L'air est bleu sans mots

L'air est bleu. Le village est immobile et cela n'a rien de différent d'antan. Vendredi soir. Vacances. Vide.

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De la fenêtre voisine, s'échappent les notes d'une mélodie de Christophe, reprise par une voix de femme. Sur l'horizon, les notes lumineuses des éoliennes chantent les collines de l'Auxois. Christophe s'est tu. Une sorte de ritournelle a pris le relai. Cinq notes tout au plus, du genre de celles d'Arte quand elle refuse qu'on la voit, égrènent les lentes secondes de la soirée désertée. Une rythmique de gimmick, sans paroles, sans émotions, mécanique. 

Les buissons endormis frémissent à la brise du jour baissant. Un oiseau trille. Et le silence entre par la porte ouverte sur les champs puis se pose sur la flamme de la bougie. Les mots bleus s'élancent et puis s'étirent mais s'arrêtent aussitôt dits avec les yeux. 

Peut-être étaient-ils trop tristes ...

Voici maintenant les marionnettes, chantées comme en karaoké, dans leur ficelles et leur papier, si "jolies les mignonnettes". La nostalgie s'installe dans le bleu sombre des champs, à l''encre du ciel,  entre la pénombre des carreaux. 

Soudain, c'est quelqu'un qui parle, tout près. Sans doute un chien que l'on promène au ton de la voix, protecteur et engageant, complice. 

Depuis combien de temps déjà ? Combien de temps quoi d'ailleurs ? Avec pour unique référent l'événement, les discours s'écoeurent et tout s'endort dans les fenêtres refermées sur les paroles des chansons.  

Christophe meurt sur nos lèvres. Ses yeux étaient-ils bleus ? Je n'en sais même rien. Je ne connaissais de lui que ce ralenti entre deux êtres. Et puis ces marionnettes qu'on en faisait. 

"Le vent d'hiver souffle en avril". Les mots bleus sont partis. 

 

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