CORONA PROPAGANDA | ET DIEU (2/2) : « OPÉRATION RÉSILIENCE ». 11/X

« Nous ne devons avoir qu’une obsession : être uni pour battre le Covid-19 » a tweeté Macron hier, alors qu’il lançait aussi l’« Opération Résilience ». Virus Cyrulnik. …Putain. Oh putain. Non, non, NON ! …S’il y a un dieu et qu’il laisse ça aller jusqu’au bout de son ridicule, j’espère que c’est parce qu’il a honte de nous. Honte. Macron est notre création, pas la sienne, il s’en lave les mains.*

Cet article est dépendant de CORONA PROPAGANDA | ET DIEU (1/2). 10/X

 

Je n’y crois pas.

Je n’y crois pas.

Combien de fois je l’ai dit, déjà ? Je sais que l’Histoire va faire le tri. Ça ne passera pas, ça ne peut pas. Impossible. Il faut que ça s’arrête, je redoute comment, je redoute le temps que ça pourrait prendre, je redoute, conceptuellement largement pensable, les étapes  gigantesques pour y parvenir, jusqu’à un roulement générationnel, sachant qu’un colossal échec peut encore advenir et sous une forme que peu pourront être capables de penser et de prédestiner. Je sais que la société n’a pas les moyens, du tout, de relativiser, de comprendre ce qui est en train de se passer, d’être dit. Elle ne sait pas comment, elle ne sait pas pourquoi, elle ne sait pas d’où, elle ne sait pas depuis combien de temps, elle ne sait plus rien. Rien. Elle n’a pas suivi, elle ne pouvait pas. Et pour la énième fois, ce n’est pas à elle de savoir !

 

J’ai un jour de retard, sur ce coup-là, à propos de l’ « Opération Résilience ». Ce n’est pas grave pour la datation de mes articles et pas même pour ma seconde partie « ET DIEU », puisque je ne parlerai pas d’autre chose que prévu, mais ce retard est de ma faute : je ne peux réellement plus entendre la voix de Macron, ni le voir sur les écrans au moins dans l’exacte seconde où l’action se passe. C’est la Minute inversée de la Haine, pour moi. J’attends donc toujours un peu que le temps l’archive pour moi, preuve que j’ai encore conscience que mon sentiment n’a rien à foutre dans une démarche intellectuelle.

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Je n’arrive pas forcément à être fière de cette maîtrise alors qu’à considérer l’effort que ça me demande, je devrais, pour commencer, et ensuite : cette étrange puissance-là aurait dû m’aider, il y a des années, et la preuve qu’au contraire elle n’a rien pu contre mon lynchage est la démonstration de l’autre puissance que j’avais face à moi, qui ne jouait pas du tout avec les mêmes outils que moi : l’Histoire, la mémoire, les bibliothèques séculaires, la réflexion et la création, la conscience. Ce n’est pas pour rien que je case ça ici : il y a 16 ans, je suis arrivée dans le milieu culturel avec une « armée » entraînée, massive, ultracompétente, logique et endurante, intelligente ; je pensais qu’il y aurait un affrontement qui libère au moins un espace à la liberté de penser, à la critique, et rétablisse un équilibre élitiste peut-être mais au nom de la société, et ce que j’ai trouvé face à moi a été le silence, le mensonge, l’hypocrisie, la lâcheté, une mollesse insaisissable par les meilleurs muscles, la négation, et un néant irréversible. Irréversible. Mon armée s’est figée et depuis attend. Elle a tenu parce qu’elle était entraînée, parce que ce qu’elle voulait défendre dépasse tout, parce qu’il n’y a plus d’autre choix quand on décide de se battre pour ce qu’elle comptait défendre. Elle est immobile dans le temps et le passe sans perdre une force, et au contraire, son entraînement continu.

 

Mais devant ce qui est en face, de nous tous, il me faut juste à chaque fois un peu plus de temps pour surmonter ma colère. Et là, un jour. Le voir une fraction de seconde sur fond de toile de tentes montées par l’armée, de nuit, devant son pupitre, avec sa traductrice en langue des signes ? L’image, pour une ultravisuelle, suffisait à me lever le cœur d’une nausée de rage.

Donc le coup de son « Opération Résilience », je l’ai reçu le lendemain. Je n’y croyais pas en voyant le titre, j’ai dû l’entendre le dire que j’en avais les yeux secs, ouverts depuis trop longtemps. …Non ? Non, non, non, non, non, non, non, non. Non, non, non, non.

Non.

C’est bête, je venais juste d’arrêter de rire, un vrai fou rire, au titre du Telegraph : « Un conseiller du gouvernement a dit que les 2/3 de ceux morts du coronavirus seraient morts dans l'année de toute façon. » Tant qu’il y aura des Anglais… Et ensuite, la résilience de Cyrulnik version Macron.

C’est une mascarade, c’est une plaisanterie, et il n’y aura pas d’amertume assez grande. L’école maternelle de la pensée et de la psychanalyse qui s’allie avec l’infantilisme de la présidence, depuis le « grand débat des idées », c’était officiel. L’immaturité intellectuelle du président était déjà déclarée depuis bien avant son élection, mais je n’ai jamais admis ce que je savais pourtant par défaut mais que je n’avais pas « vu » : la faillite intellectuelle, réelle, sincère, délimitée, et irréversible de toutes les « élites » de France en mars 2019.

 

Je ne disserterai pas longtemps de la « résilience », terme volé à l’anglais qui alors signifie platement « résistance ». Je ne peux pas lutter contre un best-seller que toutes les femmes de 50 ans et sans le moindre bagage de connaissance ont compris. Au bout d’un moment, je suis obligée de signaler que je ne joue pas tout à fait dans la même cour que ce qui se prêtant des élites françaises et qui n’a comme public que la masse qui pense que Luc Ferry est philosophe. Je ne peux rien dire contre ça, rien. De malheureux lecteurs se trouvent plus intelligents, sont heureux d’avoir une thèse qu’ils puissent répéter facilement et parviennent à se convaincre que quelqu’un les aime et les comprend ? Parfait ! Parfait ! D’accord ! Mais il ne faut pas que ce genre de bêtise existe seule.

C’est un peu comme s’il n’y avait que Dan Brown en tant que littérature. Dan Brown est acceptable uniquement si on sait qu’il s’agit de littérature populaire, d’une écriture à chier, d’un scénario minable, avec des erreurs à hurler de rire concernant même les tableaux de Vinci, ce qui est un comble et n’a gêné personne : même le Louvre est parvenu à communiquer à mort grâce à Dan Brown qui a confondu, sous prétexte qu’ils ont le même nom, un tableau du Louvre avec un autre de la National Gallery à Londres, et ce n’est pas une petite erreur : l’héroïne soulèverait, en fait, un tableau de plus de 300 kilos après l’avoir décroché hop comme ça, comme si les œuvres dans les musées étaient pendues avec une petite corde à un crochet genre le salon de mémé… Ensuite, l’héroïne menace un gardien du musée de crever la toile d’une œuvre pareille en enfonçant son genou à l’arrière, sauf que le tableau de 300 kg qu’elle tient facile, et qui doit aussi la dépasser de 50 centimètres a une vitre, pour le protéger, y en faut de la force, dans le genou, hein ? Mais bon….

On sait que Dan Brown ne vaut vraiment pas grand-chose parce qu’à côté, en France, il y aura Zola ou Flaubert. Le problème n’est pas de les avoir lus, mais juste de savoir qu’ils sont là. Tout objet qui gagne trop facilement la compréhension populaire n’est pas un mal du tout : sauf si le pouvoir qu’il a sur la société provient du fait qu’il use uniquement de ce qu’elle est seulement capable de penser. Il y a des objets qui parviennent à remporter la compréhension de la société parce qu’ils lui font lever la tête de force au point de la remettre debout et la société sait faire la différence entre les deux : ceux qui la laissent en place, qu’elle soit assise, couchée, à terre, ceux qui la relèvent. À condition que les seconds existent.

 

La « résilience » de Cyrulnik est un objet populaire, admissible sans aucun problème par les masses. Il ne devrait pas être utilisé par une élite parce que ça ne « devrait » pas être un outil qui l’intéresse du tout pour son propre job : il est impropre, trop court, d’un grand ennui intellectuel, et provient d’une personnalité dont l’attitude avec le politique, la critique, et son propre regard sur elle-même sont réellement à rire quand on n’est pas en colère. Mon inquiétude concernant la réception de l’œuvre de Cyrulnik a 20 ans. Ce n’est pas réellement à cause de lui, ou ce qu’il a écrit dont je me fous, c’est à cause du contexte dans lequel il a été adoubé, à cause de sa manière d’en être flatté, à cause de ses professions qui faisaient la démonstration qu’elles ne servaient plus à rien, mais rien, rien, au milieu d’un jeu de cour où il préférait glisser de plaisir en souriant plutôt que planter son métier en bouclier jusqu’à ce que sa vibration obtienne le silence.

Je mesure le succès dans les élites, quelles qu’elles soient, à ce qui constitue l’élite même : pourquoi « elle » ? Comment « elle » ? Et à la totalité de l’objet+auteur qui reçoit l’agrément de l’élite.

AUCUN auteur qui respecte la critique aujourd’hui et soit ému ou flatté de l’assentiment de ceux qui actuellement et depuis quelques décennies formeraient ce qui se croit l’élite en France n’en est un. On ne peut pas accepter de frétiller de la queue comme un fou à l’idée d’être reconnu par les élites actuelles et celles sur plusieurs décennies. C’est la trahison d’un amour de la servilité, d’un non-dépassement de son propre ego, d’une inconnaissance terrible de soi et de la nature humaine et d’un aveuglement encore plus dommageable concernant l’état sociétal français, sa psychologie, aussi. Alors quand on se prétend neuropsychiatre ?

 

Mon job est effroyablement infaisable. Je le sais, ça ne m’empêche pas de le faire. À cause des dates : il me faut des dates, non niables, qui prouveront toujours un état intellectuel, critique et offensif et une existence. C’est à un point que je joue pour l’Histoire, là, je compte sur elle. Mon job est le même, quelque part, que celui de la drôle de gauche ou des complotistes de toute nature que j’ai pu décrire fouillant un tas de fumier, mais ignorant qu’il s’agit d’un tas de fumier, et dont ils ne voient que la position qu’il leur offre : ils sont au-dessus : alors ils pensent voir mieux, plus large, et plus loin. Ils tirent de là des petits vers de 280 caractères qui tous assemblés font des fois un livre. Ils fouillent dans le passé acidifié sur lui-même parce qu’il est balancé là sans soin depuis très longtemps et jamais n’a été aéré. Ils cherchent de quoi édifier : des chiffres révélateurs, qui a pris telle décision à quel poste, la faute à qui. Ils cherchent dans un univers qu’ils maîtrisent, ne vont pas très loin non plus, trouvent toujours ce qui parlent facilement au plus grand nombre qui se croit toujours concerné. Ce n’est pas faux : tout le monde est concerné par l’économie, la politique, sa vie régionale, communale, surtout quand ça ne va pas et qu’il faut mâcher son dépit, son ressentiment, et son impuissance, aussi. Moins il y a un pouvoir réel à quelconque « contre », moins il a de portée dans les actes, plus il trouvera de l’édifiant. L’ex-Front national et toute engeance de ce type n’ont jamais travaillé autrement et les « actes » mêmes les terrifient. Ils ne sauraient pas faire, ils ont un soulagement non-avoué, même au fond de leur conscience, à échapper toujours au passage cruel entre l’attaque formelle et la pratique. Alors l’édifiant passe bien. Chacun gratte et bosse dans le cadre d’une formation et d’un job, avec la moitié d’eux intégrée à un média ou un autre, et pas si obscur que ça. Ça fonctionne.

Une de mes différences avec eux c’est que le sujet que je critique n’a aucune limite, ni thématique, ni temporelle, ni géographique et que la compétence qui me permettrait que ma critique ait par défaut une valeur n’existe pas, elle n’a aucune reconnaissance et si elle n’en a pas, c’est parce qu’elle ne peut pas être reconnue par la moindre élite actuelle. Le tas de fumier, je ne suis pas montée dessus, je l’ai démonté, couche après couche, et quand j’ai eu fini, j’ai cherché qui avait fait un tas pareil, depuis combien de temps, et pourquoi à cet endroit-là, j’ai regardé la ferme plus loin, son terrain, tout le village, la ville à côté, la région, les autres villes, les habitants, chacun, leur famille, leur vie, leur intérieur, j’ai écouté, j’ai observé, j’ai suivi, j’ai agrandi toujours plus le questionnement et je n’ai rien fait d’autre qu’y réfléchir ensuite, rien d’autre, en continu, ou presque, d’abord 3 ans, ensuite 10. Et j’ai une excellente mémoire. J’ai aussi assez lu pour ne plus avoir forcément à lire. …Ouais, c’est possible. J’ai obtenu quelque réponse, j’ai des conclusions, et le plus important : j’ai l’argumentation, la démonstration, par récurrence. Donc peu importe cette histoire de non-reconnaissance, la différence entre ma vision de la situation et celle de quelconque critique, ce sont ces années uniquement condamnées à la réflexion face à un sujet illimité et à un esprit critique qui fonctionnent sans commande, en continu.

La critique a besoin de toutes les compétences, et je ne vais pas m’inventer économiste ou médecin ou avocat ou architecte : en aucun cas une réflexion fait décrocher des diplômes virtuels ou mépriser des années d’études précises. Par contre c’est tellement un élément qui pourrait être mieux partagé et qui devrait animer presqu’uniquement ma génération que j’ai beaucoup de mal à admettre qu’elle ait choisi ses bornes et qu’elle n’ait toujours pas défini qu’elle est en train de travailler sur le même tas que ses pères, et de la même manière. J’ai un mal fou qui me rend réellement méchante face à quiconque de ma génération qui ait un minimum de portée face à un public, qu’il ne soit que ça, qu’il soit si étriqué, qu’il manque tant de hargne, de rage, de coffre et de puissance de frappe intellectuellement parlant.

C’est chouette comme quand on n’est personne être soupçonnée d’orgueil est impossible, mais si quelqu’un y pense, juste là, qu’il s’avance pour qu’on en discute.

 

Face à un président qui tweete : « Nous ne devons avoir qu’une obsession : être uni pour battre le Covid-19 » ou qui prévoit une « Opération Résilience » devant des tentes militaires et de nuit, les sursauts de « contre » actuels, relativement « jeunes », ne comprennent pas que le « nombre de lits fermés » par « qui » et « quand » sur les seules 15 dernières années, pour ne prendre que cet exemple-là, n’a pas la moindre importance et cette information n’aura aucun pouvoir. Aucun.

 

Je vais revenir avant de retrouver cette affirmation à ce que je pensais dire dans cette partie 2 de « ET DIEU. » Je pensais y donner des pistes plus fines à lire que « fraternité », « guerre » « peur » et « souffrance ».

(Je ne parlerai pas que l’univers ait pensé envoyer le virus pour que la planète respire. Ça me semble évident que oui.)

 

Bon, un dieu-univers balance un virus, peu importe qu’il tombe en Chine en premier et comment il va se propager. Le monde entier se retrouve face à quelque chose qu’il ne comprend pas mais qui apparemment ne touche pas tout le monde avec une égalité probante. Les chiffres donnés ne riment à rien, les conditions de santé de ceux qui sont morts ne sont pas définies, les générations sont découpées très étrangement dans les statistiques, il n’y a même pas de chiffres réels disant que plus d’hommes que de femmes seraient touchés ou inversement. Par défaut, par manque d’informations, une fausse «égalité » semble régner de toute part.

On peut, à regarder les actes d’un dieu relatés dans les textes fondateurs, trouver que cette « égalité » a toujours existé : le dieu-univers était juste et n’épargnait personne.  Qui en ce moment n’épargne personne ? Le virus ou ce que les États demandent de façon à protéger  « l’autre » ? « Soi » ET « les autres ». Le chantage d’unité est assez incroyable : il faut rester éloigner de l’autre, ainsi finalement l’autre est éloigné de soi, chacun se préserve en préservant l’autre. Le politique saurait quoi faire de ce nouvel apprentissage de la démocratie « passive », mais un dieu ? Un dieu ne saurait penser en système social, en capitalisme, en hôpitaux et en lits. On peut espérer qu’un dieu regardera un peuple pour ce qu’il est et cherchera à lui faire comprendre ce qui déconne chez lui ou lui faire comprendre ce qu’il doit rejeter de lui.

En positionnant de force tout le monde dans un état de faiblesse et d’impuissance auxquelles la première réponse possible soit l’immobilité pour un temps long, en 2020, un dieu pourrait avoir eu le projet que l’humanité reconsidère sa propre place d’un à un et redéfinisse, alors que le corps est immobilisé, ce qui lui reste de liberté. Et je ne parle pas du tout du « sens des choses » à retrouver en lisant un livre, comme l’a préconisé le président. Je parle de l’essence même de la liberté individuelle.

Tout le monde a capté l’idée ? Bon, maintenant, un dieu-univers retire la donnée « coronavirus », parce que ça, c’est le prétexte, ou le doigt dans le proverbe « quand le sage montre la lune ». Chacun est à distance d’un mètre de l’autre avec interdiction de bouger. Qu’est-ce qui, de lui, mettrait encore en danger l’autre ? En quoi l’autre serait encore un danger pour soi ? Est-ce que réellement, quiconque, même sans virus, a la moindre liberté intellectuelle et critique ?

Non.

Un dieu-univers peut avoir lancé un virus sur l’humanité, et notamment notre petite France, pour que nous dépassions sa facile grossièreté, son côté un peu simple, toujours pas rendu complexe dans aucun média parce que c’est tout simplement impossible, et pour que nous nous posions seulement la question de ce que nous sommes en train de penser, et pourquoi, et comment, et avec quelles limites, imposées par qui, comment, quand, pourquoi.

Nous sommes tous en train de regarder un stream unique. C’est inespéré. Inespéré. Conceptuellement, si nous sommes tous face à la même chose, à voir la même chose, à entendre la même chose, alors ça revient à être face au vide et à n’entendre que le silence. Tous les cerveaux, toutes les connaissances, toutes les expériences, tous les physiques, tous les âges, sont face au même « contenu » : le néant. Quelle est la part d’individualité qui va s’animer face à cette unité ? À ce rien ?

Pour l’instant : aucune.

Aucune. Il n’y a pas de « soi », il n’y a pas « d’autre », il n’y a personne. Personne. Il y a l’écart d’un mètre entre les gens, c’est tout. Et un dieu-univers la rendue obligatoire et visible. Visible jusqu’au pathétisme, au sinistre, à la honte.

Ce mètre est utilisable dans une réflexion, il devient un « concept ». Il est probable que dans ce mètre, et son évolution sur un temps court, des guerres soient nées, notamment la Seconde Guerre mondiale. Il est probable que ce mètre soit la part qui manquait aux historiens et aux sociologues, et réponde à cette question « comment personne n’a rien vu venir ? » Mais pour ça, il faut se défaire de l’idée que quoi que ce soit puisse être un doublon de l’Histoire, cesser de penser « Hitler », « Camps de concentration », « Nazisme » et cesser de croire qu’ils puissent être si brutalement dupliqués. Il faut admettre que nous sommes en 2020, un siècle ou presque, bientôt, plus tard. Il faut aussi se séparer de cette idée de « destin » abordée dans la première partie de cet article et rouvrir l’avenir à un inconnu, au lieu que le présent se boucle à nouveau sur lui-même. Parce que dès lors qu’on pose en hypothèse que la situation que nous sommes en train de vivre, (et très vite on découvrira qu’elle n’a rien à voir avec l’apparition du coronavirus) a des similitudes conceptuelles avec des instants de l’Histoire qui ont mal fini, l’unique but de la réflexion suivante sera d’éviter une suite qui a été logique dans un autre temps, pas d’attendre que l’univers valide avec un conflit indéfini ce qu’on redoutait. En travaillant « contre » le présent, on ne saura jamais ce qui aura été évité.

 

Dans une telle lecture de l’état coronavirusé de la société, le nombre de lit fermés ou rouverts devient une information qui part dans le néant que tout le monde fixe. Ce n’est pas qu’elle soit fausse, c’est qu’elle est sans intérêt au-delà de sa seule seconde et d’un contexte qui lui aussi est lié au virus. Ça va bien au-delà de ça : c’est qu’avoir un doctorat en droit, en sociologie ou en économie ne sert plus à rien si les seules informations et les seules réflexions qu’on est capable de manipuler sont périssables avec le sujet qui les autorise. Qu’on ait ou pas des micros à volonté pour parler n’a plus non plus de sens si les mots prononcés restent accrochés à un présent qui se pense paralysé par le virus et rien d’autre. La compétence qui permet une vision réaliste et extraite de la date du jour et du contexte du virus n’a plus à être démontrée par un diplôme, une place dans l’élite, dans un média ; quiconque a accepté la difficulté de « penser » ce mètre entre lui et un autre va vite dépasser les plus grands gourous du « vivre ensemble », et faire voler en éclat la propagande autour de la fraternité, la communauté et l’entre-aide et la fête entre voisins, aussi. C’est toute une mystification de la société qui va s’effondrer. Ça n’en annulera pas la distance d’un mètre : ce qui disparaîtra des leurres actuels ne fera jamais que renforcer sa présence.

 

Sans aller jusqu’à cette vision qui est difficile à maintenir intellectuellement, trop complexe, difficile à vivre aussi, et qui n’a pas à être demandée à la société, mais uniquement à une nouvelle élite qui n’est absolument pas en place, et qui ne peut pas l’être, on peut au moins s’arrêter sur cet étrange phénomène : alors que toute la société subit la volonté de l’univers et s’en trouve totalement dépersonnalisée, tout entière sans plus de grade ni hiérarchie, d’âge, de sexe, de moyens, tout entière confinée, elle ne s’aperçoit pas qu’elle écoute toute la journée des médias qui bien qu’ils aient eux-mêmes un boulevard infini de largeur pour mettre en valeur la mascarade de la présidence, préfèrent la suivre. La société ne voit pas que personne n’a lutté contre le terme de « guerre », elle ne voit pas que le personnel soignant est honoré d’être considéré comme « guerrier », elle ne se choque pas qu’on parle « d’armes et de munitions », elle ne s’inquiète pas de la monstrueuse unité thématique et n’a toujours pas remarqué que personne n’avait encore trouvé à rassurer, que personne n’avait encore assumé son job dans le soin : calmer, empêcher toute panique, limiter la douleur dont morale, ni que le gouvernement courait après les alertes et les alarmes avec une joie inouïe, ni que le président s’amusait comme un fou, au propre, à se croire un général en plein conflit, ni que tout le spectacle auquel elle assiste est une débâcle non pas à cause du manque de moyens mais à cause du manque de tenue, de force, de sérieux, de conscience, de maîtrise adulte.

 

La société enfoncée dans des millions de cavités oculaires regarde des humains faillir à tout. Ses idées glacées de peur, derrière ses tympans, n’entendent que geindre des professionnels, larmoyer ceux auxquels elle devrait confier un autre jour, sa vie et sa mort. Elle ne mesure pas que ce n’est pas à cause du manque de moyens qu’elle devrait paniquer, mais à cause de ces centaines de corps qui se traînent en suppliant pour un peu de repos.

Des héros, des guerriers, dont les plaintes sont démultipliées, les doigts d’honneur, derrière leurs masques, sont levés par milliers. Ils manquent de lits ? Seulement ?

 

La société ne peut pas déterminer seule qu’elle est en danger, et certainement pas à cause d’un virus. Au lieu de profiter du vide exceptionnel qu’a créé cette situation, elle préfère quoi que ce soit qui le remplisse et si c’est pour sa perte, elle ne le verra pas. Elle pense qu’après le virus, on reviendra tout de même à une situation ressemblant pour beaucoup à l’avant-virus. Ce sera compter sans tout ce qui se sera développé et qu’elle n’aura ni vu, ni entendu quand il n’y avait que ça à voir et à entendre pendant au minimum aujourd’hui, 4 semaines. La société est prévenue, alertée, tout entière face à une seule information hurlante, et elle va la rater. C’est certain à présent. Pas besoin d’attendre la fin de la quarantaine. C’est déjà foutu. L’univers a échoué.

Et mon problème est que je ne vois pas comment on pourrait recréer ensuite ce canal unique des médias qui fait qu’il s’en efface, ou cette permission offerte à chacun de comprendre à quel point et pourquoi cette distance d’un mètre avec l’autre est une barre d’acier qui annule les individus qu’elle lie.

 

La société est en train de démontrer, même en 2020, qu’elle doit être conduite. Elle le demande, en ce moment, c’est effroyable de le constater. Et elle n’a pas reconnu du tout qui l’entendait comme son « destin ».

Je peux comprendre que la société manque à ce point de bonheur qu’elle ait oublié son rire. Il est aussi, il paraît une démonstration de l’intelligence, donc son absence devient inquiétante. Je peux comprendre que la société n’ait pas le choix d’avoir peur et qu’il lui soit impossible de se poser la question « pourquoi je n’ai pas le choix ».

J’ai une foi, dont on m’a toujours démontré la stupidité naïve, en la société. Et, là, je ne suis pas en train d’écarter les bras pour dire comme la France est belle avec la voix qui tremble devant un micro, cette France-là : rien à foutre, elle n’existe pas et au mieux, c’est celle de la Collaboration ou de 68, ou du fantasme de la Révolution française, donc ça ira, on s’en passera. Je parle de ma société, conceptuelle, peut-être historiquement celle du XIXe siècle d’ailleurs. Je ne peux pas ne pas croire qu’elle ait une force, toujours, même dont elle ignore tout, et qui sache se révéler. L’Histoire récente n’est pas du tout en faveur des sociétés, et encore moins de la société française. Mais je n’arrive pourtant pas à décrocher de l’idée qu’elle n’est pas faite pour être écrasée dans sa médiocrité. Je n’attends pas que tout entière et pour chacun de ses éléments, elle touche au génie, elle soit le « Bien » incarnée. Le problème n’est pas d’atteindre une valeur absolue d’éducation angélique mais que sa propre moyenne bascule du côté lumineux de la force. La société peut être plus que ce qu’elle est aujourd’hui, elle doit pouvoir avoir une autre conscience d’elle, de façon réellement générale, pas à coups de petites associations engagées ou de ces putain de « petits gestes au quotidien ». Je ne parviens pas à croire que la société ne puisse pas avancer à une autre allure, se munir d’autres personnalités pour la conduire que ce qu’elle a fait naître seulement et qu’elle pense tombé du ciel, comme un hasard. Je ne peux pas capituler et lui reconnaître la possibilité d’un avenir tant qu’elle n’aura pas décidé de réétudier ses causes et donc de projeter ses conséquences.

Et même si je me plante, je n’ai pas le droit de croire autre chose. La question est réglée.

 

Dieu, un dieu, l’univers, on s’en fout, qu’il soit mort ou vivant, on s’en fout aussi, si on veut l’appeler destin ou fatalité, allons-y, finalement, peu importe. En un an, jour pour jour, on a connu je ne sais combien de fins du monde annoncées, par l’eau, par le feu, par les pangolins et les chauves-souris, maintenant on appelle ça une guerre, okay ! Ça va à tout le monde, parfait ! Vraiment, parfait.

Et dans 20 ans ? Qui aura les couilles d’expliquer cette guerre ?

Dans un an ? Dans un mois ?

 

Je n’ai pas terminé du tout, je n’ai même pas commencé avec l’énormité de l’ « Opération Résilience », ni avec « Nous ne devons avoir qu’une obsession » toléré dans le propos d’un président d’une démocratie, mais j’ai pu mesurer comme ces mots restent des mots pour la société. En fait, depuis l’apparition du virus, il semble que tout ce qu’elle entend soit parole d’évangile et qu’elle trouve que d’heure en heure s’écrit un nouveau chapitre. La société confond variation et déplacement mais elle n’a jamais moins analysé ce qu’elle entend et remarqué sa répétition formelle et de fond. Les mots lui arrivent, elle ne les remet pas en doute, même s’il s’agit des pires qui puissent être prononcés pour rien, même si en dehors d’une fiction, ils n’ont aucune raison d’exister.

La société démontre qu’elle fait partie d’un temps qui mérite d’être nommé néo-Moyen-âge, elle se rassemble, par ses médias, pour entendre, et cette fois ce n’est même plus une critique des palabres des médias ou de leur pouvoir : une seule parole. Elle écoute ses prêcheurs, elle regarde les vitraux qui montrent sa propre histoire immobile. Elle chante en latin, même à ne pas comprendre cette langue, réservée à l’élite. Le temps de la société est de style roman : massif, immobile et au mieux répétitif, il est pauvre en ouverture, épais, résistant aux coups, sourd.

Le temps de son président est, historiquement, une excitation : il s’est vendu au début avec un livre nommé Révolution (XVIIIe siècle), élu : c’était Napoléon devant les pyramides, deux ans à chercher à se rapprocher de De Gaulle, pour les élections européennes, il a tenté, même avec une traduction minable, la Renaissance (XIVe-XVe-XVIe siècle), il a essayé de vendre qu’il nous sauverait du nazisme en repositionnant 1933 début 2019, et on est reparti aussi sec au temps des Lumières, à cause de son « grand débat des idées » et à présent, nous en sommes à 14-18 avec « Clemenceau dans les tranchées ».

Mouais.

Macron n’a aucune idée de l’époque que nous vivons. Aucune. Il ne sait même pas « pourquoi » il a son âge. Il ne sait pas du tout quel temps vit la société. Il teste. Il virevolte, il prend des rôles. Ça pourrait l’inquiéter, cette société, mais il faudrait qu’elle sache elle-même dans quel temps elle vit, et « pourquoi » elle a son âge.

Ils se sont bien trouvés, même à ne pas se connaître l’un l’autre, Macron et la société.

Mais si l’une est innocente, l’autre non. Des deux, il n’y en a qu’un qui se croit un destin et il est en train, sans même une stratégie, c’est impératif de le comprendre : rien de rien de rien n’est une stratégie, de fabuler sa propre dimension et de décider de la société.

 

Si on veut croire qu’en retirant le virus de la position actuelle de la société, elle démontre qu’elle s’est elle-même laissé enclaver dans un temps obscur où la langue qu’elle entend et qu’elle chante elle-même n’est pas du tout la sienne et qu’en fait : elle ne la comprend pas. Que tout ce qui touche son corps et son esprit lui reste un mystère, qu’en dehors de cette enclave, elle n’a que le pouvoir qu’elle se donne, très faible, et avec fatalité, regardant le ciel comme s’il devait décider d’elle, ainsi que le peuple l’attendait d’un dieu.

Si on veut bien reconnaître qu’en dehors de la société, un élément qui s’octroie le plus de pouvoir pour son cirque, est temporellement instable et cherche avec frénésie le rôle le plus beau à ses yeux pour correspondre à l’idée qu’il puisse avoir de sa vie, décidée par les dieux.

Si on veut bien comprendre que la société enfermée pour son bien, écoutant une parole unique, recevant des nouvelles du monde comme il y a 100 ans, d’aussi peu de de vérité, avec des cartes envoyées du front qui mentent ou lui décrivent quelque chose qui ne correspond pas avec les journaux, ne peut pas, intellectuellement, replacer dans son réel contexte les seuls mots de « Opération Résilience. »

On peut croire que la société va au-devant de deux temps possibles : ou une néo-Renaissance parce qu’elle va finir par réellement buter contre ses murs, tirer sur ses liens, et jaillir d’elle pour le meilleur : ça a déjà eu lieu dans l’Histoire, ou une troisième guerre mondiale. Soit un progrès uniforme et élevant concernant la totalité, de tous, corps et esprit, soit un temps de régression où un seul sera enfin un vrai chef de guerre, vous pensez que le président va préférer mettre en œuvre quel temps ?

« Et dieu », qu’on y croit ou pas, peu importe, jouez le jeu : retirer le virus de l’équation sociétale, politique et économique. Note : chacun est libre de jouer. Et c’est gratuit.

 

À demain ?

 

Claire Cros, auteur conceptuel

*Ce texte fait partie de la série CORONA | PROPAGANDA, sur YouTube sur la chaîne PUCK, facebook sur la page PUCK, ou lire sur le blog Mediapart.

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