

Mythiquement : les amazones ont gagné, et pas parce que leur reine a cédé au roi guerrier, mais parce qu’elles l’ont écrabouillé, écartelé, fait cuire et bouffé. Dans la vraie vie, l’homme a tort, point. Et il ne sert plus à rien. Son fric pour le ménage n’existe plus, les femmes ramènent le même, leur indépendance est totale, elles jouent, avec leur premier couple, aux saynètes d’engueulades, mais ça ne dure pas, elles jettent. Professionnellement, à rang égal, le combat continue, mal, pervers, et les lois forçant l’égalité, en nombre, faussent énormément le jeu de la compétence. Celle-ci retirée pour raison de volumes égaux, la vraie égalité professionnelle ne sera plus mesurable, pas tant, en tout cas, que les femmes croiront que c’est leur nombre équivalent qui leur faciliteront la vie professionnelle, ou politique.

Ce qui n’a pas changé, curieusement, c’est l’inadmissible. Or les ordures qui frappent, aujourd’hui, sont les mêmes qu’hier. Que toujours. La mutation sociétale, la guerre des femmes, l’effacement du masculin, l’égalité légiférée, rien n’a fait reculer, nulle part, internationalement, le mal fait aux femmes séculairement. Le combat des femmes occidentales, pour « elles », est tel qu’il est peut-être nocif aux autres femmes, d’autres cultures. Ni les unes, ni les autres n’en ont forcément conscience.

Le jeune homme qui se tient dans la société, aujourd’hui, ne peut plus, de rien de lui, l’affronter. Il n’a plus les moyens, et il ne sait même plus qu’il les a perdus, qu’on l’en a privé, que son développement a été vrillé, tassé, non préféré, minimisé. Ainsi que tous les vastes et inconnus problèmes sociétaux actuels, ça ne s’est pas fait en un an, ni sur un seul axe, ni dans un seul domaine, mais par accumulation.

Les femmes, et ça date, ont d’abord commis l’erreur, pour demander leur égalité « intellectuelle » et « culturelle », de s’habiller et se conduire en homme, en fumant le cigare, en pantalon. C’est par l’apparence qu’elles ont défendu leurs compétences. Elles se sont rendues visuellement égales. Leur combat, plus tard, a toujours été à propos de leurs compétences « intellectuelles », le droit de vote était la volonté que soient admises une liberté de jugement, une conscience du politique et une capacité à comprendre, organiser et gérer les affaires de la cité et d’un pays. Les guerres ont démontré que les femmes pouvaient remplacer les hommes, dans les champs, dans les usines. C’est l’indépendance de leur temps qu’elles ont voulu ensuite conserver, la maîtrise de leur destin, de leur paie.

Quand et comment ce trajet de droit qui fait que je peux écrire aujourd’hui dans ce blog, a déraillé au point que l’égalité en fait jamais atteinte, et pire, à présent repoussée partout dans le monde, a décidé de se faire au détriment du mâle ? Quand le statut de l’homme et sa position en tout lieu de la société n’a plus été un idéal à atteindre, à égalité, mais uniquement quelque chose à détruire, poncer, couper, raboter, annihiler, nier ? Quand la femme s’est-elle tant déconsidérée qu’elle a préféré commencer à annuler les différences entre elle et son « ennemi », son challengeur, son ex-maître, en lui retirant ses spécificités, à commencer par celles physiques ?

Quelles femmes, de quelles générations, ont commencé ce travail de sape, et par quel type de femmes, de quel statut sociétal sont-elles suivies ?

Quelles femmes ont plus aimé leur cause que leur amant, ou leur fils ? Quels domaines d’expériences, quelle étendue de culture et de conscience, quel esprit stratégique historique ont-elles convoqués pour ignorer, sur des décennies, la métamorphose sans choix du masculin en une fragile structure indéterminable à présent, dont l’Histoire n’est qu’esclavage et soumission des femmes, dont les œuvres ne sont ( et ça date de Simone de Beauvoir) que négation et mépris du genre féminin, dont le corps n’est que brutalité, tas de viande qui ne sert même plus aux champs, dont l’esprit ne saurait avoir rien de supérieur DONC de différent, que celui d’une femme.

Aujourd’hui, l’incompétence et le désastre sur tous les plans privés du masculin est le secret, le malheur, la tristesse d’une majorité de femmes qui jamais, jamais, leur âge à l’appui, dans leur vie de femme, n’auront posé un geste pour obtenir ce que d’autres, leurs mères, leur auront livré avec fierté comme compagnon. L’homme d’aujourd’hui n’est en rien la création de celles qui, à présent, tentent de construire une vie avec lui, avoir un enfant avec lui et l’éduquer, poursuivre, peut-être, une vie avec lui. Elles le subissent, elles l’élèvent avec leurs propres enfants, elles ne tiennent pas longtemps, elles le larguent.

La société actuelle se défait : à cause de quoi, à cause de qui ? Les causes évoquées, individualisme, réchauffement climatique, facebook et Apple, en gros, sont réellement les bonnes ? Ce n’est pas infiniment plus simple, par hasard ?

Pourquoi les femmes abandonnent de sauver un couple, pourquoi à peine constituer faut-il d’ailleurs déjà le sauver ? Pourquoi, avec les raclées qu’ils se prennent, les hommes n’ont toujours pas compris comment on cuisinait, faisait le ménage, torchait les gosses ? Pourquoi ils se traînent, pleurent, tombent en dépression chronique, dès qu’il faut soutenir la moindre épreuve, même s’il s’agit de changer une couche ? Pourquoi leur taux de conscience baisse tant qu’ils ignorent leur propre état ?

Il finira par y avoir un mouvement d’hommes qui demandera l’égalité, une indéfinissable égalité : celle d’être peut-être au moins soi donc pas une femme. Par là, les mêmes hommes rendraient hommage aux femmes, d’ailleurs. Elles ne l’entendront pas comme ça. Le ridicule sera absolu, les femmes riront et ne comprendront pas cette audace ; elles iront s’en battre les côtes devant un verre, en pétant et en rotant en cœur, avant de s’ouvrir des bières devant le foot et d’aller casser la gueule aux supporters d’en face. Le lendemain, faut tondre et finir la charpente. Le soir, un porno. Parce que, un homme, ce n’est quand même que ça, on est d’accord ?

Rarement l’égalité a été vue et présentée comme l’idéal de deux idéaux, mais de façon générale, il s’agit plutôt d’obtenir ce que l’autre a, 100% de ce qu’il a, physiquement aussi. La quête de cette égalité-là, qui n’est plus de devoirs et de droits, mais de possession, est en train de prendre une dimension inhumaine, raciste, l’intolérance qu’elle prône est violente. Le mal qu’elle a déjà fait est inquantifiable. Elle est négationniste. Elle trahit que la bêtise, la haine, le mépris sont mixes. Elle n’est réellement pas la preuve d’une grande intelligence, elle trahit un manque de vision dramatique. Les hommes, qui, pour plaire aux femmes en tant que puissance de vote, puissance financière, aussi, ou qui sont encore assez con pour croire qu’ils sont ainsi tendance, l’avant-garde même, investi, courageux dans la cause, reconnaissant les premiers les sœurs comme égales et persuadés que l’égalité est LA paix de demain, ne sont pas forcément des bienfaiteurs de l’Humanité, ni des visionnaires, ni des grands esprits. Eux-mêmes ne voient pas l’échiquier entier, n’ont rien mesuré de la désertification du désir, de la désérotisation de générations entières : ça se paiera, dans l’avenir, et l’éthique s’en prendra plein la gueule. Et les femmes aussi, parce que la violence va s’étendre, ainsi que la perversité sexuelle.

La situation est telle, dans cette guerre à l’égalité, que massivement, partout, et jusqu’au plus haut niveau, la goujaterie, la vulgarité et la violence font un come-back incroyable, quelque part même pas : c’est assez inédit, en toute impunité. Les hommes de pouvoir sont des ordures, méprisant les femmes, les jugeant putes et pondeuses. Quel exemple pour les garçons ? Leur père banni, le mâle gras au pouvoir, un avenir de bœuf, la science faisant le taureau, tout leur demandant de disparaître en faveur du féminin qui leur est, malgré leur mutation, leur air de jeune fille à barbe, cette fois c’est certain : impossible à imiter. Ils ne seront jamais, jamais au niveau. Ils ont perdu conscience du plan. C’est l’errance, ils ne le savent même pas.

C’est aux jeunes mères de regarder leurs fils nouveau-nés, leur père venant le chercher plus tard, pour le week-end, enfin : pour le laisser chez sa mère, et de décider. Elles ont gagné. C’est dingue : elles seraient donc celles qu’elles ont toujours été, louées dans les romans, dans les mythes séculaires. C’est à elles, à présent, de recréer l’homme. Seul, il ne peut pas.

Pourquoi le feraient-elles ?

 

À demain.

 

 

* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube

Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :

8_ FRAIL [frêle, faible, fragile]

Demain :

9_SWING [Bouger depuis un point fixe vers l’avant et l’arrière (batte, balançoire, porte,

voiture dans un garage, parapluie pliant), envoyer/balancer (un coup, son poing), passer d’un état à l’autre (humeur), mettre de l’ambiance (fête), arranger (un mauvais coup), façon de danser/musique jazz dans les années 30 et 40]

PUCK détourne le challenge INKTOBER 2019 © © Claire Cros | 17SWORDS

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