Le vendeur de parapluie (3/3)

C'était sur la Place aux Fleurs et il pleuvait un peu.

C'était sur la Place aux fleurs et il pleuvait un peu. Nous marchions le nez au vent. Il avait devant lui des parapluies, des longs, fuselés à souhait, et des courts qui se replient d'un clic. C'était juste un rêve de parapluies comme on les a souhaités. 

Je me suis approchée pour les regarder avec un peu de regret. 

Il avait du ciel bleu dans le regard. Ses parapluies venaient de Saint-Claude, comme le mien. Et aussi d'Autun. Ils étaient moins chers, bien sûr, à cause du plein air et peut-être aussi parce que ce n'était pas une bonne année pour les parapluies. Il n'a pas assez plu pour que les stocks diminuent. 

Ce jour-là, il aurait dû être ailleurs, plus loin, trop loin. Et puis il ne vendait pas bien. Il allait replier bientôt. 

C'était un vendeur de parapluie reconverti. Il était chocolatier de métier. D'ailleurs on venait encore le consulter pour ses talents de confiseur. 

Il savait tout des fabriques de parapluies, depuis le temps des colporteurs, qui allaient d'une ville à l'autre avec leurs charrettes. 

Il a déplié pour nous un des plus beaux de sa collection avec des coquelicots rouges, et la signature de son créateur.

Lorsque je lui ai demandé s'il avait une carte pour le joindre aux périodes des fêtes, il a dit que ça tombait bien, il en avait des toutes nouvelles faites le matin même. Il m'a tendu un carton blanc découpé de travers sur lequel il avait écrit son nom et son prénom, avec son téléphone. Il en avait une dizaine d'autres, coincées entre la caisse et la table du tréteau. 

Il nous a sourit avec son regard bleu et nous a dit, très gentiment : "Au revoir, mes clients". 

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