Mon pays est un ogre sauvage

«Va-t'en, petit, ou mon mari te mangera», dit l'ogresse. Guimba ce matin a reçu un courrier du préfet de la Côte-d'Or. Il est convoqué le mardi 21 janvier à l'Ecole de Police de Vincennes. A la même adresse se trouve le Centre de Rétention Administrative où sont amenés les jeunes lycéens dijonnais après leur majorité. C'est la dernière étape avant la mise à l'avion.

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Va-t'en, petit, ou mon mari te mangera", dit l'ogresse à Jacques qui l'attire avec le secret du sac d'or disparu. Hélas, Guimba n'a pas d'autre or à proposer que son coeur de lion et son courage de boulanger. 

Alors que lundi dernier, un policier s'est suicidé au Centre de Rétention de Rennes, alors qu'en 2019, ce sont 59 agents qui ont mis fin à leur jour, la France continue de placer ses citoyens dans d'inacceptables positions.

Aujourd'hui Guimba, élève boulanger, vient de recevoir une lettre du préfet qui lui rappelle avoir "pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour d'une année, à destination du pays dont (il) se déclare ressortissant : le Mali". Le 25 novembre dernier, 12 soldats français en mission sont morts là-bas, dans le crash de leurs appareils. C'est dans ce pays en proie aux jihadistes que la France veut renvoyer Guimba. 

Directement confrontés aux expulsions de jeunes gens, dès leurs 18 ans, les enseignants qui découvrent un matin leur élève absent du cours pour avoir été emmené en Centre de Rétention ne peuvent fermer les yeux. Comment peut-on demander à une (ou un) enseignante de considérer normal qu'après ses 18 ans l'enfant qu'elle a accompagné dans son apprentissage d'une langue, d'une culture, d'un métier, soit renvoyé sur un trottoir du Mali ou du Nigeria ?  

Que tous ceux qui participent d'une quelconque manière à de telles expulsions se demandent s'ils accepteraient que leur enfant tout juste majeur soit envoyé en ce moment vers ce pays où il n'a aucune attache ? Sans doute se battraient-ils pour empêcher son départ ! Guimba est notre enfant. Il s'est assis sur les bancs de nos lycées, à côté des nôtres. 

Que faut-il faire pour que la France se dote comme l'Allemagne d’un autre statut de séjour dit "de protection" ? Quelle flèche doit-on tirer pour percer le cuir épais de l'indifférence générale autour de ces scandaleuses expulsions ? Après Gvantsa, Quadri, Walid, et tant d'autres, il est temps de trouver des solutions législatives pour mettre à distance les exécutions d'une loi stupide. On n'accueille pas des enfants pour les rejeter ensuite, c'est un crime. 

Ce jeudi matin, 16 janvier, le collectif de soutien à Guimba, l'ensemble des associations de soutien aux demandeurs d'asiles de Dijon appellent à la mobilisation.

Un premier rendez-vous à 7h30 est donné devant les grilles du lycée pour les enseignants et les élèves du Castel pour entourer Guimba devant l’hôtel de police de Dijon, place Suquet, à 8 h 00. Une conférence de presse se tiendra à 8 h 30. 

Presse, enseignants, élèves, parents, ne laissons pas Guimba se débattre seul ! 

Ici c'est Guimba, à Saint-Ouen c'étaitWalid, ailleurs ce sont tant d'autres. Ces jeunes gens font partie de notre pays. Nous ne les avons pas élevés pour les renvoyer dans la guerre, ni le terrorisme. Les médias peuvent agir : à Saint-Ouen, suite à l'article paru dans Libération le 29 décembre, la justice administrative a annulé l'arrêté d'obligation de quitter le territoire de Walid. 

 

Les pétitions :

https://www.change.org/p/monsieur-le-préfet-de-côte-d-or-non-à-l-expulsion-un-titre-de-séjour-pour-guimba-coulibaly?recruiter=392568627&utm_source=share_petition&utm_medium=email&utm_campaign=psf_combo_share_message&utm_term=petition_dashboard&recruited_by_id=719d2890-647e-11e5-9709-25f4762fbd20

https://www.change.org/p/président-emmanuel-macron-laissez-vivre-guimba?utm_content=cl_sharecopy_19680322_fr-FR%3Av7&recruiter=495654206&recruited_by_id=fc374e00-daca-11e5-8492-5fa9fb5f4038&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=psf_combo_share_initial&utm_term=share_petition&share_bandit_exp=initial-19680322-fr-FR&share_bandit_var=v1

Précédent billet : https://blogs.mediapart.fr/claire-rafin/blog/040120/guimba-encore-et-encore

Prolongements : Kim Hullot-Guiot, Elèves sans papiers : à Saint-Ouen, les profs organisent le soutien, 29 décembre 2019 à 20:36 (mis à jour le 9 janvier 2020 à 15:43) sur https://www.liberation.fr/france/2019/12/29/eleves-sans-papiers-a-saint-ouen-les-profs-organisent-le-soutien_1771317

 

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