Notre sublime vie outrageusement envahie de joie profonde [14/31 #Inktober]

Gloire, gloire profonde, au profond cap de notre profond président ! Submergés d’éblouissements extatiques, allons, du matin au matin, de sourires en rires, cœur battant, yeux brillants, corps vif, léger, volant au-devant de toujours plus de réussites, de découvertes de splendeurs terrassantes de grandeurs, de merveilles, de beautés, submergés par la reconnaissance la plus profonde de profondeur.*

[PARENT ADVISORY EXPLICIT CONTENT | FAKE NEWS CERTIFIÉE | INTERDIT AU MOINS DE 18 ANS | SENSIBLES S’ABSTENIR | ARTICLE FICTIONNEL : TOUTE RESSEMBLANCE AVEC DES PERSONNES EXISTANTES OU AYANT EXISTÉ EST PUREMENT ET PROFONDÉMENT FORTUITE.]

Chaque matin, avant même nos ablutions avec l’eau certifiée pure par le profond cap du profond président, avant même notre tartine de pain pur beurré de beurre pur fait de lait pur de vaches pures ayant brouté une herbe pure certifiés par le profond cap du profond président, nous ouvrons tous nos écrans de la chaîne préférée et unique des Français, FRANCEPCPP, pour les laisser uniquement être couverts d’un bord à l’autre par la réjouissante mine de la porte-la-parole du gouvernement et la plus fervente (et quel mérité privilège pour elle) groopie du PCPP et de son fidèle compagnon ministre de la Grande et Fière Éducation Culturalisante Égalitaire Obligationniste Parfaite, l’GFÉCÉOPlaboum dont le triomphe ne saurait tarder avec l’éradication absolue et définitive de l’école : le gouvernement tout entier uni travaillant d’arrache-pied à éliminer une à une les raisons pour les enfants d’apprendre encore quoi que ce soit, suivant le profond cap profond de notre profond président à la profondeur profonde comme la plus profonde profondeur. Gloire, gloire profonde à lui !

Chacun rêve d’avoir un écran 7D, 13K, sphéro-panoramique, pour suivre l’événement car les places dans les stades munis de grands écrans afin de le vivre à plein sont réservées, hélas, des années à l’avance, déjà. Le peuple souvent doit se contenter de son petit écran, mais il se console en voyant les familles réunies autour, leurs sourires bons dans cette atmosphère de paix irremplaçable. Il tarde à tous l’hiver pour que s’ajoute un grand feu de cheminée craquant aux bûches de chêne pur certifié par le profond cap de notre profond président.

Aucune femme alors ne succombe pas au désespoir de ne pas posséder le 1000e de la grâce de la privilégiée porte-la-parole et tous les foyers si heureux Gloire, gloire profonde, au profond cap de notre profond président ! entendent un instant les cris et les pleurs des mères, grands-mères, jeunes filles, honteuses de leur incapacité, quoi qu’elles tentent, d’arriver à la cheville de l’allure de la suréminente porte-la-parole. Référence absolue du goût, il est connu qu’elle a, dès sa première apparition, renversé toutes les tendances et révolutionné ce qu’on savait misérablement, asséchés d’a priori, dépourvus à en périr d’auto-mépris et de largesse d’esprit, de l’élégance. Par miracle, ce temps, incompréhensible à présent, est fini où nos yeux n’étaient qualibrés que par le bon sens du ridicule. Quelle honte indépassable que ce passé qui nous est commun, hélas, comprimé dans le corset de canons imposés par (en plus ! Ô rage jamais calmée contre lui reste sage et sache oublier car vengée) uniquement par le regard mâle (infâme oppresseur et tyran !) heureusement castré depuis, sans parler du climat et de la révolution numérique.

Seules les putes à Paris étaient conscientes depuis longtemps de cette avant-garde, et leur temps, enfin, est venu, et reconnu, où elles ne restent plus à longer immobiles les porches  à la nuit, mais défilent en plein jour du début de la rue du Faubourg Saint-Honoré et jusqu’à la fin de la rue Saint-Honoré, hype catwalk, à l’admiration des touristes en cohue. Moulées de zèbre-lycra ou enrobées dans plus de plis imprimés qu’une pivoine ne compte de pétales, elles sont de pied en cap (profond de notre profond président) les héroïnes des fillettes qui n’ont qu’un rêve : leur ressembler plus grandes.

Les mamies en pré-retraite, dans leur temps imparti encore avant d’aller s’allonger dans leur fin de vie au taux plein automatique et mourir le lendemain aux yeux de l’État (à moins de préférer payer la vie des productifs pour ne pas mourir, le choix est laissé car la liberté profonde est la profonde religion du cap profond de notre profond président), tricotent inlassablement des pulls, tous avec un beau poisson coloré dessus. Le modèle est presqu’impossible à reproduire tant il est complexe, souvent les adolescentes sont déçues de l’effet ; la contrefaçon, hélas, passe toutes les douanes car il n’y a pas assez de douaniers pour l’arrêter, sans parler du climat et de la révolution numérique.

Lors de grandes manifestations sous l’égide de « La manif pour tous, tout et n’importe quoi », le peuple a demandé la clémence du profond président et qu’il cesse de se priver d’une part des impôts du peuple, dans le financement au montant effarant d’une élite policière chargée de protéger la tombe de Karl Lagerfeld, cible de tags haineux et d’attaque de bulldozers, l’armée elle-même suspectée d’avoir un plan pour la pilonner.

Le peuple a demandé l’oubli de cette part d’Histoire qu’il regrette avec amertume en vidant sur les marches du Trocadéro les dernières bouteilles de cette immonde puanteur qu’est le 5. Cet acte extrême a causé beaucoup d’évanouissements, de vomissements, et d’éruptions allergiques. Mais le profond président a su expliquer qu’il n’avait pas retenu cette option, car « Blanc n’existe pas », ce qui est très vrai, et qu’il fallait, contre nous, savoir ne jamais oublier, jamais, jamais, jamais, profondément jamais, les erreurs du passé pour ne plus jamais, jamais, jamais, profondément jamais, les reproduire ; il fallait donc conserver des traces des pires chutes de l’Histoire. Le peuple, confondu de n’avoir pas été aussi brillant est rentré chez lui, prêt à payer plus d’impôts encore pour cette pure et profonde cause : jamais, jamais, jamais, profondément jamais, oublier.

Mais s’il n’y avait que l’apparence. Elle n’est rien comparé à l’esprit fin, spirituel, élevé, subtil de la porte-la-parole. Pas un artisan en France, aujourd’hui, ne regarde son utilitaire, pas un paysan sa moissonneuse-batteuse, pas un soldat son tank, sans lui espérer un peu de cet esprit. Hélas, il devait être tout entier pour une seule. Les jeunes filles tentent, parfois, secrètement, devant leur miroir, d’imiter le ton, l’élocution, la vitesse de frappe air-air, de la porte-la-parole. Les magazines féminins donnent des astuces : sauter sur n’importe qui et lui balancer des pains en hurlant à pleins poumons « c’est comme ça et pas autrement, y a pas mieux, pauvre con, c’est pas de ma faute si tu comprends rien à notre profond président ni son profond cap, conard ! » ou apprendre à mentir sans rougir, prête d’ailleurs, à mourir au mensonge pour le président, s’il fallait. Mourir au mensonge… le rêve de tellement d’adolescentes et si peu, si peu, hélas, y parviendront, car, c’est horrible, elles le savent, elles grandiront.

Rien ne vaut, rien, rien, rien, d’arriver enfin à midi, pour la pause déjeuner et de se réunir, cette fois au travail, devant les grands écrans étatiques des cantines pour observer la dernière dame, car aucune, jamais, jamais, ne sera jamais plus adulée qu’elle, manger ses cinq fruits et légumes. Rien que la voir manger ses cinq fruits et légumes, ni plus, ni moins, 2,5 fruits et 2,5 légumes, car l’égalité profonde est la profonde religion du cap profond de notre profond président, coupe l’appétit de béatitude. C’est aussi un grand moment d’hommage au plus grand conte de fée national de tous les temps : sa rencontre avec le premier monsieur profond. Car c’est au souvenir qu’elle épluche une glabre banane et lentement la suce avant de la mordiller, c’est au souvenir qu’elle jongle avec 1,5 litchi, au souvenir qu’elle lèche tout le corps d’un efflanqué haricot coco et qu’elle loue du regard 1,5 navet en purée avant de s’en barbouiller les babines fébrilement. Il lui en reste toujours plein dans les plis autour de la bouche, pour le goûter, et le dîner : une façon très maligne, bio et sympa de ne pas avoir à cuisiner, sans parler du climat et de la révolution numérique.

C’est, dans les cantines, toujours un moment de communion intense que le spectacle de ce repas où symboliquement on rompt la protection de l’enfance et où elle est, petit bout après petit bout, offerte aux pervers et détraqués sexuels, aujourd’hui héros nationaux, tendant la langue à genoux. L’amour, non, mais la passion ! La passion ! La passion ! Est l’essence même du cap profond de notre profond président et rien, rien, rien, ne l’aura empêché de la vivre ! Mais qui, qui dans son peuple ne rêve pas d’avoir ainsi connu la passion ! C’est vrai que la France manque de professeurs, mais l’État a juré les payer mieux pour qu’il y en ait très vite au moins un par garçon. Noce Blanche, fiction unique du soir de la chaîne préférée et unique des Français, met toute la société au désespoir, à chaque fois. Heureusement, elle s’endort en se rappelant que toutes les histoires de pédophiles ne finissent pas aussi mal : la preuve grandiose au sommet de l’État, rayonnante, rayonnante, profondément rayonnante.

La douceur, la bonté, la tendresse de la dernière dame sont tout simplement l’ambition de toutes les femmes qui ne sont que, stupidement, vieilles, tordues, bêtes, niaises et ridées. Elles ont beau faire, et leurs époux comprennent leur drame, dès qu’elles tentent d’imiter la dernière dame, elles finissent avec un raide casque de faux cheveux, et des yeux tout petits entourés de noir et de faux cils. Elles ont beau tout faire pour ne pas montrer leurs dents, même refaites, paf, ça lâche et on ne voit plus que ça, toutes les nouvelles dents heureuses faisant coucou de la main sur Google. Elles ont beau fouiller pour se rassurer : aucune photo avant, pas une qui ne soit pas retouchée, ceux qui en ont mis en ligne sont tous morts ou emprisonnés, elles ne peuvent donc pas se comparer à un « avant » pour savoir si elles ont une chance de devenir un « après ». Mais là est la différence entre les grands de ce monde et leur peuple : le second vieillit, les premiers seront inhumés enfants. Et tout le monde le sait. Mais les femmes, qu’est-ce que vous voulez, sont prêtes à défier la gravité si ça peut les rendre plus laides, sottes et irresponsables.

Les vieilles femmes se disent que vraiment, vraiment, il faut être aimée par son époux pour qu’il accepte qu’on se transforme à vue d’œil mais très discrètement afin de recouvrer une jeunesse qui n’avait jusque-là jamais brillé par son absence.

Les mères, (et leur combat a été acharné et de longue haleine, environ -0,003 seconde), ont obtenu que soit réécrit Roméo et&+= Juliette, œuvre très surévaluée, afin qu’elle ait enfin une concordance de temps réaliste avec notre conte de fées national. Ainsi, presque toutes les œuvres surévaluées, plus jamais lues, ont été réécrites aussi et leur lecture a été, enfin, rendue obligatoire dès l’âge de 6 ans, compromis sévèrement discuté, car les mères exigeaient que cette lecture soit intra-utérine, les plus extrêmes demandant qu’elles soient faites aussi dans les congélateurs des centres de fertilité.

Plus une seule femme de 35 ans ne rêve pas de se faire sauter par un môme de 15 ou d’en sauter un, selon. Il est en discussion, d’ailleurs, à l’Assemblée, de proposer cette option aux adolescents faisant leur service civique. Un texte de loi avance la création d’un site où les femmes pourront s’inscrire et selon l’offre de leur région obtenir très vite une réponse ou être mises sur liste d’attente. Une seule obligation : avoir 35 ans révolus l’année de la demande, sachant qu’elle expire naturellement dès le 36e anniversaire. Passée cette date, il est conseillé aux demandeuses, par tout décoré de la Légion d’Honneur, d’aller en Thaïlande où la prostitution infantile est réputée. À cause de ces voyages pour obtenir gain de cause, mais frôlant toujours d’être hors-la-loi, car le tourisme sexuel est encore mal vu malgré les terribles efforts de l’écrivain européen numéro 1 à le défendre : l’État se sent tenu de vite faire voter une solution légale en France.

De grands nouveaux Centres de Thérapies de Conversion des Tabous et Idées Reçues sont ouverts un peu partout, faisant nettement baisser le chômage grâce à la nouvelle formule d’emplois-service-à-la-conversion, où, gratuitement, les femmes de 35 ans se sentant peu d’affinités avec les garçons de 15 ans, voire leur propre fils, peuvent se rendre afin que leur soit démontré à quel point elles font historiquement fausse route, soit à cause de leur incapacité à se débarrasser du poids de siècles à la vérité muselée, soit à cause des diktats du mâle, ou de l’oppression de la femme. Point par point, des professeurs certifiés par FRANCEPCPP leur démontreront que leur recul est archaïque, leur dégoût est dégoûtant, leur hésitation n’est que manque d’ouverture, leur jugement le sacrifice de la passion. Dans ces centres, la journée commence avec le chant : « Vous verrez, c’est un rêve, vous verrez » toujours premier des ventes depuis des années dont les paroles sont : « Vous verrez, c’est un rêve, vous verrez » et le refrain : « Vous verrez, c’est un rêve, vous verrez ». Ce texte profondément intense étant composé à partir de la totalité des phrases que sait prononcer la dernière dame, d’ailleurs, d’où son importance et son succès.

Ensuite, sur des cibles où il est écrit « évidence », « nature », les femmes tirent d’abord avec des petits calibres, puis des mitraillettes, et ensuite à boulets rouges. L’expérience montre depuis 68 que c’est libérateur.

Il semble que les centres obtiennent 82,149 % de réussite, le gouvernement a promis d’augmenter ce chiffre, sans jamais baisser les bras : il appelle d’ailleurs à ce que, tous ensemble, « nous inventions des leviers contre les passoires thermiques » que sont les femmes de principes et de convictions évidentes et naturelles.

Les hommes, bien que l’existence de ce genre soit profondément remise en doute, particulièrement quand on observe le seul homme de France qui suffit amplement à remplacer la totalité, ont droit, une fois par semaine, de quitter leur emploi pour se rendre en traversant la rue à des stages de formation où il leur sera enseigné comment marcher et parler.

La France a mis très longtemps à reconnaître que sur son sol même, très peu d’hommes savaient marcher et parler. De même que pour les femmes, il a fallu casser des idées reçues qu’il ne viendrait plus à personne d’avoir, mais c’est ainsi : il y a deux ans encore, les hommes étaient persuadés que pour marcher il suffisait de mettre un pied devant l’autre, et pire : qu’on pouvait maîtriser la vitesse de ce mouvement. C’est inouï, quand on y pense. Mais c’était ainsi à l’époque.

Parler, n’en parlons pas. Il est impossible, aujourd’hui, de se faire une idée juste de la façon dont les hommes parlaient il y a encore 2 ou 3 ans. C’était strictement incompréhensible : des siècles, encore une fois, avaient bâti une gigantesque propagande reposant sur des livres édifiants, délirants, imposant, c’est tout simplement renversant, un sens aux mots. Il y a plus grave : des bibliothèques entières recelaient des kilos de papiers envahis de charabia prônant le premier sens des mots afin qu’ils puissent être d’autant mieux détournés par la poésie. Et croyez-vous que tout cela était sous terre et organisé par un réseau de trafiquants ? Mais absolument pas ! En toute impunité, ces édifices se tenaient au centre même des cités, et depuis presque toujours, on pouvait même s’abonner.  Au su et à la vue de tous.

La France a brièvement été recouverte par une vague de dépression masculine. Beaucoup ont mal supporté de s’être forcé, pendant des années, à marcher naturellement, pour rien, et surtout d’avoir cru qu’il était nécessaire d’utiliser les mots selon leur sens, et autant de mots alors qu’il leur aurait suffi d’en apprendre moins d’une dizaine pour finalement, pouvoir tout dire, sur tous les sujets : cap, profond, cap, profond, profondeur, profondément, cap, profond, cap. 9 mots. 9. Allez, 10 avec cap. Mais la propagande historique, leur manque d’élan et de cap personnel, leur manque d’inventivité, d’imagination, de bravoure, d’ambition, leur sale putain de vie de ver de terre moutonnier, à parler de « compétence » et d’ « expérience », comme si ça existait, les avait conduits sans qu’ils opposent la moindre résistance à s’avaler des palettes et des palettes de leçons, livres, culture totalement inutiles. Mais la France se réjouit, car, FrancePCPP l’a clamé en une : le nombre de suicides, grâce à cette découverte que le langage ne servait en fait à rien et qu’il n’était pas utile du tout de trouver les mots justes, a considérablement diminué.

L’homme a su aussi, pour plaire aux femmes converties et les garder malgré leur nouveau centre d’intérêt, adapté sa cour, sa sexualité et ne pas hésiter à tenter tous les jeux érotiques très vantés dans les CTCTIR : se costumer, feindre chaque fois un dépucelage, et user de sex-toys appropriés dans des décors appropriés. Même si les hommes ressemblent à de grands écoliers un peu gauches avec leur cosplay, l’illusion fonctionne et les boutiques spécialisées vendent en veux-tu en voilà des godes en forment de trousse, tandis que le bureau de la maîtresse est le meuble de chambre le plus vendu en ligne. Il est aussi fortement conseillé de se tripoter en secret sous un bureau d’écolier avant d’aller faire sa cour au tableau, appelé avec malice par la professeur qui a du mal à tenir assise tant ça chauffe, avec ce plaisir fou du secret de la passion partagé devant 16 petits cons naïfs et mal dégrossis encore fan de Pikachu, et 13 gamines vierges qui n’ont même pas eu d’enfants ni vécues 15 années en adulte.

Le plaisir pervers d’avoir un public innocemment convié et obligé d’assister à un spectacle dont il ignore tout est le protocole érotique dominant dans l’exercice du pouvoir aujourd’hui. Et c’est une très bonne chose, Gloire, Gloire ! Grâce soit rendue aux psychologues : ils ont pu déterminer qu’il n’y avait là absolument rien d’une sorte de rituel figé, fixé comme optimal, et qu’on chercherait à retrouver en permanence pour revivre l’excitation du début, à un âge où la sexualité n’est pas et loin de là, mature parce que le cerveau n’a pas fini de se développer. C’était n’importe quoi, des fables. Le genre de trucs qui n’existent que dans les fictions, diagnostic de profilers de Criminal Minds. Tu vois le niveau ?

Avoir un public otage et ne le sachant pas, se mettre en scène devant lui, se régaler de son propre secret, séduire ou écraser la dominante adulte, faire ses coups en douce, fuir, nier ou faire mentir l’opposition, imposer sa seule vision, persuader et rendre complice des adjuvants tenant la chandelle et finissant même par veiller qu’il n’en manque jamais, quelconque psy qui aurait prouvé que ce comportement provenait d’une perturbation de la personnalité et de la sexualité à l’adolescence aurait été exécuté pour outrance et outrage, encore heureux. Mais il n’y en a eu aucun d’aussi maladivement dégénéré pour aller penser de telles choses.

C’est ainsi que les hommes de France vont bien, ils n’ont plus du tout à en être. Le modèle petit garçon éternel jouant l’homme fort à l’oral est promis à un bel avenir. Et puis, sinon, à partir de 35 ans, ils peuvent toujours se sauter des gamines volontaires de 15 ans. Franchement, mais que demande le peuple.

N’oublions pas que grâce à de nombreux ministres et députés et aux manifs pour tous, tout et n’importe quoi, ces relations sont aussi permises entre personnes de même sexe. Et un jour, mais la société n’est pas prête encore, il semble, de la même famille, sans parler du climat et de la révolution numérique.

En rentrant d’une journée d’adoration de sa journée, car elle ne saurait être mieux, meilleure, ni plus mieux, dans les métros, bus et train, la France aime à partager sur les réseaux ses selfies d’elle en adoration de sa journée : il suffit de se prendre, rayonnant sensationnellement, avec en fond n’importe quelle seconde de sa journée. Sur les réseaux, c’est la course à qui aura le plus de selfies avec, en fond, l’effigie du profond président. Bien qu’elle soit sur tous les murs des musées, toutes les affiches de cinéma, couvrant tous les murs des kiosques à journaux, les abribus, il reste très difficile d’obtenir un bon selfie tant il y a de monde derrière soi qui tente la même chose.

On se précipite en rentrant devant les mêmes écrans que le matin, pour entendre, ébahis de son activité, de son énergie, de sa capacité, comme s’il était mille maires, 40 ministres, 400 députés, à être sur tous les fronts, la liste des actions du profond président dont le profond cap est donné et suivi.

Par chance, le même programme est rediffusé en boucle jusqu’au lendemain tellement c’est difficile d’y croire. Il a été analysé que si le peuple français n’entendait pas au minimum dans sa journée, et ce sans avoir à prêter l’oreille, mais juste dans l’air du temps, 638 fois le nom du président profond, il pouvait tomber dans une certaine langueur, voire catatonie, se croire abandonner, imaginer qu’on lui cache quelque chose de grave, redouter un attentat comme à Dallas, car le profond président l’a dit dans un profond murmure : « Ils m’auront peut-être d’une balle mais jamais d’autre chose ».

Dans les maisons de retraite, le seuil minimum est de 1025 ou il faut prendre des mesures et sédater les résidents. Dans les hôpitaux, juste un peu moins, 971. Il y a eu un jour terrible où FRANCEPCPP avait tout simplement manqué de le dire 41219 fois mais uniquement 41218 : il a fallu demander à son directeur de partir, et renouveler tout le staff, évidemment, une des scripts s’est immolée de honte. C’était une erreur intolérable et il fallait sévir : la France en a convenu en manifestant dès le lendemain, pour compenser cet oubli impardonnable, avec des autocollants sur le front et les fesses où on pouvait lire « je suis » et le nom profond du profond président. La foule en haine contre son média a montré la force de son opinion. Oui, la France est toujours debout ! Oui, la France est toujours la France ! Oui, la France a toujours cet « art d’être français qui est une façon particulière d’être ce que nous sommes ! » tel que profondément notre profond président l’a dit ! Non, la France ne cédera pas, jamais, jamais, jamais, profondément jamais, à l’oubli profond.

Jamais.

La France se couche dans son lit qui comme on le fait on se couche, entre son tableau avec estrade et son bureau d’écolier, profondément heureuse, profondément sereine, profondément prête à profondément rêver de sa journée profondément paradisiaque et n’ayant qu’une profonde hâte, que le réveil sonne, soit en imitant le son du bourdon de Notre-Dame, soit si on préfère la profonde grande musique, avec « C’est un rêve, vous verrez, c’est un rêve », car c’est vrai, tout ne semble qu’un rêve, le réel est un profond rêve, on veut profondément ne jamais se profondément réveiller.

Certains disent que c’est là-dessus que compte exclusivement le premier ministre, mais qu’il se rassure, et d’ailleurs il a l’air effectivement sérieusement rassuré, la France veut profondément ne jamais se réveiller, surtout que ses jours étant déjà un rêve profond elle ne sait jamais si elle dort ou non.

Il y a juste une rumeur qui inquiète un peu les gens, mais il est interdit d’en parler sous peine d’être immédiatement dénoncé par devoir, convoqué et sévèrement reconverti, à nouveau, et pas sans avoir payé une taxe pour Fake-News causant du tort à la profonde sérénité nationale et donc à notre profond président : il semblerait, mais FRANCEPCPP ne cesse de nier, qu’un minuscule groupuscule se faisant nommer GJ (personne ne sait ce que signifie ce sigle, Grand Jobard ? Goule Jazzy ? Gnafron Joli ? Game Joystick ? Grive Jalouse ?), s’affirment opposé (il est interdit de dire profondément) à notre profond président, et à tout son profond gouvernement. Soi-disant, mais strictement rien ne le prouve, que, parmi eux, il y aurait des femmes jeunes et tatouées, et des hommes tatoués, aussi, jeunes ou pas, et beaucoup, beaucoup, beaucoup de canards tatoués, décapités qui zigzaguent contre le profond gouvernement du profond président, ces canards étant particulièrement dangereux et vindicatifs, un magazine sur l’écologie a avancé qu’ils seraient nuisibles, feraient leur nid sur les ronds-points et pinceraient tous les mollets du commerce dans le but de ruiner la France et les maisons de retraite que visite la porte-la-parole privilégiée. Une histoire abracadabrante.

Ils utiliseraient un langage venu des temps barbares où les mots avaient un sens et quand ils parlent seraient parfaitement incompréhensibles, voire inaudibles.

Le mot d’ordre, paraît-il, est unique : si on en voit un, il faut dénoncer sa position, ou, si on a l’occasion, l’abattre soit même et ramener sa tête pour toucher une prime. Il semble que, contre eux, le mensonge soit encore le plus efficace, et, paraît-il, cette campagne de mensonges hypra dangereuse est menée avec un courage admirable par le ministre de l’intérieur, évidemment secondé, par l’héroïne née : la porte-la-parole.

Ces Grives Jalouses avanceraient que la France s’est habituée à vivre avec rien, de rien, pour rien, et que son bonheur n’est que propagande. Ça semble tout de même vraiment énorme, parce que, si c’était vrai, dans ce cas, toute la France rejoindrait le mouvement des Goules Jazzy.

Moins qu’une rumeur, tellement moins que c’est un silence, dit que la France aurait été envahie par un totalitarisme sociétal, en couche si épaisse, l’isolant intégralement de toute conscience de cet état, qu’elle étoufferait, paralysée, dessous, mais pire : que cette couche, avec le temps, aurait été le terreau idéal, pour l’extension d’un régime totalitaire qui par définition ne prolifère que sur des sols en osmose avec lui, préparés à le recevoir. Cette dernière couche ayant envahi la première ne permet plus de la discerner et il est très simple de croire qu’elle repose directement sur la société, sans couche intermédiaire.

Comment penser un instant que telle horreur soit possible ? Car, c’est affreux, cette thèse-là dit aussi que notre profond président n’est quelque part rien, ni personne, acteur de rien, conducteur de rien, inventeur de rien, ne dominant rien, pantin dans son propre rôle, et lui ou un autre, peu importerait, finalement ? Il ne serait qu’une vague conséquence, n’aurait eu que son protocole érotique adolescent pour le placer là, mais… Enfin, …pas de cap, alors ?

Heureusement que cette abomination n’existe pas. Gloire, profonde gloire au profondément profond cap de profonde profondeur notre profond président !

…Mais enfin, dès le lendemain de l’apparition de cette rumeur, concernant les Gibus Jardiniers, personne ne sait dire pourquoi, ni si ça a un lien d’ailleurs, le jaune a été proscrit d’absolument partout. Et comme « Blanc n’existe pas », hé bien, du coup, on ne trouve plus nulle part en France, ni d’œuf de poule, donc plus de poule avant ou après ça, selon celui qui est apparu en premier, ni d’œuf de dragon.

…Bon, d’un autre côté, on s’en passe déjà depuis longtemps, de la cause, de la conséquence, et des dragons, ça fait au moins, ohla, pffff, bien… 50 ans ! Il n’y a bien que les vieillards de 70 ans qui s’en souviennent, c’est vous dire, et ils vont mourir vite, grâce à leur retraite de la sécurité sociale. Gloire à nous ! Vive sa France ! Gloire à son bonheur total !

 

À demain.

 

* cet article fait partie d’une série de 31 commencée le 1er octobre, dans le cadre du challenge #INKTOBER 2019, détourné par clairecros.com | puck.zone | 17SWORDS | PUCK sur YouTube

Aujourd’hui THE OFFICIAL 2019 PROMPT LIST donnait le mot :

14_OVERGROWN [envahi (de façon épaisse/couvrante/sauvage) par (plantes/feuilles/algues) | pour décrire ce qui a grandi et trop grandi (forêt, ville, administration) | (quelqu’un) grand/trop grand (péjoratif : ressembler à un grand écolier) | pour décrire un adulte se comportant comme un enfant]

Demain :

15_LEGEND [légende (histoire/personne/inscription descriptive)]

 

PUCK détourne le challenge INKTOBER 2019 © © Claire Cros | 17SWORDS

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.