Un dimanche à la campagne sans électricité

La bouilloire était encore déjà chaude. contrairement à l'habitude. Une voix m'a prévenue : "pas d'électrcité ce matin"Ah ? Un temps hors temps. Je me souvenais de la dernière longue panne hivernale, celle du bug de l'an 2000. On nous avait annoncé une catastrophe életronique, les ascenseurs qui déraillaient, les aéroports en auto-tamponneuses, et non ! la nature avait repris ses droits magistralement pour nous rappeler, petits vermisseaux, que notre plus grande histoire d'amour c'est elle, en son infinie puisssance.Je me rappelais de cette panne, le nombre de gestes automatiques à remiser au rayon des encombrants, aussi me tenais-je en embuscade derrrière mes pensées et mes gestes, à peu près consciente  que tout ce qui me semblait être une activité naturelle était en réalité un petit miracle de la fée électricité

La bouilloire était encore déjà chaude. contrairement à l'habitude. Une voix m'a prévenue : "pas d'électrcité ce matin"

Ah ? Un temps hors temps. Je me souvenais de la dernière longue panne hivernale, celle du bug de l'an 2000. On nous avait annoncé une catastrophe életronique, les ascenseurs qui déraillaient, les aéroports en auto-tamponneuses, et non ! la nature avait repris ses droits magistralement pour nous rappeler, petits vermisseaux, que notre plus grande histoire d'amour c'est elle, en son infinie puisssance.

Je me rappelais de cette panne, le nombre de gestes automatiques à remiser au rayon des encombrants, aussi me tenais-je en embuscade derrrière mes pensées et mes gestes, à peu près consciente  que tout ce qui me semblait être une activité naturelle était en réalité un petit miracle de la fée électricité

.Donc pas de radio, pas d'infos, pas d'internet, à moins que mon téléphone n'ait encore un peu de batterie... Quasi rien. L'ordi portable sur les genoux hier soir n'avait pas chargé, alors plus de batterie non plus : impossible de relire mes petites notes prises pour un billet de samedi matin.

L'eau arrivait à ébullition, je me félicitais encore d'avoir pensé qu'il me faudrait un outil extérieur à la gazinière pour allumer le feu. Mon programme de la journée tombait à l'eau : ma petite entreprise était en panne. Pas d'aspirateur, pas de machine à laver ni le linge ni la vaisselle, pas  de chauffage, ni d'eau chaude. Balai et eau froide ? Brrrr ! Non, ça attendrait. 

Une de mes antennes en attente de... se mit à lancer un signal... Ah oui, les tartines de pain auraient dû jaillir depuis un certain temps déjà du grill-tout. Zut ! Un point en moins. Mais on ne m'y reprendrais pas. Dans ma petite maison des Chrentes au moins, j'ai une plaque à poser sur le gaz pour faire les rôties. 

Bon, je me mets en mouvement, range tout, remplis les machines à laver, dans quelques heures tout sera rétabli. Un voisin nous le confirme : tout sera réparé pour 13 heures. 

14 heures, la blanquette passe par le moulin à légumes à main dont je n'ai jamais voulu me séparer : le seul qui sache encore faire la purée. 

15 heures : toujours rien. Impossible de décoller du feu de bois, ailleurs il fait trop froid. Ou alors une sieste ? Sous la couette et le duvet d'oie, c'est supportable mais le sommeil ne vient pas. Corriger des copies ? Pfuit ! Vriament pas envie. Le dimanche, c'est jour du seeigneur, je ne travaille pas pour le travail. A la rigueur pour la maison mais pas pour le travail. J'ai gardé ça de mon éducation religieuse. Interdiction de bosser le dimanche : je trouve que ça avait du bon. D'accord, souvent on s'ennuyait un peu parce que personne ne travaillait et donc on n'avait pas grand chose à faire sinon aller se promener dans les bois. Au moins, on avait ça. Les plaisirs simples non issus d'un travail. Travail, ne l'oublions pas, ça vient quand même de tripalium, un tabouret trépied utlisé pour la torture...

Alors, j'ai lu.

J'ai lu papier parce que sans énergie électrique, le papier reste là. Issu de la macération du végétal, à en devenir pâte recueillie entre deux plaques puis séchées en greniers au soleil, il me nourrira en cette journée de jeûne énergétique. J'enchaîne les mangas que m'offrit mon fils à Noël : pas mal cette histoire de téléphone intérieur. Une jeune fille très mal à l'aise avec l'expression orale,  très isolée de ses  camarades de lycée, ne disposant donc pas de téléphone mobile s'invente un téléphone intérieur. Et celui-ci se met à sonner. Oui, c'est bien la sonnerie qu'elle s'est choisie en son monde imaginaire... Elle hésite puis décroche et une voix lui répond. Elle correspond ainsi intérieurement avec un jeune garçon et une femme qui l'aide à établir la réalité de cette liaison intérieure. Peu à peu, elle fait connaissance avec son nouvel ami. ils vont se rencontrer...

Mais les deux mangas sont vite avalés. Que me reste-t-il donc à lire sur papier ? Impossible de rmettre la main sur le Semprun chiné chez mon bouquiniste avec Mrs Dalloway. Tiens ? Murakami et ses nouvelles. Parfait, je continue avec le Japon. Cette lame de fond qui rapproche actuellement nos deux civilisation m'atteint par ricochet depuis quelques mois. Je vous raconterai un jour.

Très bien ces nouvelles. J'adore. Je dévore le kangourou et la lettre d'amour, la fille 100% parfaite, celle qui ne dort plus et lit le Docteur Jivago... Le dimanche s'étire jusqu'au souper. Un petit bol devant la cheminée, un petit reste mouliné au robot marie du temps de la gabegie, que je réchauffe en casserole. Il me reste plein de bougies achetées pour Noël, la maison prend un air de fête !

Finalement, ça a du bon les jours sans électricité ; c'est bien reposant. Une vraie détente. Je m'endors d'un sommeil tranquille vers 20 heures 30. Même pas eu le temps d'essayer la veillée jeux de cartes, chant et guitare, sculpture et broderie...

Finalement, laissez tomber toutes ces guerres au plutonium, laissez les EPR où ils sont; on n'a pas besoin de tant. Une petite coupure de temps en temps pour s'y habituer et vous verrez, ça se fera tout seul... 

Enfin c'est revenu, vers 23 h 30. Des lignards ont bossé tout leur dimanche pour trouver la panne : la glace qui s'égoutte des arbres et tombe sur les lignes, les coupant à certains endroits. Et ce matin, je rattappe le temps perdu : de nouveaux billets chez Jonase et la Dame, chez Jamesinparis aussi ! Des parisiens qui s'émerveillent de la neige sur leur ville... Je me demande s'ils ont aussi des pannes d'électricité à Paris ?  Des nouvelles de mes enfants sur facebook ! 

Bon, c'est bien quand même l'électricité tant qu'on n'aura pas développé complètement l'internet intérieur... Mais si ça peut éviter des guerres, je me passe sans problème d'un jour par semaine. Tiens, ce genre de sondage, on n'en voit jamais. Etes-vous contre les guerres ? En ce cas, êtes-vous prêt à passer un jour par semaine sans électricité ? Bien sûr tout le monde présume que la réponse serait non. mais est-ce bien certain ? 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.