Un virus au coeur

Le coronavirus a-t-il changé quelque chose dans ma vie ? Comme chaque hiver, j'ai attrapé un rhume et je prends de la vitamine C le matin pour booster mes défenses immunitaires. Comme chaque hiver, et aussi chaque été, je me lave les mains plusieurs fois par jour et j'évite d'éternuer en direction de mes voisins.

J'ai beau me souvenir d'un article d'Actuel dans les années 1980 qui évoquait un futur en proie à des super virus mortels et quasi-indestructibles, cela ne suffit pas à endiguer la rougeur à mon front. Aurais-je de la fièvre ? Vite, un thermomètre ! Ouf, 37°. Je vais avoir le droit d'embrasser mes enfants.

Conseil de défense, conseil extraordinaire, toute la journée de samedi, les flashs n'ont cessé de répandre des messages de sécurité. Drôle d'ambiance. Difficile de s'en sortir indemne. Peut-être faudrait-il imaginer une quarantaine médiatique aussi parfois. 

Tandis que le Japon secrète le futur scénario de films d'une horreur absolue, que l'Italie avoue ses accointances secrètes avec la Chine, des files de réfugiés se mettent en marche aux portes de l'Europe. Beaucoup moins d'informations nous parviennent sur leurs éternuements, il faut bien le dire. Se lavent-ils les mains toutes les heures comme nous autres, pleutres effrayés d'un petit virus qui ne tue que les personnes déjà malades ou bien qui ont derrière eux une longue vie déjà bien remplie ? Prennent-ils leur température aussi avant d'embrasser le tir des balles ou l'eau de la noyade ? 

Cette rougeur au front n'est pas celle de la fièvre. 

Vent violent le dimanche. La tempête s'est aussi déchaînée dans la mise en scène du cinéma français. Avoir une vie déjà bien remplie ne suffit pas à tout le monde. Non seulement ne pas se taire et mener une vie discrète mais passer par un symbole de l'injustice, une affaire d'état, s'ériger à une dimension d'histoire nationale, trouver des soutiens pour le faire, quelles qu'en soient les conséquences et déclencher des guerres entre les uns et les autres. Et pour quoi ? Satisfaire un ego ... Si l'homme avait la dignité de l'innocence, accepterait-il qu'elle ait un tel prix ? 

Aujourd'hui la France compte son quatrième mort du coronavirus à grand renforts de gros titres :

Coronavirus. Quatre morts en France, mobilisation générale ... 

Un premier mort en Espagne...

Tiens, il semblerait qu'on découvre que l'homme du 21ème siècle voyage beaucoup, que les ciels sont pleins de kérosène, et les océans de plastique et de fuel. 

Jusqu'à présent, les désordres climatiques, les sécheresses, les inondations, les morts massives d'animaux, la famine, la fonte des pôles, tout cela ne  semblait pas bien inquiétant, pas assez du moins pour déclencher des conseils extraordinaires ou de défense, une attention internationale.

Il aura fallu qu'apparaisse un virus au coeur de l'engrenage pour qu'enfin le ciel de Chine s'éclaircisse. 

Pour cet étrange virus au coeur de l'homme qui lui permet de masquer sa conscience selon l'origine des personnes dont il est question il faudra sans doute encore beaucoup de recherches avant de trouver l'antidote. Le jour où on annoncera : "4ème mort de froid dans la rue, un enfant de 13 ans", "5ème mort en train de fuir la guerre", "3ème noyé en Méditerranée", ... on aura presque trouvé la clé pour ouvrir les coeurs à la place des coffre-forts. 

 

Ah, avec tout ça, j'oubliais la grosse température à l'Assemblée, 49°3, ça monte à la tête et ça embrouille un peu les idées, on ne distingue plus les causes et les conséquences, et on finit par prendre les vessies pour des lanternes. 

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