Guimba, encore et encore

Et ça recommence, encore et encore. C'est comme dans la chanson: on aimerait bien en parler au passé. Mais c'est toujours le même film qui repasse. Ils ont essayé avec Gvantsa, ils ont réussi avec Quadri et maintenant c'est Guimba.

D'abord, il y a la mort du père. Et puis il faut quitter la mère,  aller vivre chez un oncle. Et c'est l'enfer en un mot : la mine.  Comment y échapper? Guimba a 13 ans. La mine, il sait qu'elle a tué son cousin. Menacé par son oncle, Guimba se sauve. Seul sur la route, celle des passeurs, celle de la Lybie, celle de la Méditerranée. Et puis il arrive en France.

Grâce à l'Aide Sociale à l'Enfance, il est accueilli, hébergé. Mineur isolé, il suit la classe d'accueil du lycée du Castel de Dijon. Le jour de ses 18 ans, le Conseil départemental le met à la porte, lui retire sa carte de bus, sa carte de restaurant scolaire. Recueilli par l'internat du lycée, accueilli le week-end et pendant les vacances par les familles de camarades, d'enseignants, de militants, il tient bon. Tous les week-ends, il change de famille. Il intégre la classe de boulangerie pâtisserie du lycée. Il suit son parcours scolaire et travaille partiellement en intérim.

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La préfecture lui conseille de faire une demande  d'asile. On lui dit que si l'asile n'est pas accordé on pourra lui donner un titre de séjour. Sa demande est refusée. Il fait appel. C'est toujours le refus. Il reçoit un titre de séjour provisoire.

Et ça recommence. Fin mai, ce sont les examens pour le bac pro. Guimba est un élève exemplaire. Il a mis toutes les chances de son côté. Ses professeurs ont pleine confiance en sa réussite. C'est à ce moment qu'après neuf mois d'attente, la préfecture de Côté-d'Or décide d'expulser Guimba aux motifs qu'il peut faire son métier au Mali, qu'il n'a pas d'attaches en France et que son acte de naissance n'est pas recevable. Guimba enchaine les contrats d’intérim. Il décroche son bac.

Début juin, ils sont tous là, camarades, professeurs, militants des droits de l’homme. Tout autour de lu, devant les grilles de la préfecture, ils lient leur sort à celui du jeune homme. Sur leur pancarte, il est écrit : "Je suis Guimba". La presse locale aussi est là. Il a le soutien des élus locaux. 

Mais pour Guimba, l'atteinte est grave. 

Rejeté par la nouvelle famille de sa mère, forcé par son oncle d’aller à la mine qui tue, jeté sur les chemins violents des passeurs, épargné par la tragique Méditerranée, enfant recueilli par l’état français et de nouveau rejeté le jour de ses 18 ans, repêché par une chaîne de solidarité citoyenne, mené d’espoir en espoir, voici que finalement c’est son existence même qui est niée. 

Il dépose au tribunal administratif de Dijon un recours de l’Obligation de Quitter le Territoire Français. Mais il doit maintenant aussi prouver la conformité de son certificat de naissance. Il va à l’ambassade du Mali à Paris. On lui délivre un certificat d’authenticité de ses papiers. 

De retour à Dijon, on remet en question le nom de la personne qui a signé l’attestation d’authenticité et on refuse de prendre en compte ce papier. C'est incroyable. Guimba persévère et retourne  en octobre au consulat pour produire une attestation de l’authentification de la conseillère consulaire. Cette fois-ci, c’est Marine qui l’accompagne. Professeure au Castel, elle est à ses côtés ce matin devant les grilles du commissariat de police.

En novembre, il produit à nouveau tous les documents à la préfecture, avec le justificatif d’authenticité de la personne ayant signé l’attestation de l’authenticité des papiers de Guimba. Il demande un réexamen de sa demande. Cette fois, son dossier est accepté. 

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En décembre, il reçoit pour réponse une assignation à résidence à la gendarmerie de Gevrey-Chambertin chez son hébergeuse officielle et professeure. Encore il faut expliquer, justifier, produire des papiers. Il est maintenant hébergé par les Toits du coeur à Dijon. Il travaille en intérim. Il est inscrit au lycée pour préparer une mention de chocolatier. 

Guimba est autorisé à être assigné à Dijon. De 6 heures à 7 heures le matin, il ne doit pas quitter son domicile. De 8 heures à 9 heures, il doit venir signer le registre. Dans la journée, il ne peut pas quitter le département. Comme Guimba est boulanger, il travaille normalement de 5 heures à midi. Il ne peut donc plus travailler. Même les gendarmes ont essayé de demander un changement dans les horaires et on leur a répondu que c’était non négociable. 

Ce matin comme tous les matins depuis le 20 décembre, Guimba ne vient pas seul au commissariat. L’enlèvement de Gvantsa en septembre dernier vers le centre de rétention de Metz au moment où elle venait signer pour son OQTF a servi d’avertissement. L’expulsion de Quadri vers Lagos où il est maintenant SDF, juste après la délivrance du visa de Gvantsa d’un an pour un étude, a fait redoubler de vigilance toutes celles et eux qui se battent aux côtés des jeunes gens que la préfecture veut retirer à leur entourage. 

Chaque matin depuis le 20 décembre, sauf les dimanches et les jours fériés, au moins dix personnes sont présentes, aux côtés de Guimba, à Dijon place Suquet.  La semaine c’est à 8 h 15 et le samedi à 8 h 45.  Certains soutiens sont ponctuels, d’autres réguliers. Deux pétitions en ligne ont été publiées, par les camarades de lycée de Guimba, et par le collectif qui s’est constitué pour le soutenir. La presse locale rend compte de la situation, les élus locaux expriment leur soutien. 

Et pourtant, ça recommence, encore et encore. Ici Gvantsa, Quadri, Guimba, ailleurs d’autres prénoms. Ils sont arrivés petits, ils ont appris le français, ils sont diplômés par le ministère de l’éducation nationale. A leur majorité, on les renvoie dans des pays signalés comme dangereux pour les français qui auraient l’idée d’aller s’y promener. Ne le sont-ils pas tout autant pour les enfants que la France a nourris ? 

 

Les pétitions :

https://www.change.org/p/monsieur-le-préfet-de-côte-d-or-non-à-l-expulsion-un-titre-de-séjour-pour-guimba-coulibaly?recruiter=392568627&utm_source=share_petition&utm_medium=email&utm_campaign=psf_combo_share_message&utm_term=petition_dashboard&recruited_by_id=719d2890-647e-11e5-9709-25f4762fbd20

https://www.change.org/p/président-emmanuel-macron-laissez-vivre-guimba?utm_content=cl_sharecopy_19680322_fr-FR%3Av7&recruiter=495654206&recruited_by_id=fc374e00-daca-11e5-8492-5fa9fb5f4038&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=psf_combo_share_initial&utm_term=share_petition&share_bandit_exp=initial-19680322-fr-FR&share_bandit_var=v1

 

Les liens :

Le Bien public, 01/06/2019 : Le lycée Le Castel se mobilise pour un élève malien menacé d'expulsion, https://www.bienpublic.com/edition-dijon-ville/2019/06/01/le-lycee-le-castel-se-mobilise-pour-un-eleve-malien-menace-d-expulsion-mavd

Infos-Dijon, le 05/06/2019, La mobilisation pour les jeunes étrangers se poursuit au lycée Le Castel sur http://www.infos-dijon.com/news/dijon/dijon/dijon-la-mobilisation-pour-les-jeunes-etrangers-se-poursuit-au-lycee-le-castel.html

France3, le 04/06/2019, Dijon : un collectif manifeste pour s'opposer à l'expulsion d'un lycéen maliens sur https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/cote-d-or/dijon/dijon-collectif-manifeste-s-opposer-expulsion-lyceen-malien-1680240.html

France3, le 23/12/2019, Dijon : mobilisation autour du jeune Guimba, menacé d'expulsion sur https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/cote-d-or/dijon/dijon-mobilisation-autour-du-jeune-guimba-menace-expulsion-1766277.html

Dijoncter.Info, le 24/12/2020, L'année des G ? Après Gvantsa, Guimba ? Et Quadri ? Et tous les autres ? sur  https://dijoncter.info/l-annee-des-g-apres-gvantsa-guimba-et-quadri-et-tous-les-autres-1576

Dijoncter.info, le 03/01/2020, Entretien avec Guimba sur https://dijoncter.info/entretien-avec-guimba-toujours-sous-une-menace-d-expulsion-1592

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