Gvantsa: une rentrée inquiète mais très entourée

Gvantsa, lycéenne dijonnaise, se rendra demain, lundi matin, à son lycée. Pourra-t-elle faire son année entière ? Malgré ses lectures de Hugo et Madame de Lafayette, sa brillante progression scolaire, la force des liens qu’elle a tissés avec sa nouvelle famille, ses camarades de classe, ses professeurs, Gvantsa est toujours en l’attente d’un jugement qui lui apporterait des papiers tricolores.

Elle était cette semaine devant les caméras et sur les écrans, petits et grands. Emportée samedi dernier au Centre de Rétention de Metz, elle a été libérée mercredi, suite à une mobilisation exemplaire. Comment ne pas être ému par cette jeune femme arrivée en France en mars 2017, capable maintenant, grâce à son travail et ses efforts, de lire et commenter des textes de notre littérature française aussi difficiles qu'Hernani de Victor Hugo ou Médée de Anouilh  ? 

Peut-on oublier ces heures passées dans l’étude des grands écrivains ? Ne saurait-on plus que Zola et Hugo, Madame de La Fayette et tant d’autres, écrivaient autant pour le coeur que pour l’esprit, cet esprit dont on se vante si bien et qui sert à l’étranger de vitrine pour cacher nos misères ? Ces grands auteurs n’auraient-ils été qu’un bain dans lequel on a barboté avec plaisir dans sa jeunesse, ou pire encore un simple exercice destiné à former la pensée, comme un tatamis qu’on foule, et qu’on oublie ensuite, lorsqu'on a bien musclé ses méninges ?

 

Gvantsa et la professeure qui lui a appris le Français © Jérôme Gaillard Gvantsa et la professeure qui lui a appris le Français © Jérôme Gaillard

Les professeurs de Gvantsa, eux, n'ont pas oublié. Ils étaient là jeudi devant les grilles fermées de la Préfecture pour la retrouver après son éprouvant séjour dans le Centre de rétention. Et si leurs liens avec les élèves s'arrêtent à la porte de leur classe, ces liens-là n'en sont pas moins solides, fidèles et indéfectibles, forts de ce que leur ont enseigné les grands esprits du monde entier et qu'ils s'emploient avec toute leur énergie, leur inventivité, leur sensibilité à transmettre, jour après jour, à force de patience, de ténacité et d'humilité. Car il est impossible d'enseigner sous le drapeau de la république sans expliquer et faire comprendre ce que veulent dire la fraternité, la liberté et l'égalité. On ne peut pas mentir face à des classes, on ne peut pas mentir à des jeunes gens, ou bien il faut changer de métier.  L'humanité n'a pas de frontières.

 

 © Jérôme Gaillard © Jérôme Gaillard

 

Ils n'étaient pas seuls à tisser une solide barrière immatérielle autour de Gvantsa. Les camarades de classe étaient là aussi, les yeux rougis, debout face aux grilles de la préfecture, ils affirmaient leur accueil, leur lien, Gvantsa est des leurs, ils ne veulent pas la laisser partir. Avec elle, ils se construisent comme futurs citoyens et cette citoyenneté-là ne veut pas de l'exclusion. Avec elles, ils apprennent le travail de groupe, le partage des talents, la mutualisation, comment pourraient-ils ensuite la laisser partir dans un pays où elle n'a plus personne ? Un seul discours s'écrit sur leurs pancartes et dans leur coeur : régularisation. 

Une seule pancarte : régularisation © Jérôme Gaillard Une seule pancarte : régularisation © Jérôme Gaillard

 

Au coeur de la solide toile qui s'est tissée autour de Gvantsa, se tiennent, solides et simples, son demi-frère et son compagnon, Clovis. Leur parole est aussi ferme que leur coeur est têtu : ils veulent garder leur soeur et leur tendre amour auprès d'eux. Ils ont de la place pour elle. Ils la protégeront de leur jeune foi en la vie et aussi en leur idée de la France. Ils savent qu'ils trouveront le soutien d'adultes résistants.

Gvantsa, son frère, son compagnon, sa professeure © Jérôme Gaillard Gvantsa, son frère, son compagnon, sa professeure © Jérôme Gaillard

 

 Et tout autour de cette solide armature se tiennent, vigilants, des centaines de personnes, militants des droits de l'homme, professeurs dans d'autres établissements, citoyens, voisins, amis, et puis peu importe qui, ils sont là, ils veillent. Ils reviendront. Ce n'est pas la première fois qu'ils se retrouvent devant ces grilles. Tant d''autres déjà ont eu besoin de soutiens sans forcément les trouver. Alors au moins cette fois-ci, cette jeune fille-là, pourront-ils peut-être l'aider à avoir ce petit papier qui dira qu'elle peut rester en France, près de sa famille, pour y continuer d'étudier.

Devant les grilles de la préfecture © Jérôme Gaillard Devant les grilles de la préfecture © Jérôme Gaillard

 

Cette toile protectrice autour de Gvantsa ne cesse de grandir depuis une semaine. La pétition lancée dimanche dernier 25 août a dépassé les 6000 signatures. Elle continue de circuler sur les réseaux sociaux et de recueillir de nouveaux soutiens. Le tissu s'étend progressivement. Gvantsa est des nôtres. C'est ainsi. On ne peut pas aller contre. Jacques le Fataliste le rappellerait à son maître, ce doit être écrit dans le grand rouleau... 

 

#Free Gvantsa © Jérôme Gaillard #Free Gvantsa © Jérôme Gaillard

 

 Demain, jour de rentrée, Gvantsa sera bien entourée. Elle saura que malgré toutes les difficultés qui hérissent son chemin, l'ensemble de ses professeurs le jour de la pré-rentrée, affichait la même pancarte : Régularisation !

Pré-rentrée des professeurs de Gvantsa Pré-rentrée des professeurs de Gvantsa

 

 

Pétition pour sa régularisation : #freegvantsa 

http://chng.it/gvQHQM92gh

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