Dijon : Eldorado versus multiplex

Le cinéma arts et essais l'Eldorado de Dijon invitait hier soir ses sympathisants à une réunion d'information sur sa situation. 


 © François de Dijon © François de Dijon
Le cinéma arts et essais l'Eldorado de Dijon invitait hier soir ses sympathisants à une réunion d'information sur sa situation. 

Chers amoureux du cinéma, Face au péril, voici venu le temps de la mobilisation. Nous connaissons les raisons multiples de l'aggravation de la situation de l'Eldorado. Sommes-nous prêts à vivre la fermeture de cet espace de découverte, d'échanges et de rencontres ? Certes non ! Alors venons nombreux ce jeudi à 20h ! Et joignons l'utile à l'agréable par la découverte d'un film surprise !

La salle était pleine. Isabelle et Matthias saluent l'assistance et passent un extrait de April de Nanni Moretti, face à sa télé et au Berlusconi qu'elle affiche, Dernière réplique de l'extrait : "J'ai envie de m'engueuler avec quelqu'un".

Le choix de l'extrait correspond au début de l'essor des multiplex, date de début du tournage de April en 1994. Matthias Chouquer, directeur du cinéma Eldorado, pointe la correspondance entre les vagues de déploiement des multiplex, 1994-95-96, le repli sur soi des démocratie européennes, la difficulté à construire des alternatives positives, et l'entrée dans une impasse.

Avec l'apparition des multiplex vient la disparition des ciné clubs, force de la pédagogie du cinéma et de l'échange de la parole avec les passeurs de cinéma. Les salles arts et essais n'ont pas réussi à enrayer le phénomène.

L'Eldorado, continue Matthias, a toujours cherché à faire revenir le cinéma à la maison, Un cinéma Natsukashi, dirais-je. C'est en effet la sensation qu'on peut avoir en fréquentant l'Eldo : un espace où l'on peut trouver des tablées d'enfant appliqués à  dessiner après un ciné-mômes, tout en prenant un café bretzel pendant la semaine Télérama, ou encore passer le soir de Noël avec d'autres solitaires à prendre un verre avant d'aller voir le film surprise proposé par l'équipe.

Pour Matthias, les marchands ont déjà gagné, ils terminent le sale boulot. A Dijon, la municipalité a laissé s'installer deux multiplex sans concertation avec les commissions départementales et sans contreparties avec les organisateurs locaux. L'un d'eux a  conservé une salle arts et essais qui rafle les films à la frange entre le grand public et les cinéphiles : Clint Eastwood et Almadovar en version originale, par exemple. Du coup, les films sur lesquels les salles entièrement consacrées au 7ème art se refont une santé et qui ne sont disponibles qu'en peu de copies n'arrivent plus jusqu'à l'Eldorado. Sans ces grands films, impossible d'équilibrer les comptes.

S'ajoute à cette négligence, l'ignorance de la salle dans la création des nouveaux trajets de transports collectifs consécutifs à l'implantation du tram : l'Eldorado s'est retrouvé enclavé et nombreux sont les spectateurs qui indiquent venir moins souvent du fait des nombreux changements de ligne et de l'augmentation des temps de trajet. L'Eldorado a ainsi perdu un nombre important de scolaires qui ne peuvent plus faire le déplacement et visionner un film sur une demi-journée de classe.

La situation actuelle de l'Eldo ne lui permet plus de payer les distributeurs dans les délais et ceux qui continuaient malgré tout d'envoyer les films annoncent qu'ils vont devoir cesser. 

Il faut ajouter à cela, le projet de création d'un troisième multiplex sur la cité internationale de la gastronomie, à financement mixte, dont l'objectif est de faire 500 000 entrées annuelles. Projet soutenu par la municipalité alliée aux promoteurs dans son vaste plan de construction immobilière (voir billet précédent sur les Lentillères).

A la question du relai de ces informations par la presse locale, Matthias répond qu'un communqiué leur a été envoyé. Personne n'est dans la salle hormis une représentede RCF qui annonce rediffuser les rencontres avec les réalisateurs le vendredi soir. Le quotidien régional Le Bien Public ne s'intéresse pas à l'Eldo. Rien d'étonnant vu comme il est occcupé dans sa ligne éditoriale de Une à sortir les poubelles des faits divers les plus répugnants ou des actions de bravoure citoyenne qui font pleurer dans les chaumières.

Pour ce qui est de France 3 Bourgogne, lorsque l'équipe de l'Eldo est allée rencontrer le rédac chef, il leur a gentiment expliqué en buvant son café qu'ils n'étaient pas dans sa cible.

Et lorsque Wang Bing, Michel Gomes, ou de plus médiatiques Kervern viennent à l'Eldo ça n'intéresse pas les medias. Il ne se passe pourtant pas une semaine sans qu'un réalisateur, des poètes, des critique de cinéma, ... viennent y dialoguer avec les spectateurs à l'issue d'une projection.

L'Eldorado entre donc en lutte et appelle à la mobilisation. 

Prochaine réunion vendredi 27 Mars à 19 heures. Une souscription sera lancée et toutes les idées et engagements sont les bienvenus.

 

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