La terre est notre seul foyer

A la Fleur qui pousse à l’intérieur, ce vendredi soir 17 novembre, François Jarrige, enseignant chercheur à l’Université de Dijon, présentait son ouvrage sur une histoire mondiale de la pollution, co-écrit avec Thomas Leroux.

 

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La fleur qui pousse à l’intérieur n’a rien d’un nénuphar de Vian, c’est la librairie indépendante qui nous a été donnée par deux jeunes gens il y a maintenant plus d’un an.  En plus d’un fond dans lequel on peut se perdre longuement en flânant de quatrièmes en couvertures, s’étonner, se prendre de curiosité, feuilleter, revenir, lire, aller, et puis se dire que, peut être, tiens, oui, celui-ci, ... on y sent des bonnes odeurs de thé, confirmées par une série de jolies théières, bien alignées derrière le comptoir

A côté de la boite pour des livres suspendus, il y avait depuis une bonne quinzaine des petits carrés de papier pour annoncer la soirée, avec la même aquarelle de fumées aux couleurs toxiques que La contamination du monde. Au moment où 15 000 scientifiques lancent un appel à la société civile et alertent les pouvoirs publics sur l’état de la terre, notre seul foyer, La contamination du monde retrace les chemins par lesquels nous en sommes arrivés là.

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Bien avant la société industrielle, et sa fameuse machine à vapeur de M.Watt, la pollution que l’on appelait alors nuisance - le terme de pollution étant réservé à un usage de profanation d’un domaine sacré-, existait dans les ateliers tels que ceux des tanneurs ou du rouissage du chanvre et du lin, dont on obtenait la fibre textile par un pourrissage qui altérait la qualité des cours d’eau, et dont on trouve trace dans les procès archivés dans les municipalités ou départements. 

Avec la société industrielle, l’usage du charbon a généré de nombreux brouillards de fumées noires dont la disparition actuelle n’est que partielle et surtout limitée à l’Europe. Et depuis, la pollution n’a cessé de se répandre, échappant à toutes les analyses puisque jamais démontrée scientifiquement, le champ s’en déplaçant sans cesse, d’une particule à l’autre, tendant vers une diminution avérée, voiture de plus en plus propre, électricité nucléaire justifiée, amiante éliminée, mais  explosant dans la multiplication de ses automobiles, trajets d’avions et multiples objets électroniques, tout en continuant de garder ailleurs ses vieux charbons, jamais disparus. 

Le Charbon, c’est aussi le sujet de l’article signalé ce soir  par Charline Vanhoenacker à la radio alors que je roulais vers la librairie pour écouter ce même François Jarrige dont elle parlait avec son invité, Pierre Singaravélou, pour une "Histoire du monde au XIXe siècle". Au cas où j’aurais oublié la soirée…

Que d’historiens pour un monde au futur plus qu’imparfait ! 

Sous le faux plafond tendu rose de la librairie de La fleur qui pousse à l’intérieur, nous étions attentifs à la présentation des histoires sociales et politiques de la contamination de notre monde marqué jusque dans ses déserts les plus intimes de particules qui n’ont rien à faire là, d’un monde qui passe du sacré au judiciaire pour finalement se fixer dans la science comme une ammonite dans les sédiments, sous le regard inquiet de savants enfermés dans leurs domaines aussi pointus que les chapeaux noirs de leurs ancêtres croqués par Molière. 

Le constat a la lourdeur des fumées toxiques, et la sécheresse des terres dénudées de leurs arbres : le discours scientifique sur la pollution n’a réussi à produire que du doute et à ouvrir ailleurs de nouveaux chantiers prometteurs de gains monétaires pour quelques uns et de futurs déséquilibres pour tous, la géo-technologie étant le dernier en date. 

Heureusement qu’il y a du vin bio pour nous créer des ilots d’idiosyncratiques où nous rappeler que tous les vendredis ne rencontrent pas forcément un Robinson qui les mène vers sa civilisation. Et puis, lorsque les fleurs ne pourront plus  absorber le CO2 trop présent dans l’air, elles trouveront encore à pousser de l’intérieur entre les pages de nos imaginaires.

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