Une cocarde, un cocard

Etonnante langue française ! (Petit exercice d'exemplarité)

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Une cocarde, un cocard. 

Vraiment, la langue française me surprendra toujours. 

Cocard : Arg. Œil. Emploi particulier : Œil tuméfié, œil au beurre noir. 

Le dictionnaire du CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) poursuit ainsi  (en cas de migraine, on peut passer directement au paragraphe suivant ) :

Étymol. et Hist. 1. 1867 « œil » (A. Delvau, Dict. de la lang. verte, p. 110); 2. 1883 « œil à la coque » (L. Larchey, Dict. hist. d'arg., 2esuppl., p. 42). Terme prob. dér. de coque* (suff. -ard*) d'apr. l'idée de « objet rond, globuleux » encore illustrée par coquar, cocard, quoquart « œuf » (v. coco2« œuf »; cf. aussi arg. coquillard « œil » ds L. Rigaud, Dict. du jargon parisien, 1878, p. 97 et G. Delesalle, Dict. arg.-fr. et fr.-arg., 1896, p. 279). 2 semble à mettre en relation d'une part avec (œil) à la coque et coque « coup, contusion » (FEW t. 2, p. 823aet 825a), et d'autre part avec cocarde* désignant un œil tuméfié et une gifle (FEW t. 2, p. 861a); les rapports entre les représentants de l'étymon cok- (coq*, cocard2*) et coccum (coque*) étant certains (v. FEW t. 2, p. 825bet aussi Cah. Lexicol., t. 11, pp. 54-55, t. 16, p. 105, 107). Fréq. abs. littér. : 2. Bbg. Goug. Lang. pop. 1929, p. 185. − Sain. Lang. par. 1920, p. 348. − Sain. Sources t. 2 1972 [1925], p. 95.

Le premier document où se trouve  le mot "cocard" est le Dictionnaire de la langue verte, d'un certain Delvau, paru en 1867. Peu après, on trouve dans un autre dictionnaire d'argot l'expression "oeil à la coque". "Coque" est employé  en argot pour une contusion. 

"Cocard" a aussi un autre sens, celui de "vieux coq" puis de "croisement entre le faisan et la poule", ce qui au sens figuré l'amène à désigner quelqu'un de "sot, niais, prétentieux", et même "débauché", ou encore "sot et naïf". En ce sens, on le trouve dès 1300 dans le fabliau du Dit de la queue de renard. Il s'écrit alors quoquart. 

En 1803, on trouve un "coquard « faisan bâtard » chez Boiste. Le CNRTL précise  qu'on a ajouté le suffixe péjoratif -art, -ard au nom de l'oiseau de basse-cour coq, en référence au comportement fanfaron que l'on attribue à cet animal. 

Et la cocarde ? 

En 1468, être "coiffee a la coquarde", c'est  porter "une coiffe ornée de plumes de coq ou de rubans, ressemblant à une crête de coq redressée". En 1532, Rabelais habille un de ses personnages d'un "bonnet à la coquarde". Et dans Le Moniteur de 1789, c'est devenu un insigne de parti politique, date à laquelle elle devient également nationale. En 1861, on trouve l'expression "avoir sa cocarde" pour dire "être ivre". 

On apprend aussi que la "cocarderie" est un vieux substantif (nom) féminin qui signifie "sottise", "niaiserie". Il ne faut pas le confondre avec le "cocardisme",  employé pour un "amour outré de la patrie" ayant pour synonymes le chauvinisme, et le nationalisme.

 

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