CORONA PROPAGANDA | LA NÉOMORALE ET MOI. 9/X

Le journal Le Monde vient de titrer, (pas tout à fait dit comme ça mais bon) que les putes sont bientôt dans une merde noire parce que les mecs préfèrent leur vie à une pipe, ce que toute femme mariée sait et déplore, d’ailleurs, depuis des siècles. Toutes mes pensées vont aux féministes, ces héroïnes qui mènent un combat quotidien, et pour lesquelles un mythe s’effondre, à cause du virus.*

Le journal Le Monde vient de titrer, (pas tout à fait dit comme ça mais bon) que les putes sont bientôt dans une merde noire parce que les mecs préfèrent leur vie à une pipe, ce que toute femme mariée sait et déplore, d’ailleurs, depuis des siècles. Toutes mes pensées vont aux féministes, ses héroïnes qui mènent un combat quotidien, et pour lesquelles un mythe s’effondre, à cause du virus.*

drapeau-pirate

Dans mon article du 17 mars, j’en parlais, tiens, déjà, des prostituées, mais j’espérais quand même, avec une naïveté à pleurer, que ce serait elles qui refuseraient d’aller prendre des risques en plus. …Hé ben non ! Raté ! Ce que c’est d’avoir foi en la nature humaine, quand même. Bon, après, j’avais précisé « encore plus stupides que d’habitude », donc quand même je ne plaçais pas ma pitié très haut, non plus.

On a un souci pour compter les morts des EHPADs, rien ne dit qu’ils soient morts cette année. Il faudrait attendre le prochain comptage annuel. Mais ça va être avancé parce que c’est important d’intégrer leur nombre aux chiffres des morts du Covid-19 ; sinon, ça va finir par ne pas faire assez de morts, pour la suite. Les gens pourraient trouver que ça ne justifiait pas. L’État sait que tant que personne ne va penser qu’un très vieux serait mort de sa mort, parce que, malheureusement, ça peut arriver, trafiquer les chiffres passera inaperçu. Donc, on fait du battage au cadavre et les critères pour participer sont assez larges ; l’essentiel, c’est être mort sur la période concernée. La commission nommée par le gouvernement a livré un rapport très précis :

C’est un peu compliqué de compter, comme les résidents bougent tout le temps et courent partout mais il y a une technique, on les rassemble au bâton et ensuite on les fait passer dans un salon où ils ne peuvent aller qu’un par un, et là, on les compte. L’ouverture est aux normes pour les fauteuils, tout a été vérifié, il y a tous les papiers pour le garantir, des assurances, de l’association des handicapés, de la gendarmerie, de la Ville, de la Région, tout ça. Quand il y en manque un, pour savoir lequel, il faut convoquer toutes les familles pour qu’elles retrouvent le leur, comme ils se ressemblent un peu tous, il n’y a qu’elles qui savent. Et encore, des fois, non. Et certaines familles ne viennent jamais. D’autres affirment qu’elles seraient bien incapables de reconnaître leur père. Et il ne faut pas compter vraiment sur la mémoire des résidents. Et faire attention, parce que certains, par malice, s’échangent leurs familles. Une fois qu’on peut savoir qui n’a pas trouvé son ancêtre, c’est vrai : c’est toujours un peu la panique, mais en général on finit par en trouver un séché quelque part ou plié avec les draps du lit à la blanchisserie, et ce n’est pas rare que ce soit le bon. À force, on sait où chercher d’abord.

C’est un peu comme au zoo d’Amnéville, l’année dernière, qui avait perdu son cadavre d’ours blanc, Olaf, parce qu’ils l’avaient tronçonné en morceaux pour le refourguer par bouts à la déchetterie. Mais la déchetterie l’a retrouvé pour eux et leur a renvoyé. Tout s’arrange. Depuis, le zoo communique à mort sur les 3 tigres blancs qui sont nés. « Rare naissance ». Trop mignons. On sait comment ils finiront.

Il faut quand même reconnaître à Macron (qui d’après l’Élysée, en ce moment, joue le rôle de Clemenceau dans un grand spectacle son et lumière) un coup de lucidité visionnaire assez impressionnant, quand il a défendu Pétain qui ne savait pas, à ce moment-là, en 14-18, qui il allait devenir en 39-45. Vraiment : tenter de pré-retourner sa propre histoire, fantasmée à mort, comme ça, pour se garantir d’être absous et qu’on n’oublie pas qu’on aura été un grand général dans les années 20 avant d’être une larve vendue dans les années 40 ? C’est du génie, ça.

Les écuries sont des lieux publics, donc fermés. L’État pense que les chevaux, c’est comme les motos, on les rentre au box, on coupe le contact et voilà. Macron pense ça. Ainsi, comme un petit garçon pour avoir un câlin, il a donné Vésuve de Brekka, un soldat cheval, au président chinois. Il aurait donné une poterie bretonne ou les plans du Rafale, c’était pareil. Les chevaux sont des cylindrées, avec un gros bidon des fois, et les poneys, des trottinettes avec un gros bidon toujours : ils ne mangent pas, ils ne boivent pas, ils ne font pas leur crottin, ils ne risquent pas de se blesser seuls au box, paniquer, s’attrister jusqu’à en mourir en un nombre record de jours, s’abîmer les pieds trempant dans l’acidité dans la litière et risquer aussi d’en mourir, ou faire une colique et mourir atrocement. Ou pouliner sans surveillance. Les motos n’ont ni besoin de plusieurs rations par jour, ni d’un exercice quotidien réfléchi sur un programme long pour rester en vie et promettre en continu un bon état crucial pour le mental, la digestion, le squelette. Un cheval, c’est comme une moto, une mécanique de précision, on bichonne sa moto en oubliant que le terme vient du monde équin. Pour que Macron comprenne : la différence entre une moto et un cheval, c’est vraiment assez simple, l’un n’a pas besoin d’essence ; la différence entre un poney et une trottinette, c’est que l’une en le voyant n’aura pas envie de lui retourner un coup de dent avant de se retourner pour ruer.

Personne ne parle d’autopsie. Ça doit être pour choquer personne, surtout les familles. Mais on ne regarde que ça, à la télé, dans les séries. Personne ne sera choqué, allez-y, qu’on en finisse, va. Si vous voulez, même, les familles peuvent la faire elle-même, ou leur ado qui voit pire, bien pire, sur son portable dès le petit-déjeuner. Depuis le temps, lui, il est légiste à 13 ans, et proxénète, aussi. C’est pas super difficile, non plus : il faut une musique un peu grave, après, on fait une ouverture en Y, là, ensuite le président vient pleurer pour qu’on lui assure que c’est une mort à cause du Covid-19 et là, y a le choix : soit c’est une bombe sexuelle qui est en train de faire l’autopsie et les images ralentissent pour bien montrer sa concentration et son respect pour la mort qu’elle a connu vivante, soit c’est la légiste désabusée qui jette les boyaux dans une balance et qui prend sa pause déjeuner en laissant tout ouvert sur la table et le président scandalisé qui devra attendre, alors que nous sommes en guerre.

4 semaines en plus de confinement, c’est pour savoir s’il y aura plus de morts impossibles à compter à cause du confinement même que de morts qui seront vraiment morts du Covid-19. Parce ce que ça ne changera rien aux chiffres, vu qu’on ne le saura pas. Ça ne servira à rien du tout, de témoigner, dans un blog, comme quoi, truc ou bidule est finalement mort aussi de défaillances multiples de ses organes suite au coronavirus, par exemple battu à mort ou jeté d’un balcon, ou mort de malnutrition. Ça ne compte pas si tu ne meurs pas couché dans un hosto, pour commencer, avec un masque Décathlon sur la tête, branché par un tuyau d’arrosage imprimé en 3D à je ne sais pas quoi, une bonbonne de plongée, aussi, je suppose. Ben, d’ailleurs, tiens, c’est une bonne question, ça, est-ce que les bonbonnes sont fournies où les plongeurs doivent apporter les leurs ?

Est-ce que j’en ai quoi que ce soit à foutre, la nuit, en regardant la grande ourse et en dansant en fumant une clope avec Way Down We Go à fond dans les oreilles, de tout ce que je viens de lire de tous les journaux français et du réseau Medium ? Non. Rien. Rien à foutre du tout. J’ai une liste de gens qui j’espère crèveront et mal, mal, et je rêve d’être à côté d’eux à ce moment-là pour leur sourire. Ça ne les fera pas mourir, de toute façon, c’est gratuit ! Si je rate ce moment-là, aller rire devant leur tombe ou un truc lyophilisé, je le ferai juste pour dire que. C’est tout l’avantage d’être en vie, encore.

Je parlerai sans prendre de gants et sans masque : c’est ce que disent tous les politiques depuis des siècles. Putain, comme ils doivent se mordre les doigts, là, d’avoir dit des horreurs pareilles ! Sans le moindre patriotisme ! Mettant en danger toute la Nation ! Ça va faire bizarre quand ils diront : je parlerai en mettant des gants et en portant un masque. Ils ne vont plus savoir s’ils mentent encore ou pas. Les gens ne vont plus savoir s’ils mentent ou pas, alors qu’il est établi que plus ils disent n’importe quoi, plus les gens les croient. Ils ont bien cru que nous étions en guerre. Qu’est-ce que ça va être quand nous n’y serons pas ! Ça va être horrible. Des soulèvements, partout. Des pillages, des meurtres, dans les hôpitaux, peut-être, même. Du cannibalisme quand il n’y aura plus rien à manger. La victoire et la paix ? Mais je n’ose même pas y penser. Affreux. Affreux. Ohlala. Que vont devenir les putes, quelqu’un y pense ? Ah oui, Le Monde.

« Nul ne peut échapper au confinement. » a dit un économiste. Puisque la société est enfermée, on va faire sortir les prisonniers, qu’ils prennent l’air, un peu. Une étude très poussée montre que le gouvernement prendrait par contre un grand risque en ouvrant aussi les asiles. En effet, autant il n’y aura que peu de différence entre des rues peuplées de taulards et des rues envahies le plus normalement par la société : tous croient que nous sommes en guerre, mais les cinglés, eux, savent que nous avons seulement Macron pour président.

À Marseille, les fadas vont voir des drones dans le ciel, qui parlent marseillais, avec l’accent, pour bien se faire comprendre des autochtones ; ça ne va pas améliorer l’état de ceux qui ont été taupés en train de tapisser leur chambre de papier aluminium. Un drone peut monter très haut et dire au neuvième étage d’une tour : restez chez vous, il peut aussi descendre très bas, au ras d’un banc et dire à un clodo : rentre chez toi. Ils sont drivés par les enfants des gendarmes qui ont leur diplôme en Call of Duty : Advanced Warfare parce que celui de Mario Kart de leur père est un peu périmé. Ils seront récompensés par la Nation reconnaissante, Macron les recevra à l’Élysée tout spécialement quand tout sera rentré dans l’ordre et sorti de chez soi. Dans cet espace-temps, par diplomatie, il sera demandé de ne pas évoquer le problème de l’obésité chez l’enfant, et pas un mot sur l’épilepsie ou l’éthique, merci.

L’État assure qu’il y a autant de drones masculins que féminins qui représentent son pouvoir sur le vide des villes. Bientôt, les campagnes auront aussi droit à cette technologie, un drone pour tous sera dans les futures promesses présidentielles, après la fibre. 

Trump veut que cette connerie soit bouclée finie on n’en parle plus on relance l’économie dare-dare d’ici Pâques, up, up, up, c’est pas que comme ça il aura encore une fois dans sa poche les extrêmes des Chrétiens, avec la Résurrection, c’est qu’il veut aller chercher des œufs dans les jardins de sa maison blanche et surtout, par pitié, pouvoir retourner dans son golf. Il faut imaginer qu’un mec comme ça qui passe une journée sur quatre dans un de ses golfs, si on l’oblige à sonner le confinement, il peut faire des gros dégâts. Des vrais, cette fois, pire, pire, que ceux précédents, encore. Donc, non, la crucifixion, la mise au tombeau, et le Lapin sont prévus, personne ne décommande. Et de toute façon, c’est le délai pour que le Chine assure les stocks de redémarrage, donc après, y aura plus à faire semblant qu’on aime à ce point les gens, surtout que les seuls qui claquent ne travaillent plus depuis longtemps, et n’ont pas de sécu, Wall Street le sait bien.

(Là, j’ai appris trop tard que le Prince Charles était atteint ! Je laisse le paragraphe.)

Est-ce que la reine a été testée ? …Celle d’Angleterre. Pourquoi, t’en connais une autre ? Non, mais, parce qu’elle a l’âge de mourir. Elle pourrait, elle, l’avoir, le virus. Bon, après, son fils aussi, il a l’âge, même s’il fait plus. Je dis ça d’après les statistiques. Ce n’est pas facile non plus de les interpréter vu qu’elles rangent un peu bizarrement dans la même catégorie les 15-44 ans et les 45-64 ans. …Et les 65-74 ans. Après, il y a les et +. Vous avez quel âge ? Et+, et vous ? Si on veut savoir pourquoi ces tranches d’âges là : il faut s’inscrire et payer. Moi, je veux bien payer pour pas être avec les Ok-Boomers. C’est l’enterrement de première classe, ça, non merci.

En Chine, un médecin n’aurait pas foutu la merde à dénoncer une expérience du gouvernement censée être un peu discrète quoi, personne n’aurait rien su. Le parti a dû assurer un max de transparence et bien calibrer ses filtres pour faire croire au monde qu’il gérait à mort. C’est sûr que les Chinois qui se sont donné un mal pas possible pour monter leur cirque, quand ils ont vu que l’Europe se cassait la gueule, d’après les médias, ils ont dû s’en vouloir d’en avoir fait trop. Mais ils pensent, du coup, avec notre histoire qu’on est en guerre, que tout le monde va oublier que dans les cours des hôpitaux qui n’ont jamais existé, pour guérir les patients, on les faisait danser tous en rythme sur de la musique, avec la chorégraphie montrée par des médecins en combinaison intégrale, ou qu’il y avait des queues devant les coiffeurs pour aller se faire raser la tête car le virus s’accrochait dans les cheveux, il paraît.

On a enfin le nombre de caméras décédées malgré toutes les précautions des journalistes à ne parler devant elles qu’avec un masque, la nuit dans une rue vide : 59874. 2501247 sont dans un état grave. Autant parler cette fois d’hécatombe, parce qu’explosion galopante déferlante, ça ne suffit plus. Tsunami, elle avait dit, la ministre avant de partir pleurer ou en pleurant, enfin, abattue, c’est sûr. Ça, aussi, un coup dur pour les féministes, persuadées qu’elles étaient que les femmes avaient des couilles. Enfin, le gouvernement a pris une décision ferme : obligation pour les caméras de porter un masque jusqu’à nouvel ordre. Les chaînes ont assuré que ça ne changerait rien à d’habitude : les gens sont habitués aux images pourries et à ne rien comprendre de ce qu’ils voient. Aucun souci, hors de question de plus de pertes au front, et une caméra mal soignée ne peut plus se battre, Macron l’avait compris aussi, bien avant Pétain.

C’est pas que les Français s’ennuient, c’est qu’ils ne savent plus quoi faire entre matraquer leur gosse pour que ça rentre, la conjugaison et le théorème de truc, faire la planche au moins 20 secondes sans que le ventre touche donc pour certains, il faut qu’il fasse le pont, et le coronapéro, comme disent les journaux, soit picoler à mort devant son écran, pas forcément en se branlant à la virtuelle mais avec des copains en skype. C’est hyper convivial. Ils font des chouettes tablées, les cuites sont mémorables ; le lendemain matin, t’as le Q collé au front, la touche du clavier. Avant ça s’appelait « la tête dans le cul ». Mais il faut bien s’adapter. À la guerre comme à la guerre.

« Demeure » qu’il a écrit, un p’tit philosophe de droite, l’année dernière. L’avenir de la pensée et de la politique …ou pas, qu’il disait, parce qu’il était quand même bien de sa génération qui change de passion et d’intérêt toutes les trois semaines et fait tout comme ça lui pète jusqu’à ce que ça ne lui pète plus. C’était pas compliqué, son livre, c’était pour dire que la maison, c’était les fondations et qu’il fallait cultiver son jardin à l’intérieur, en gros. Il ne croyait sûrement pas si bien dire. Il paraît qu’il remplissait les théâtres et on venait l’écouter, sa philo pour ceux qui venaient juste de lâcher leur Caroline a ses règles, Allô maman j’suis bobo, Sorbonne Verte et leur Figaro. Et là, le rêve : toute la société à demeure. Alors, ça peut se comprendre, dans une société qui part en sucette, de dire aux gens que se serait mieux s’ils se posaient deux secondes chez eux et construisent leur nid, car c’est ainsi qu’on peut ouvrir le mieux ses portes pour accueillir quelqu’un et notamment l’étranger, quand on est bien chez soi, blablablablablabla bââââââââiiillllemmmmment, …pardon, mais on a l’air un peu con quand les gens chez eux vont virer aux tueurs en série en pensée, qu’ils vont se mettre à ne même plus pouvoir voir leur télé en peinture, et rouler des regards de bouledogue à leur porte comme si Macron ne comprenait pas qu’il faut qu’ils aillent pisser. Toute la société qui attend devant sa porte la laisse dans la gueule et piétinant des hanches, faut bien voir un truc : un étranger qui rentre, là, il se fait bouffer. Les gens à demeure, ce qu’ils veulent, c’est sortir. Le prochain qui leur dit de rentrer chez eux, il est mort, quoi, presque, bientôt.

La drôle de gauche, elle gueule quand on crève les yeux et quand on arrache les mains, mais pas un mot quand on sectionne une démonstration, qu’on décapite la logique, qu’on éviscère les chiffres, qu’on les remplit de flotte jusqu’à ce qu’ils parlent. La drôle de gauche, elle en a rien à carrer de la santé mentale des gens, elle a pris gaiement le virage de l’invective, il y a un moment. Elle ne reconnaît que la torture dont elle ne se sert pas.

Les Pays-Bas demandent à ceux qui pensent que quelqu’un a chopé le virus et ne veut pas le dire de le dénoncer. Si on fait ça en France, avec l’habitude qu’elle a eue de collaborer, c’est la guerre civile assurée, donc c’est en projet dans le gouvernement qui sait bien que le gosse va vite tourner en rond et se lasser à nouveau de son jouet. Il est comme tous ceux de son âge, jusqu’à 6, 7 ans et qu’ils savent lire, il faut enchaîner les activités à un rythme de dingue et comme personne ne lui a appris que quand on avait fini avec un jeu il fallait recompter les pièces et bien le ranger, l’Élysée, Matignon, le Parlement, c’est bordel pas possible, tout est ouvert, toutes les cartes sont mélangées, toutes les règles sont inter-changées, on ne retrouve plus les couvercles des boîtes de Pandore, et évidemment, il y a des pièces qui manquent. Ça va se finir comme à chaque fois, on sort le 49-3 et on fout tout à la poubelle en se disant qu’on rachètera plus tard.

Une dame, sur Twitter, remercie ses followers de prendre de ses nouvelles, parce qu’elle aurait le virus. Tout ce qu’elle dit c’est beaucoup de mercis et qu’elle souhaite à tout le monde de pas avoir cette « merde de virus » parce que c’est vraiment « de la merde ». C’est étonnant, tous ces gens malades qui ne parviennent pas à dire ce qu’ils ont. Quand l’État communique en « Alerte virus », c’est difficile aussi de suivre parce que la fièvre est un symptôme mais ensuite, elle disparaît. Et il n’y a quand même pas tant que ça de gens qui lisent le langage des signes pour vérifier la traduction, finalement. C’est curieux, cet État qui ne parle pas français et qui sous-titre avec des signes. Du coup, tout le monde prend des cours de langage des signes sur YouTube, d’ailleurs, pour suivre un peu mieux et ne pas rester dans le flou. Parce que, c’est ça qui est dur, c’est ne pas savoir, finalement, tu vois. T’es là, et tu te dis, je l’ai, je l’ai pas ? Sur les sites de docteur à monter soi-même, ils disent que tu perds le goût, mais alors, là, si tu comptes tous les Français qui n’ont aucun goût, je ne te dis pas, c’est de l’ordre de… 73 millions, par là, dont le président et la présidente.

Au début, les chiens et les chats étaient plutôt contents de voir leurs maîtres tout le temps. C’était la fête. On faisait plus couiner les jouets, on agitait un tas de plume à rattraper et chasser, y avait plein de caresses en plus, et des grandes conversations sur le pourquoi, le comment, l’être et l’avoir, le dedans, le dehors, le relativisme social, les souvenirs de guerre et des prières devant le portrait de Clemacron. Enfin, c’était chouette. Les chiens avaient appris avant chaque sortie à presser leurs coussinets dans un tampon encreur et signer l’attestation. Mais ensuite, les maîtres sont devenus très bizarres, ils ont commencé à gronder pour rien et contre tout. Ils étaient connus pour gronder contre la lumière restée allumée pour rien, où la poubelle pas descendue, où le café que personne n’avait racheté, le rouleau de papier-toilette pas changé, la cuvette des toilettes pas baissée, les cheveux dans la douche, la chambre pas rangée, mais ça s’est étendu et à n’importe quoi. Ils ont commencé à gronder contre des voisins de l’autre côté de la rue à 30 numéros de là, et contre le cabot à 30 numéros de l’autre côté, et contre la porte du frigo qui rebondissait au lieu de se fermer, la poignée de porte restée dans leur main, la fenêtre qui s’ouvrait mal. C’était ça, en premier lieu, tous les systèmes de fermeture les stressaient beaucoup, les maîtres. En deuxième lieu, ça a été les murs. Ils pressaient sur les murs, pour les repousser. Certains en ont abattu, sans prévenir personne, même pas le voisin qui partageait le mur. En troisième lieu, ils ont beaucoup regardé leurs pieds, comme s’ils n’étaient pas à leur place. Ils ont essayé de marcher sur les mains, ou de tenir en poirier, contre le mur. Après, ça a été leurs yeux, ils se sont vidés, à force de voir et d’entendre du vide. Et la tête, de même, et c’est là que sont apparus les premiers signes de la rage. Ils se sont mis à baver beaucoup, beaucoup, beaucoup, sans cesser de gronder. Ils avaient oublié comme on parlait, alors ils ne faisaient plus que gronder très fort et soudain, ils ont aboyé, tous, comme des fous, comme des enragés. On a fui avec les autres cabots et même les greffiers et les poissons rouges, un boa et un gecko léopard. Ils faisaient trop peur, on ne les reconnaissait plus, ce n’était plus eux.

Les gens se sont rendu compte de la connerie de ce que leur gamin regardait pour qu’ils aient la paix de 6 heures jusqu’à partir à l’école et de 17 heures jusqu’au coucher. Des trucs colorés qui hurlent en continu dans des scénarios plus débiles tu meurs. Ils ont aussi eu l’occasion de voir ce que leurs ados regardaient et il y a des trucs, même adultes, ils ne l’avaient jamais vu faire, ils pensaient qu’il y avait des lois, quelque part, contre ça. Les gens ont découvert l’insécurité absolue depuis chez eux et ont mesuré que la chambre de leurs enfants était d’énormes décharges des monstruosités les plus écœurantes, du monde entier. « Bonne nuit », disaient-ils un peu sans y penser, en fermant la porte, sans savoir que 15 viols et autant de joyeuses pénétrations format 30 par 10, tout matériaux, allaient envahir l’espace, plus des litres de sang et la peine de mort sous toutes ses formes après un peu de torture. C’est moche, le virus, il tue, dehors. On est mieux à l’abri chez soi, pour sauver des gens, c’est la moindre des choses.

Si vous allez demander à votre voisin du sucre ou des œufs, demandez si le sucre est fairtrade et si personne n’a buté la poule qui a fourni ses œufs après ses 18 mois. Vous verrez, il saura tout de suite que vous êtes quelqu’un de bien et qu’il n’y a pas besoin d’essayer de vous passer l’œuf par le judas ou le sucre sous la porte. Dans les magasins bio, personne ne porte de masque, les restaus vegans sont ouverts bien sûr. On a même pu noter que les agriculteurs ne se suicidaient plus alors qu’ils le faisaient une fois par jour avant, d’après les titres, pour la simple raison qu’ils n’ont plus de saisonniers, ils font donc tout seuls, et se paie le salaire de 300 personnes. Un salaire de misère, x300, mon gars, c’est pas la même chose. Il n’y aura pas de fraises, cette année, parce qu’il n’y aura pas d’Africains au black pour les ramasser. Et maintenant que certains savent qu’elles étaient ramassées par des Africains, ils ne vont plus vouloir en manger. Il y a un tas de produits, avant le coronavirus, on ne faisait pas attention d’où il venait et de qui les touchait. Une dame, une fois, dans une grande surface, avait dit à son mari au rayon des chaussons que jamais elle mettrait les pieds dans un truc fait en Chine. Les gens ne se rendent pas compte que de toute façon, même s’ils ne veulent pas, c’est de l’économie intrusive, et ça va très loin, jusque dans les poumons. Tous les militants activistes sont d’ailleurs d’accord sur le sujet, c’est parfaitement possible de produire un virus 100% français, il faut arrêter de tout importer. Il sera mieux fait, évidemment, tout un savoir-faire autre, aux normes, le transport plus court polluera moins, il nourrira des familles françaises et relancera l’activité locale, le commerce de proximité et les petits jardins à partager. Il faut protéger l’artisanat et la recherche française. C’est primordial pour une nouvelle économie. L’économie est à repenser. Aucun défi n’est impossible à mener, il l’a dit, le président. Nous sommes en guerre. …J’en étais où ? Ah, oui, le sucre, juste 80 g. Vous n’auriez pas juste un peu de lait, aussi ? Allégé ? …La vache traite à la main dans le respect de la tradition ?

Le journal Le Monde se demande aujourd’hui « Comment lire, comment entreprendre, imaginer, réfléchir, la boule au ventre ? » C’est très simple, dans le sens de lecture, de gauche à droite à moins que ça ne soit écrit en arabe ou en hébreu, et de bas en haut. Il faut d’abord y aller doucement, pour ne pas que la boule fuie aussi sec et se réfugie dans la gorge ou roule sous le sofa en se disant « Non, mais qu’est-ce qu’il me veut lui ? » et avoir l’air très naturel, sourire, c’est essentiel, et, par exemple, parler du coronavirus et des soignants, ces héros au front, ou de la guerre, ce sont des sujets qui marchent bien, accrocheurs sans peine et qui sont assez consensuels ; ensuite, dès que le contact est établi, c’est facile. Si vous êtes infirmiers, montrer tout de suite l’amputation, la gueule cassée, et ce sera dans la poche. Il faut imaginer quelque chose de plutôt rond mais ne pas se faire avoir non plus par le mot de « boule », il faut garder l’esprit très ouvert et ne pas hésiter à faire preuve de créativité et d’audace, et aller sans avoir peur jusqu’à voir un cube. N’hésitez pas à ajouter beaucoup de couleurs, sachez que c’est avant tout votre liberté qui s’exprime. Pour réfléchir, sans miroir, ça peut être compliqué, on peut essayer avec du métal mais il faut qu’il soit bien lisse et plan, sinon la déformation est très grande. (…Je ne sais pas à quel point, parfois, je ne regrette pas l’article de Libération qui avait enquêté pour savoir pourquoi l’article sur les bains de soleil de l’anus » avait été retiré de je ne sais où. Si encore, là, je rigolais, mais même pas. Véridique.)

Quelqu’un a pensé au personnel soignant, je veux dire, les journalistes de magazines féminins ? Toute l’année, elles bassinent sur le cocooning, elles qui ne sont jamais chez elles et qui pour rien au monde ne voudraient y être, et là, en deux numéros, plus rien à dire. Parce que c’est ça, le principe des magazines féminins, c’est parler de trucs qui n’arriveront jamais, comme l’orgasme féminin, ou d’un temps pour ses pieds, ou de comment se faire retirer la ride du lion avec un mélange de betterave ou de chou kale ou de comment on portera sa jupe Dior, l’été prochain, en croisière privée, avec ou sans les escarpins bicolores en rupture de stock de Chanel. En général, ces magazines parlent de la félicité d’être chez soi pour que tout soit en mohair et sente bon le thé vert dans un soleil tendre au fond de coussins moelleux, ses cheveux blonds bien lissés, la peau nickelle et épilée au micron. …Mais là ? Toutes les bonnes femmes sont chez elles, à loucher sur leur mochissime et pointu hallux valgus, leur pif gras, et leur garde-robe de chez grande surface, sans compter la bordure de cellulite au-dessus de la culotte en gros coton. L’horreur du réalisme est infranchissable, le rêve ne tient que si on rêve seulement d’être chez soi. …J’y pense, Madame qui allait toutes les semaines chez sa coiffeuse et qui va ouvrir d’une main tremblante, soutenue par son mari, là jusqu’au dernier moment, une coloration du Monoprix, sans ammoniaque. Oh merde.

14-18, c’était de la gnognotte.

Tout le monde pense que c’est facile, d’être journaliste. Ils ont bien raison. Ce qui est dur, c’est d’être un sujet. Et on voit comme ça marche, sans réseau, sans connaissances, sans piston, tu peux toujours crever, tu seras pas sujet. D’un autre côté, en ce moment, on note une tendance, tout de même, à condition que tu sois dans le thème, ou que tu ne t’en éloignes pas trop, c’est-à-dire ne fais pas comme les mecs de la CGT qui en sont à trouver scandaleux l’attitude gouverneur du Texas, quoi, disons que tu peux avoir un créneau tellement les journalistes ne savent plus quoi dire. C’est assez souvent, mais là, bientôt ça va être terrible. Ils comptent fortement sur la capacité des gens à totalement oublier que ça fait 62 fois en trois jours qu’ils voient les mêmes images de caissières avec des masques de soudeurs. Donc, si en tant que sujet, tu as un lien avec le coronavirus, tu as une chance de commencer à intéresser le 20h. …C’est vrai qu’il y a peu de choses aujourd’hui qui n’ont pas un lien. Écoute, prends la file d’attente, reste bien à un mètre du sujet devant toi.

 

Ce genre d’article, je l’écris pour reprendre de l’envie et du souffle, sinon il faudra rajouter folie comme symptôme aux dommages dont le virus est totalement innocent, et terreur, aussi. Le monde est en train de s’étouffer de sa bêtise, il se brise les mains à applaudir, il est niais et dangereux de niaiserie. Il devrait faire peur. La société devrait avoir peur d’elle, en ce moment, de ce qu’elle parvient à devenir, à penser, à un simple ordre, à quelques mots. Elle suit, elle moralise, elle est morale, tout entière, les leçons pleuvent et si je sors faire deux courses, je traverse, qui m’évite, un vide errant aux visages sinistres.

Sinistre. Malsaine. Niaise. Et haïssable. La société, chaque jour un peu plus, tire sur la corde de la pitié et de l’empathie, de la patience qu’on peut lui accorder. Elle devient irrespirable, même chez elle, même invisible. Ce qu’elle laisse être visible d’elle ne peut pas être elle, pas à ce point, sinon, ce serait bientôt à conclure que c’est irréversible. Elle aime sa néomorale ? Qu’elle en crève. Mais sans moi. C’est la guerre ? Je déserte. Viens me chercher pour me fusiller, essaie.

 

À demain ?

 

Claire Cros, auteur conceptuel

*Ce texte fait partie d’une série sur le modèle des Inktober, sur YouTube sur la chaîne PUCK, facebook sur la page PUCK, ou lire sur le blog Mediapart.

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