À l'ombre du Corot

Faire reculer les voleurs de rêve par la liberté.

Elles étaient dix dans leurs beaux habits.

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L’accord Tacite a résonné et la voix de la poésie s’est mise à tourbillonner. Elle est passée, chiffon, sur les cadres de bois dorés; elles a bousculé les assis, sages sur leurs chaises, virevolté dans les regards endormis, et puis caressé le plâtre ébauche du génie de la Liberté.
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 Elle était chez elle, ici à cet instant-là, pour de ses doigts de rose ouvrir nos tunnels obstrués, irriguer nos têtes creusées, psalmodier nos muettes prières. 

Le verger de Camille Corot © Musée de Semur-en-Auxois Le verger de Camille Corot © Musée de Semur-en-Auxois

 

 

 

 

Le jeune homme nu du Corot s’est figé, suspendu comme l’air à leurs lèvres ouvertes.

 

 

 

 

 

 

 

La voix haute de la lectrice s'est posée sur la voûte des liseuses silencieuses, "vivants piliers". 

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 Elle disait des fragments d'une revue de poésie, sélectionnés par Valérie Delbore, pour un stage de lecture à voix haute. Du "Traduire le Monde" de cet Apulée #4 aux éditions Zulma, sont venus les mots de MyriamGaume, Jean-Marie Blas de

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Robles, Karl Krolov, ... On ne les a pas tous entendus tous ces poètes qui sont plus de 100 à faire danser les pages, comme Werner Lambersy qui dit Pina Bausch :
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"Pina Bausch / Danse avec les yeux / Elle regarde / Même les yeux clos / Elle voit / On sent l'appui léger / De son regard / On sait que c'est là / Que commence / La danse".

En flamand. en italien, en russe et coréen, les mots dansent aussi sur la page de la revue et sur les lèvres des liseuses, de l'une à l'autre, comme un ballet léger.

 

Leïla Sebbar : "De l'Algérie natale de mon père, je suis analphabète".

Krolov : "Ce dont le poète fait aussitôt l'expérience en se frottant à la poésie d'un autre, c'est qu'elle reste d'abord inaccessible, qu'elle répond à sa sympathie en se repliant derrière des difficultés insoupçonnées."

Marko Pajevic : "Traduire Meschonnic en anglais".

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 Et puis quand la poésie s'est tue, les poètes, très émus, ont applaudi. Ils étaient là, Hubert Haddad, Yahia Belaskri et Werner Lambersy. Alors c'est eux qui ont parlé du travail gigantesque d'une telle revue, internationale, conçue comme un acte de résistance à la grisaille qui envahit le tout pareil de l'édition et du monde. 

C'est Abldellatif Laabi qui a donné son nom à la revue. Il a dit "Apulée". Et "un silence magnifique" a surgi. Apulée était ce rhéteur avocat écrivain du 2ème siècle après JC, auteur des Métamorphoses ou de l'Ane d'or, qui lorsqu'il a eu à se défendre d'un procès pour sorcellerie a répondu que certes il était berbère mais que Cyrrhus était perse. 

Et peu à peu Hubert et Yahia entrent en incandescence lorsqu'ils racontent la poésie pour lutter contre l'identitaire, "Qui suis-je si je ne suis pas toi ?". "C'est la fragilité qui fait l'homme". 

Ils sont debout et portent l'étendard de la poésie comme un flambeau pour "faire reculer les voleurs de rêve par la liberté".

 

Pour en savoir plus :

MOTS PARLEURS

https://www.les-mots-parleurs.blog4ever.com

MOTS PARLEURS BOURGOGNE

https://www.les-mots-parleurs-bourgogne.blog4ever.com

MUSEE DE SEMUR-EN-AUXOIS

http://www.cotedor-tourisme.com/bourgogne/les-musees/musee-municipal-de-semur-en-auxois_musbou02100179_fiche.html

 

 

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