1000 euros pour une carrière complète

Quand deux courriers lus successivement prennent un tel sens que la grève est nécessaire.

Persister, envers et contre toute notion d'égalité et de fraternité à nous faire croire que la base de l'égalité se fonde sur 1 euro cotisé = 1 même droit, faisant oublier par un tour de passe-passe,  que plus on a d'euros, plus on pourra ensuite en recevoir, c'est se positionner clairement  à l'encontre de la justice sociale et de la solidarité. Ou bien c'est que la pédagogie n'a pas été suffisante pour en expliquer le fonctionnement. 

C'est aussi mépriser les familles politiques pour lesquelles on affirme publiquement son sentiment de filiation. Le système de protection sociale actuel est né du Conseil National de la Résistance et l'on ne se posait pas ( ou plus) de questions à ce moment-là sur le bien fondé ou pas de barrière entre les thèses extrêmes et la droite. On voulait construire les solidarités.  Quant à la gauche socialiste qui a permis au gouvernement actuel et à sa direction de  l'assemblée nationale d'arriver au pouvoir, elle ne saurait non plus cautionner une telle conception de l'égalité : 1  euro versé,  1 même droit. Puisqu'au départ on n'a pas tous les mêmes possibilités de verser cet euro initial, c'est inégalitaire d'en faire découler un droit identique. 

C'est donc pour commencer une sorte de mouvement vers un peu d'air frais qui mène vers une affirmation grandissante de l'engagement et rend impossible le travail aujourd'hui. Il pourrait aussi y être question d'une santé mentale à préserver. Comment ne pas dire clairement que cette conception là de l'égalité est erronée et garder un bon mental ? 
Lire ensuite dans une même nasse de courriels celui d'un ministre et celui d'un syndicat produit un effet d'accumulation en faveur de celui du syndicat. 
Le ministre, après avoir donc réaffirmé sa conception du 1=1 en matière d'égalité sociale veut rassurer les enseignants en précisant qu'il sera mis en place un minimum de pension à 1000 euros par mois pour ceux qui ont une carrière complète.
Dans le courrier syndical,  un simulateur propose un calcul pour comparer les deux systèmes de retraite, maintenant et selon le projet de réforme. 
Pour un enseignement commencé à 23 ans et un départ à 62 ans, en supposant que les échelons ont pu être gravis de manière à accéder à l'un des meilleurs salaires de fin de carrière, le montant mensuel brut est annoncé de 1366.07, ce qui amène à une retraite de 1000 euros net par mois pour une carrière complète. Au maximum plutôt qu'au minimum ! 

Si encore ces informations, à croiser avec d'autres et à réactualiser, tombaient en des périodes où l'on ne doit pas suer sang et eau pour faire passer des apprentissages à des générations troublées par l'urgence climatique et développant de plus en plus de difficultés face à l'écrit, la compréhension, la concentration et manquant de plus en plus de tout ce qui permet un apprentissage serein,  dont bien sûr les conditions de vie de plus en plus difficiles de leurs parents et grands parents ! Et de voir la stérilité des efforts de travail de toute une vie ne facilite pas leur exemplarité.


Comment dès lors ne pas se rallier au mouvement de grève ? Et comment ne pas se demander, compte tenu des salaires des enseignants qui ne pourront pas maintenir longtemps une grève, si les ronds points des samedis ne vont pas jaunir de plus belle ? Après tout, c'est peut être ainsi que se créeront les solidarités que l'état ne veut plus prendre en charge.

 
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