L'Intrusa, de Leonardo di Constanzo

Comment défendre les petits films fragiles ? L'association de soutien au cinéma indépendant L'Eldorado de Dijon propose à ses adhérents un atelier d'écriture "L'instant d'après" pour prolonger la projection par un moment d'écriture et de partage. Hier, l'atelier a visionné L'Intrusa, film italien sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2017.

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Giovanna est une grande femme au regard bleu acier. Elle accueille dans son centre aéré aux vieux murs dessinés les enfants des immeubles qu’elle regarde le soir depuis sa terrasse.
Le jour, elle colle avec les enfants des papiers sur des carcasses de fer, pendant que Giulio fabrique avec des bouts de vélo un grand escogriffe qui portera chapeau haut-de-forme car il sera poli : « Tant qu’à faire une création, autant la rendre polie », dit un petit.


C’est un îlot dans Naples, un espace où l’on crée avec des roues et du papier, une jolie ruche qui butine joyeusement, un monde de papillons virevoltants et qui travaillent tous pour la Fête.

Et puis, c’est brutal, le monde y entre violemment : des policiers, armes au poing. Un homme est caché dans l’ancienne maison de jardinier. Ils le sortent, l’emmènent en prison. Restent sa femme, le bébé, et Rita.
Giovanna fait face, frontale et douce, résolue sur ses principes de base : sauver les enfants, les extirper des toiles d’araignées parentales, leur offrir un hôtel aussi beau que celui qu’elle fabrique pour les insectes en assemblant délicatement les branches des rosiers en boutons de son jardin.
Elle donne l’asile à la mère et aux enfants.

Mais Rita est l’Intruse.
La fille de l’homme tué par son père est là aussi, avec elle dans ce jardin. Elle ne parle pas. Elle ne parle plus à personne depuis qu’elle a vu son père roué de coups par celui de Rita. Sa grand-mère l’a recueillie. Que Rita joue avec sa fille ? Pas question !

Giovanna explique, tient bon, ne s’enflamme pas. Elle n’a pas de passion, juste une certitude : les enfants ne sont pas responsables de leurs parents. Face à l’école, face aux mères, face à la police, elle n’a que cette parole à porter. C’est ainsi qu’elle se respecte et qu’on la respecte. Jusqu’à disparaître.


Rita s’est fait sa place au centre, elle y trouve la force de reprendre le chemin de l’école, de surmonter la honte de son père. Petite chenille, elle refait son cocon. Mais la saison n’est pas encore au papillons. Le poids du dehors, des lois, des policiers pèse, et les écoles cessent d’envoyer les enfants au centre.

 Rita, seule sur sa pierre, sait que c’est à cause d’elle que la fête est annulée. Elle sait aussi, comme Maria, sa mère, que Giovanna ne l’a pas trahie.

Claire Rafin, Cinéma Eldorado, le 11/02/2018

 

 

Pour plus d'infos sur le film:

« L’Intrusa » : assistance à personne dangereuse, LE MONDE | 13.12.2017 à 07h48 |Par Jacques Mandelbaumhttp://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/12/13/l-intrusa-assistance-a-personne-dangereuse_5228875_3476.html

 

Plus d'info sur l'atelier :

L'instant d'après : Atelier d'écriture, proposé par le Collectif ELDO, animé par Philippe Anginot, Atelier du 11 février 2018, L'INTRUSA / Leonardo di Constanzo

Les papillons

Durée : 20 minutes

La forme : "Les papillons ont besoin d'une maison douillette" dit le jardinier en caressant une chenille apparue trop tôt dans la saison. Vous prolongerez cette phrase en évoquant le sort de Rita au sein du centre tenu par Giovanna.

 

Plus d'info sur le cinéma :

https://cinemaeldorado.wordpress.com

 

Plus d'info sur l'asso :

https://cinemaeldorado.wordpress.com/collectif-eldo/

 

Plus d'info sur Philippe Anginot :

http://lesateliersdelasardineeblouie.blogspot.fr

 

 

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