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Billet de blog 27 octobre 2016

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Tsunami d'images, vagues de mots, vents contraires : l'instantanéité insensée

Trop, trop, trop, l'ère du trop, du trot, ce qui est bien c'est qu'on ne nous met plus au pas...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Après la diffusion en direct de la bataille de Mossouli, faut croire qu’il y a des choses qui saoulent, et qu’à force de nous balancer des horreurs en plein nez, comme des banalités, il va falloir faire montre de réflexivité. Parce que comme titre François Jost son nouveau livre, « Les images sont aussi des actes », entre bombardement de selfie et bombardement en Syrie on devrait peut-être hiérarchiser.

Sous les décombres d’infos, faut déterrer celles qui importent, qui portent en elles, le poids des mots. Car à force de nous balancer des images, des infos pour le chiffre, l’audience et le magot, on se perd, dans ce trop. L’humanité produit autant d’informations en deux jours qu’elle ne l’a fait en 2 millions d’annéeii, c’est peut-être un peu abuser…

Baigné dans un bain de sang continuel, perpétuel, un bain d’information terrifiant, qui s’imprègne, un présent horrifiant, un déni édifiant. Peut-être sommes nous devenus aveugles à l’extérieur ? Un extérieur qui devrait être si horripilant mais qui ne nous laisse parfois qu’indifférents, malheureusement.

Peut-être bien que je ne suis plus dans mon environnement, car il n’y en a plus, justement ? Chaque fois que je m’éloigne des canaux dominants, je découvre quelque chose de harcelant. Car aujourd’hui nous mettons des barrières jusqu’à nos sentiments. Sentiment qui ment, personne ne s’écoute, on est pris par nos routes, on doute, on doit suivre, et tant pis si on déroute. Mais un inconfort, une incohérence, une dissonance nous parviennent parfois, nous entourent, nous touchent quelque fois.

Vivre dans un monde d’hypocrisie, sans coeur, une rancœur un rend-coeur, aurait-on tous rendu nos coeurs ? Ou au moins les armes, à contre coeur. Nos vies en vides profonds, ça sonne creux, ou bien faux.

A force de voir la misère journalière, on finit par la trouver coutumière. Nos télés en boucle dans le salon, le portable sonne pour chaque notification, encore une guerre, des cris, des agressions. On a lu, mais y a-t-on vraiment prêté attention ? La misère banalisée, on la regarde sans la voir, comme une simple fiction, une parodie qui paralyse. Nos moyens de communication nous avilissent, et on l’avalise, on avale, des pilules et des pilules, cure face à la réalité. On nous invente des fictions sans fin pour oublier.

On est perfusé d’actualités, on en prend comme des cachets. Des cachés. Un peu comme des antibiotiques on est paré contre le mal, on ne le voit plus qui fait mal, on l’appréhende comme un moindre mal, un mal nécessaire, il est là, normal. La misère des autres, et nous dans notre canapé, à glander, que faire sinon, regarder ? C’est loin, presque irréel et pourtant bien présent, sous ton nez. Ce n’est pas une publicité. Assaillis d’horreurs et de luxueuses gaietés je crois qu’on s’est perdu dans l’horreur, qu’on se leurre devant la terreur.

Je crois que l’on a perdu tout esprit d’appréhension. Tout ce qu’on voit est hors de toute imagination. Des images imposées à nos cerveaux, non préparés, on les ingurgite sans penser. Sans analyser. Comment croire ce qu’on voit ? De manière dichotomique, l’ambivalence nous balance des images de guerre, de migrants, de trafics, mais aussi de villas, de luxe, il y a comme un hic. Entre film d’horreur et comptines pour oublier, comment croire à une réalité si décalée ? Elle est hors de toute pensée.

Il faut s’accommoder, vivre dans une réalité qui n’appelle qu’à l’oublier, une réalité qui n’oblige qu’à fermer les yeux, pour se parer, pour ne pas comparer. On tente, on essaye de surpasser l’incohérence, la volonté de fuir, de ne plus respecter, le modèle imposé.

Faire renaître des ombres, de ses cendres les tombes, ressortir du passé un présent, qui déjà n’est plus là. Un présent qu’on a relégué, le direct faisant de la courte durée, le nouveau mode de pensée. On doit réfléchir vite, agir dans la seconde sans jamais penser aux conséquences, aux causes. On cause.

A courir on ne voit plus rien, tout est flou autour de nous, la vitesse nous empresse, nous oppresse à trouver des solutions en expresse. Le culte du direct, l’instantanéité d’une société qui s’essouffle, qui souffre. Soufre odeur de pourri qui souffle sur nos vies.

On est submergé, on peine à décoder, on est sous les décombres d'un flot de pensées continues, d'un flot d'info, d'un flow d'impro, d'un imbroglio, méli-mélo. Face au tsunami qui submerge, on a bien du mal à sortir la tête de l'eau, à sortir du lot, pour se faire entendre parmi les fracas, les dégâts, les éclats de voix.

ihttps://www.youtube.com/watch?v=9AKEmNlgtJg

iihttps://www.youtube.com/watch?v=qBMSWaiu9qI

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