PUCK’S VÉSUVE DE BREKKA | PLENEL PAR BRUT, et LOI AVIA. 3/X

Rien à foutre de la loi Avia. Par contre, Plenel qui parle dans une interview à Brut « des » « humanités », « plusieurs » « humanités », ça par contre, ça me donne de la terreur.*

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Tout YouTube France s’est soulevé contre la loi Avia, dont J’suis pas content TV qui pend la loi haut et court avec analyse. Je n’ai rien à ajouter sauf deux trucs : d’abord, mais c’est presqu’anecdotique, le texte même de la loi montre sa vulgarité et sa panique, les suites de vocables tirés du dictionnaire des synonymes sont une procédurisation et la preuve d’une non-maîtrise du sujet, …again, c’est une loi tank, lourde, lente, qui ressemble plus à des paragraphes de conditions d’utilisation de n’importe quel réseau qu’à un texte légal, et plus à un texte d’avocat que de juriste ; ensuite, la loi est une sorte de doublon de celles plus « évidentes », natives et primitives concernant la liberté d’expression, et la protection de l’enfance, la question c’est : pourquoi cette boursouflure qui n’est pas une loi au souffle long, malgré ces références à l’Histoire, et certainement pas une loi s’adaptant à son époque numérique (qui va la dépasser aussi vite) ? Et pourquoi à la sortie du confinement ? La réponse, c’est : pour rien. Et l’erreur serait de chercher une stratégie et une population de pression derrière cette loi. Il faut la laisser pour ce qu’elle est, et elle en devient particulièrement lassante et archaïque, parce qu’issue de non-intelligence généralisée. Il faut la regarder comme un harpon d’un temps inconscient de sa propre époque qui cherche désespérément à retenir un autre temps : quels sont ces deux « temps » ?

Je sais que c’est compliqué de systématiquement regarder ce qui se passe au niveau de l’actualité en le faisant passer par un prisme tel qu’il semblerait presque qu’on se foute du sujet, comme ici, une loi « liberticide ». Et pourtant, il faudrait s’entraîner un peu à voir les événements, actes et textes, au-delà d’eux-mêmes, en les arrachant à l’illusion de sens qu’ils possèdent. Le protocole des critiques et des analystes, aujourd’hui, est très frontal, beaucoup trop ; évidemment, cette phase-là est nécessaire, mais elle est plate, parallèle, et elle commente ou constate seulement, en laissant toujours un « espace » réel à l’objet étudié. Tant que cet espace se voit attribué par la critique une réalité, une officialité, une vérité, une légitimité, même conspuées plus ou moins brillamment, il ne bougera pas et s’étendra, les critiques passeront sur le même tapis roulant que ses productions et iront disparaître en quelques secondes à son « bout » pour chuter dans ce qu’on estime être notre époque, notre société, nous. Les alerteurs catalogués « complotistes », pour les meilleurs et documentés d’entre eux, ont la parade : ils posent des questions. Même s’ils n’attaquent pas leur sujet par son « espace » au lieu de ses lignes brutes, mais ils « s’éloignent » avec, toujours, une série de questions qui, au propre, ouvrent le champ et le cerne. C’est une technique excellente, nette, assez implacable, harcelante mais presque scientifique. Si les alerteurs et analystes plus humbles en moyens, travaillant sur des sujets plus courts, très actuels, acceptaient ne serait-ce que d’intégrer cette technique, et pas du tout comme ils le font parfois, avec humour, ironie ou cynisme, mais vraiment avec logique et esprit scientifique, classé, organisé, froid : ce serait un bon début pour commencer à arranger tous les sujets traités dans un « système » de cause à conséquence et les laisser là, les regarder vivre ou « pas », comprendre mieux de quel « temps » ils viennent et à quel temps ils pensent d’adresser.

Le XXIe siècle n’est pas un mystère, mais rares sont ceux qui mènent l’enquête. Le et la mode sont au superficiel, on va comme un papillon d’une fleur à une autre, toujours plus fraîche et toujours plus passionnante sur l’instant : une fraction de seconde. Notre siècle demande aux analystes une série d’exploits et pour les mener, celui d’actionner une immense mémoire qui sans se perdre dans les dernières secondes, les retiennent toutes et ramènent à elles toutes les autres mémoires, celles encore vives et celle, sans s, de l’Histoire.

 

Retour sur l’interview de Plenel par Brut. Les deux « journalistes » raffolaient du sujet « masques », qui est nul et non avenu et d’un ennui terrible, et si Plenel tentait de glisser vers une critique, même peu évoluée, du gouvernement, Brut le coupait pour revenir aux « masques ». Une fois, d’accord, on se dit que Brut est vraiment passionné par les «masques », mais 3 fois ? Là, ça commence à devenir étrange. Impossible avec Brut d’aller sur le sujet critique de l’État ?

Peu importe, ce n’est pas ça qui est inquiétant. C’est que Plenel ait, à partir de la 55e minute, multiplié l’Humanité. Il disait « les humanités ».

Alors… le pluriel existe, ils désignent une quantité de connaissances classiques, comme le grec et le latin. Mais en ce qui concerne l’Humanité, le domaine humain, il n’y en a qu’une. Plenel s’est toujours emballé pour des faux sujets qu’il croyait maîtriser. Le nombre de thèses qui à ses yeux devenaient explication absolue du présent et seul avenir possible est égal à ses années de carrière. Chaque thèse était « tendance », ne lui était pas propre, mais celle-là est dangereuse.

 

« LES HUMANITÉS », c’est tellement improbable, ahistorique, étrange que j’en ai de la terreur.

Où Plenel a-t-il entendu ça ? Qui est en train de parler « des » « humanités », et pourquoi ?

 

 

À plus tard ?

Claire Cros, auteur conceptuel

* Ce texte fait partie de la série CORONA | PROPAGANDA, sur le modèle des Inktober, sur YouTube sur la chaîne PUCK, facebook sur la page PUCK, et sur le blog Mediapart.

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