Grapillages

 Un petit tour à la FNAC. Plus par habitude que par choix et aussi pour cause de déplacement groupé, 40 km pour trouver des commerces en grand nombre, on n'y va que quand la nécessité se fait sentir. En l'occurence, un échange cadeau doublon. Alors, oui, j'aurais pu aller dans une vraie librairie, bien que d'indépendante, sur une grande ville comme Dijon, je n'en connaisse qu'une. Pratique donc. Une fois sur place, chacun se disperse dans son rayon. Direction, l'étage des livres. Je cherche Dee dans les têtes de gondoles. Rien. Dans les à-plat. Non plus.

 

Un petit tour à la FNAC. Plus par habitude que par choix et aussi pour cause de déplacement groupé, 40 km pour trouver des commerces en grand nombre, on n'y va que quand la nécessité se fait sentir. En l'occurence, un échange cadeau doublon. Alors, oui, j'aurais pu aller dans une vraie librairie, bien que d'indépendante, sur une grande ville comme Dijon, je n'en connaisse qu'une. Pratique donc. Une fois sur place, chacun se disperse dans son rayon. 

Direction, l'étage des livres. Je cherche Dee dans les têtes de gondoles. Rien. Dans les à-plat. Non plus.

 

Je finis par le trouver dans les étagères consacrées aux romans anglophones : Les Privilèges et La fabrique des illusions. J'hésite à prendre les deux puis repose La fabrique en me disant que ce n'est peut-être pas une illusion de penser que ma petite bibliothèque municipale en fera l'acquisition. Janvier ! Mois austère. Le foie n'est pas le seul à avoir besoin de repos.

Je flâne dans les rayons. Cherche Pascal Commère au rayon poésie. J'ai beau m'accroupir et me contorsionner pour accéder à la lecture des titres du  rayon à peine surélevé - ici la poésie se gare en double file- l'auteur pourtant renommé de poésie des insectes et des champs de Bourgogne n'est pas là. Je me relève et cherche une couverture qui pourrait attirer mon attention. Retourne à nouveau vers les têtes de gondoles. Un jeune romancier, découverte de la rentrée littéraire, a le regard d'un mannequin de haute couture. J'ai beau ne pas aimer le délit de facies, j'en commets un et effleure à peine sa quatrième. Demi-tour vers un autre présentoir.

Tiens ! Bobin. L'homme joie. La quatrième de couverture m'incite à en franchir la première. Vite fait, j'avale les interpages en écriture manuscrite. Savoureux. 

Je commence un texte. Me voilà capturée. Je retrouve ce partage de sensations que j'avais déjà apprécié chez mon voisin du Creusot. Plaisir du texte. Je lis comme je me recueillerai devant un phénomène naturel. Plaisir de ne pas se sentir seule à guetter dans une journée quelle en sera la petite merveille. Bobin, ce jour dont il parle, a reçu deux de ces cadeaux : le premier est une rencontre avec un cheval, le second avec un bouquet de fleurs, pourtant sur la table depuis longtemps, mais qui à un moment donné se dévoile à lui.

Je suis désolée de cette austérité de janvier qui ne me permet pas d'en recopier ici le passage. 

La sonnerie de mon portable m'arrache à la lecture de cette belle ouvrage. 

J'arrive aux caisses encore sous le charme de ce bouquet de fleurs dont je n'ai pas retenu l'espèce. Je suis brutalement confrontée à un mur de caissières en ligne, une dizaine toutes côte à côte et face aux clients. Je ne sais pas si je dois lever les mains en l'air et pour qui, de moi ou d'elles, la situation est le plus gênant. Aucune d'elle, n'est occupée, c'est encore plus embarrassant (humm!). Je m'apprête à m'avancer. Je n'avais pas vu la seconde nouveauté : je dois tourner quatre ou cinq fois devant elles, en faisant les 100 pas, trois ou quatre fois de suite. Rien n'est prévu pour les moments sans affluence. J'envisage de franchir le ruban pas si haut, et puis non. C'est plus mental que physique. Allez, je fais le mouton, pour une fois. Ca me changera de l'huitre ou du saumon, bien que ces derniers temps de fête, j'ai un peu consenti à la dinde...

J'hésite bien sûr entre deux demoiselles, puis au dernier moment décide. Sait-elle s'il existe une boite où déposer ce qu'on pense de la nouvelle organisation ? " Vous pouvez toujours laisser un petit mot à l'accueil".

En repartant, je me dis en fixant le bout de mes bottines que peut-être je deviens vieille con, que peut-être  ça leur convient, aux employés, cette organisation... Je lève le regard sur un enfant de 5 ou 6 ans qui me confirme au moins sur mon âge ; il joue à passer et repasser sous le ruban. Oui, c'est ça, c'est une question de génération. Je dois commencer à me méfier de ce que je peux penser, ce n'est plus du neurone tout frais...

Je rejoins mon  neveu qui approche la trentaine et me glisse discrètement à l'oreille : "C'est quoi cette organisation, on n'est pas à la SNCF ici !"

Finalement.... 

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