360°, panorama de la photographie transculturelle

Il est entré dans nos vies ce jeune homme immortalisé par Diego Coelho pour l'affiche du festival 360°. On le croise le plus souvent aux arrêts de bus ou bien derrière les vitrines des panneaux d'affichages. 360°, le festival de la photographie transculturelle mis en place pour la deuxième année par Jérôme Gaillard et sa petite association Honk tisse sa toile sur Dijon et ses environs.

 © Photo de Diego Coelho, graphisme Bena Belray © Photo de Diego Coelho, graphisme Bena Belray

Transculturelle ...

La première édition parrainée par Gérald Bloncourt en 2017 donnait le ton. Mouvements sociaux, couples mixtes, tatouages tribaux : la photographie proposée par 360° est transculturelle et s'engage, pour l'environnement, pour les réfugiés, pour l'enfance.

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Depuis septembre, les lieux s'ouvrent à Dijon, au jardin Darcy d'abord, et puis au cellier de Clairvaux, avec L’Exode forcé des Rohingyas" d' Arnaud Finistre,  à la médiathèque de Longvic, au CROUS... Dans les souterrains de la gare, en cherchant sa voie, des espaces s'ouvrent sur le monde et se font écho d'une manifestation à une rencontre.

Alors que les uns se rassemblaient samedi 06 octobre sur la place de la Libération en soutien à l'Aquarius, Yann Levy photographe pendant quinze jours à bord du navire humanitaire, présentait la revue Etats d'Urgence et témoignait de son expérience devant la presse locale.

 ... et populaire 

 © Jean-Philippe Jarlaud © Jean-Philippe Jarlaud
Jérôme Gaillard, l'organisateur du festival, l'affirme dans sa toute tranquille parole : la photographie doit être populaire. Et il le fait : les passants de la rue de la Liberté avaient d'autres photos à admirer que celles des vitrines ce mardi 03 octobre frileux. La petite compagnie théâtrale SF déambulait sur le pavé en homme et femme sandwich harnachés de tirages en grand format. L'exposition investit l'espace public. En un instant, l'image délivre un message universel, perceptible d'un coup d'oeil, c'est la raison pour laquelle Jérôme Gaillard préfère ce media.

Jérôme Gaillard ?

 © Cl R © Cl R
On le connait ici pour son travail de médiatisation de la culture régionale avec Magma qu'on trouve aux comptoirs des magasins ou sur les présentoirs du cinéma indé l'Eldo. 

Il est d'à côté de Magny-Cours, le circuit d'auto, et dans son enfance, il y accompagnait son père, le carrossier peintre de Jacques Laffite. Nous suivions toutes sortes de courses : Formule 1, rallye, cross, course de côte... Nous vivions alors à Magny-Cours.  Tout minot, à deux ans et demi, une méningite encéphalite l'a emporté dans l'ailleurs pendant un mois de coma. Une guérison, miraculeuse, l'a sauvé mais la médecine lui a imposé le Gardénal quotidien. Tout était brouillard et après un CE1 redoublé, sa famille a pris sur elle de stopper le traitement. C'est peut-être de là que lui vient son grand calme. Parler à Jérôme, c'est comme embarquer sur un grand paquebot glissant tranquillement sur les eaux. Il prend son temps, il est calme et il arrive à bon port. 

L'enfance

Il expose lui aussi ici ou là, ses photos de concerts et de spectacles - c'est quand même son job -, mais aussi des photos persos comme celles de la médiathèque de Longvic sur le thème de l'enfance, en compagnie d'Alain Laboile (Born on May 1, 1968 in Bordeaux).

 © Cl R, photo exposée de Alain Laboille © Cl R, photo exposée de Alain Laboille

Mais voilà, montrer des photos de photographes prises avec un téléphone, ça n'a pas beaucoup de sens. Pas de problème ! "Je t'envoies la série et tu choisis celles que tu préfères. Je te les enverrai en format léger.

 © Cl R, photo exposée de Alain Laboille © Cl R, photo exposée de Alain Laboille

 Gaby gelado (São Martinho do Campo, Portugal -2011)

 © Gaby gelado (São Martinho do Campo, Portugal -2011) © Gaby gelado (São Martinho do Campo, Portugal -2011)

Ce cliché est un hommage à la photographie de Lewis Hine (USA 1874-1940) et à sa démarche sur le travail des enfants aux USA durant les années 40. Ici , Gaby ne travaille pas, il mange goulument sa glace dans un ancien atelier de mécanique au Portugal. Lorsque je l'ai vu tout tâché de crème glacée dans ce contexte, j'ai tout de suite pensé à Hine et à ses images d'enfants ouvriers.

Anouk, Gaby Horse (Nazaré, Portugal – 2011

 © Jérôme Gaillard © Jérôme Gaillard

Au sud de Nazaré, un vieux cirque se posait chaque année durant l'été apportant un peu d'animation dans cette petite station balnéaire désertée peu à peu par ses derniers pélerins en quête de miracles. Mes enfants rodaient près des installations du cirque et apportaient un peu de tendresse à ces animaux fatigués. 3 mois plus tard, le miracle eu lieu. Garett McManara surfa à Nazaré la vague qu'on qualifia de : « plus grande vague du monde ». Cette onde de 30 mètres relança le tourisme et le temps reprit sa course… Cet instant restera quant à lui suspendu.

Gaby & Beatriz (Portugal – 2011)

 © Gaby & Beatriz (Portugal – 2011) © Gaby & Beatriz (Portugal – 2011)
Les jeux d'enfants ne tournent pas toujours bien …

Une vente aux enchères pour l'Aquarius

Le festival se poursuit jusqu'en décembre. la prochaine exposition montrera le travail de Kathy Shorr, le 23 octobre, consacré aux survivants des blessures par armes à feu aux Etats-Unis. On retrouvera Yann Lévy pour la suivante, le 25 octobre, au Zénith, consacré aux champions. Aurore Vinod nous emmènera dans les camps de boxe thaï, de père en fils, on s'y transmet les gants. 

Ce soir-là aura lieu une vente aux enchères : chacun des photographes du festival offre une photo et le bénéfice de la vente ira à l'Aquarius. 

Pour ne pas oublier les dates :

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