Licence 4

Qu'il est doux de se sentir compris. Enfin nos campagnes vont revivre ! Le plan pour la ruralité prévoit un fort développement culturel dans nos centre villages : créations de cafés avec licence 4.

Quelle belle idée !  Nos faces rubicondes pourront s'agrémenter de jolies nuances de violet...

p90921-165503


Et comme on n'y a pas de transports en commun, Henri Maire pourra faire revivre son slogan : "la route est belle avec le vin fou" ! Mais non,  suis-je donc sotte !  Nous irons boire à pied avec tous ces cafés. Quelle belle avancée culturelle à la portée des ruraux ! Un beau pas en avant vers le vivre ensemble...  L'alcoolisation se fera de concert et non plus dans le confinement des masures. On pourra repérer plus facilement lequel a 4  grammes et prévenir sa femme d'aller se mettre à l'abri avant qu'il ne lui tombe dessus. 

Et pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, le prix du permis de chasse est en solde : 50 % de réduction ! 400 euros pour aller tirer sur les animaux, c'était bien de trop... Allez, soyons fou ! 200 euros. Puisqu'il devient vraiment difficile aux derniers récalcitrants de nier l'impact des activités humaines sur les catastrophes environnementales, autant lâcher les chiens sur les biches et les chevreuils... Qui n'auront pas la chance des gardons et des truites en majorité relâchés maintenant par les doux pêcheurs.

Et qu'en sera-t-il du croisement de ces deux mesures ? Est-ce que c'est-y qu'on se retrouvera devant le zinc chez Léon, le fusil en bandoulière ? Les petits blancs du matin, avant la traque dans les bois, ça évite de fermer un oeil pour viser. Et puis les midis s'étireront sur des voix graves avinées, et des autres, plus aiguës, avinées aussi, traînantes à certains endroits, qui ressasseront encore et encore la même histoire, celle d'hier et celle de demain, jusqu'à ce qu'une autre vienne la relayer.

Non vraiment, ce n'est pas que les cafés ne soient pas des endroits où il fait bon se poser, avec un galopin ou deux, pour lire en entendant le doux ronron des conversations, ponctuées de joyeuses interpellations. Mais en temps de crise, elles tournent vinaigre. Encore de l'alcool ? Alors qu'il n'y a déjà rien d'autre que cela ? Pas même un camion de pizzas, encore moins un bibliobus, une boîte à livres, un salon de thé-chocolatier... 

Pourquoi ne nous donne-t-on pas des transports, des bus, des trains, pour aller mettre le nez dehors, voir les grands musées. Pourquoi ne crée-t-on pas, au moins une ou deux fois par an, un circuit de ramassage pour aller à l'opéra ou au théâtre ?

Sans doute le lobby des amateurs d'art n'est-il pas aussi puissant que celui des chasseurs et des buveurs...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.