Kathy Shorr "Shot"

"Stigmates", la nouvelle exposition du festival 360° donne le regard à Kathy Shorr pour son projet sur les victimes des armes à feu aux États-Unis. On a envie de leur crier "Cours ! Sauve-toi ! Cours !". Ils sont là. Face à nous. Avec leur blessure. Ils ont été shootés. Par une arme à feu et puis par Kathy Shorr pour son projet "Shot". La photographe était là pour présenter son projet.

 © Kathy Shorr © Kathy Shorr

La photographe américaine était à Dijon ce soir pour présenter son travail sur les victimes des armes à feu. 101 personnes, de 8 à 88 ans, de toutes ethnies, de tous milieux sociaux sont retournés avec elle à l'endroit où elles ont été blessées pour témoigner des conséquences d'une possession irresponsable d'armes à feu.

 

 

Certains étaient là par accident, d'autres ont été visés par un proche, un voisin, un désespéré ou un fou. Celui-ci chauffeur de bus, a été blessé dans trois incidents différents, deux fois au volant de son véhicule, et la troisième au coin d'une rue où il bavardait avec un ami. Son fils aurait pu être là aussi mais il est mort tué par balle.

 © Kathy Shorr Expo 360° 2018 Dijon © Kathy Shorr Expo 360° 2018 Dijon

 

 

 

 

C'était à Philadelphia, Pennsylvanie, en 1987, 1984 et 1982. C'était à Dallas, ou ailleurs.

 

 

Entre la visite et les petits fours, après les discours, Kathy Shorr prend la parole. Elle raconte. L'exposition a tourné dans le monde entier, Japon, Brésil, Inde, Allemagne. Elle a été présenté cinq fois aux Etats-Unis, au Texas, en Alabama et ailleurs.

Son projet a duré deux ans. D'abord c'était des recherches sur internet, et puis la photographe a pris contact avec des associations pour retrouver les victimes. A la fin, les gens avaient entendu parler d'elle et c'étaient eux qui la contactaient directement.

Elle est allée avec eux sur les lieux, devant une école, sur un parking, au balcon d'une maison, dans un appartement, sur un lit. Pour certains c'était la première fois qu'ils y retournaient. On l'a remerciée, c'était un acte " to reclaim the space", reconquérir l'endroit.

Kathy Shorr et son interprète Kathy Shorr et son interprète

Elle est contente du résultat. On l'a félicitée. Elle veut que le problème des armes à feu aux États-Unis soit étudié, qu'on en parle. Elle montre. Voilà ce qui arrive : qu'est-ce qu'on en fait ?

Elle ne prône pas la prohibition à tout prix. Elle sait que pour certains chasseurs, c'est difficile d'imaginer vivre sans leur arme. Mais elle demande que des sécurités soient mises en place au moins aussi importantes que lorsqu'on achète une voiture. C'est une question de sens commun. Les armes devraient au moins être sous cadenas, pour éviter que les enfants ne puissent les attraper. Elles sont aussi une source importante de suicides.

La question des armes à feu est un problème très compliqué aux États-Unis à cause des politiques et de l'argent. Il y a par exemple la NRA, association des possesseurs d'arme à feu, qui compte 5 millions d'adhérents et qui intervient dans les campagnes électorales. Partout on répand la peur pour gagner des élections, en Amérique, mais en Europe aussi avec l'immigration.

Shot de Kathy Shorr Expo 360° Dijon 2018 Shot de Kathy Shorr Expo 360° Dijon 2018

 

 

 

Le projet fait l'objet d'un livre et aussi d'un site internet. Bien que maintenant sur d'autres projets, la photographe, originaire de Brooklyn et diplômée de la School of Visual Arts, est au contact de la rue et de ses crises.

 

 

 

Dans la salle d'à côté, les photos de Gohar Dashti, ont elles aussi les armes à feu pour hors champ. Il y est cette fois question de guerre. La jeune femme iranienne et son compagnon sont les sujets de surréalistes clichés qui mettent en scène la vie comme elle va quand les chars sont là.

 © Gohar Dashti 360° 2018 Dijon © Gohar Dashti 360° 2018 Dijon

 

 On peut visiter "Stigmates" au 2 de la rue Crébillon à Dijon.

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