Suspension

C'est une journée bleue d'été, un ciel lavé, par de petites ruelles aux basses maisons blanches dont les toits s' entuilent d'un rose chair cuit à coeur. C'est un mur peint de silhouettes de pêcheurs.

Coque à l'eau © Jonasz Coque à l'eau © Jonasz
C'est une journée bleue d'été, un ciel lavé de bleu pur, par de petites ruelles aux basses maisons blanches dont les toits s' entuilent d'un rose chair cuit à coeur.

C'est un mur peint de silhouettes de pêcheurs.

C'est une cour ou plutôt une terrasse, une table y est dressée, recouverte d'une nappe de drap blanc, trois verres jaunes d'une liqueur anisée à l'eau, un paquet de tabac, un cendrier, une salade de tomates rouges et noires parsemée d'éclats d'ail et de persil

C'est un voisin qui passe, et vient serrer la main. Ce sont des voix qui se répondent, des regards qui s'échangent., des mots qui se filent et tissent le soi de liens anciens peut-être déjà...

Les anges ne passent pas. Ils se sont installés entre les pattes du gros labrador noir couché sur le flanc, écrasé par la pression atmosphérique de ce soleil de plomb dont on avait presque oublié la possibilité.

C'est un temps qui s'étire comme une paire de jambes dont les pieds se croisent, se délassent, et s'abandonnent jusqu'aux orteils, qui en remuent d'aise, heureux de se voir contemplé par le regard de leur tête pensante.

C'est une vacance d'enfant sans défense ni transe ni carence.

C'est calme et doux, plein de lumière, dedans comme dehors.

C'est une longue bouffée de tabac blond aspirée avec volupté comme on ne devrait pas, et qui ne brûle plus la gorge ; une alouette qui passe, et puis une mouette, silencieuse.

C'est un bord de côte à marée basse, plein de vase bleu vert brun, avec une coque de couleur jaune et puis rouge, un moteur bleu gris métallique, quelques barques à plat, un vieux grément doucement incliné. Par la nature des éléments.

C'est une côte d'hier aujourd'hui encore pareille, si ce n'est la fraîche peinture turquoise d'une cabane de pêcheur qui se détache sur le vert sapin parasol de la ligne végétale qui sépare la terre du ciel.

C'est une paire de sandales de cuir noir sur le sol de pierres de taille blanches dont on a ôté les vieux anneaux de fer rouillés scellés du temps de Richelieu.

C'est un pinceau trempé dans l'eau, des gestes à regarder, une leçon de lavis, des couleurs qui se posent, et se reposent, s'infusent et se mêlent sur une assiette de porcelaine à liseré bleue puis sur une feuille de papier blanc dans une petite cuisine toute de blanc et bleue.

C'est une cafetière de tôle émaillée blanche avec des motifs d'un doux bleu presque ciel comme on n'en voit qu'ici.

C'est un havre bien attachant où l'on te dit que tu peux poser ton sac de temps en temps si tu en as envie.

C'est....

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