Épiphanique Vanité

Sonnet pour Notre-Dame (vanité)

Je naviguais sur un océan de symboles ;

De quel animal habiller ma vanité ?

Je pensais aux abeilles pour ma faribole :

Leur destruction est une calamité.

 

Ah ! Mais dans quel objet montrer l’impermanence ?

Une pivoine sous la pluie pour la beauté ?

Un livre rongé par les rats pour la science ? 

Pour la richesse un catamaran démâté...

 

« - Que de glaciers j’ai vu s’en aller dans les eaux !

De quelle race l’homme se croit-il ainsi 

Pour ignorer qu’il a fait de la mort son sceau ? »

 

Alors là ! Quoi ! C’est effarant ce qu’on me dit !

« La flèche de Notre Dame s’est effondrée... ».

La foule en pleurs la voit par la flamme emportée.  

 

15 au 17/04/2019, Châtellenot

 

C'était un exercice donné pour un cours d'écriture créative. Il était question d'écrire un sonnet  "Mémento Mori" en alexandrins.

Pendant que je cherchais quelles étaient les règles des vanités, que je découvrais les symboles couramment utilisés pour montrer la vanité du pouvoir, de la richesse et même de la science et du savoir, et que je cherchais à composer un tableau, je me suis arrêtée quelques instants pour allumer la radio et prendre les infos. Alors que j'attendais comme beaucoup d'autres le discours présidentiel, quelqu'un est venu annoncer que Notre-Dame était en flammes et que sa flèche venait de s'effondrer sur elle-même. 

Je n'aurais pas pensé associer Notre-Dame de Paris à une vanité... Pourtant la relation de coïncidence était trop forte pour l'ignorer. 

D'autant que j'en étais très précisément à la lecture du phoenix comme symbole de résurrection lorsque c'est arrivé. 

Adieu donc, les baleines, les tortues et les éponges de mer avec leur longévité menacée par la fonte des glaciers et qui devaient peupler mon petit tableau... 

Tant pis pour le phoenix dont on dit qu'il aurait rompu le silence des eaux primordiales par son cri, lui qui représenterait le premier lever de soleil sur terre, et lui qui meurt avec lui le soir pour mieux renaître au petit matin, précédé par Vénus. 

L'homme reconstruira sa grande vanité et continue d'ignorer les vents mauvais qu'il a semés et qui détruisent la branche de laquelle il est descendu...

 

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