Salut mon Crabouif

C'est à toi Jacques Crabouif Higelin que je dois mon pseudo de Crabouillette.

Le jour où j'ai eu besoin d'un pseudo, j'ai pensé à toi, Crabouif, alors je me suis nommée Crabouillette. 

Je sortais tout juste de l'enfance quand tu es entré dans ma vie avec tes grands éclats de rire. Je suivais parfois mon grand frère chez ses amis. Dans les pièces aménagées des greniers, nous nous retrouvions et No man's land tournait sur la platine, entre Walk on the Wide side ou bien Get up, stand up. Les deux faces, je les sais par coeur, elles sont inscrites du bleu de la pochette de BBH75 qu'était jamais bien loin dans la pile. Toutes les chansons, je les aimais. C'était comme un débarbouillage dans un ruisseau. Elles ôtaient tout ce qui était moche, l'égoïsme, l'hypocrisie, la bêtise, la culpabilité, tout partait dans un grand chant d'amour total. Impossible de choisir,  de citer un titre plutôt qu'un autre. Toutes je les aime encore. 

Et puis je t'ai connu l'Irradié, le sage, le fou, le débile. J'étais du village l`idiote et j`entendais les rumeurs de la Ville. Quand je t'ai découvert Crabouif avec Fontaine, je chantonnais déjà ton chouette morceau de blues d'entre les fagots les jours où j'avais un petit cafard. Tu étais là qui pensais à moi et m'apportais ta chaleur. Et tu seras toujours là. T'as beau avoir chanté que t'étais déjà mort sur Crabouif, jamais tu mourras. 

Champagne est arrivé. C'était sympa. Tout le monde te connaissait par coeur. Tes lutins tintinnabulaient dans tous les coeurs, et tous les placards étaient pleins de têtes de vaches. Heureusement que tu nous a emmenés du côté de chez Tao pour qu'on se retrouve un peu entre nous avec Nascimo. Toujours tu étais là, comme si tu savais quand l'amour était trop occupé. Quand l'excès de zèle nous guettait, tu débarquais avec tes fées,  et si les idées noires ne partaient pas, tu revenais avec Serre-moi. Entre-temps les enfants étaient nés et tu leur inventais une croisade. Quel prénom donner au second et pourquoi pas, si c'était un garçon, Tom comme Bombadilone

Si on me traitait de fonctionnaire toujours en vacances, pendant que je galérais tous les week-ends sur les prépas et les copies à corriger, quelle meilleure réponse que chanter Poil dans la main, payé à rien foutre... ?  

Et puis les chansons pour les enfants ont remplacé les cassettes des parents dans les autoradios des BX et les temps ont changé vers de plus Noir désir, adoucis par des Foules sentimentales. Mais ce que tu avais donné dans ta générosité était inscrit au plus profond comme ton grand rire qui balaie tous les nuages de la vie.

Adieu Crabouif... 

Crabouillette

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