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Billet de blog 16 février 2014

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Le Monde des livres: 3 pages sur la correspondance de M. et Mme Himmler

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Le Monde des Livres du 14 février 2014 consacre trois de ses pages à des extraits de la correspondance de Heinrich Himmler et de sa femme Marga de 1927 à 1945 année du suicide du SS. Ce sont des extraits en avant-première éditoriale (Plon ed. traduction O.Mannoni 350 p. fév 2014) d’une vacuité abyssale de lettres « d’un grand criminel et petit mari », mais aussi une photo aussi terrifiante qu’extraordinaire du petit couple et enfants en 1935. Rien que cette photo, ainsi que quelques autres en plus sur fond de lettres manuscrites, valent que Le Monde ait consacré tant d’espace au vide. Le Monde des Livres a trop rarement une  aussi grande générosité pour des auteurs et questions contemporaines que je crois être d’importance considérable. Nobody’s perfect.

En réalité, ce qui motive mon billet ici, est la présentation que donne Elisabeth de Fontenay.

La grande notoriété d’Elisabeth de Fontenay procède de sa philosophie pour la cause animale, secondairement, je crois, de la question naturaliste de la conscience cognitive et sensible animale. Les mots manquent pour dire la tristesse et l’empathie devant ce que sa famille, côté maternelle juive, a subi sous le nazisme : cette meurtrissure a marqué son œuvre et sa vie au plus profond ; et, on peut regretter, en effet, son refus de rééditer l’un de ses premiers ouvrages Les Figures juives de Marx.

Elisabeth de Fontenay fait une présentation de l’article en question en tant que philosophe. Elle pose la question de ce que ces lettres apportent et elle s’empresse de répondre : rien, elle dit son ahurissement devant ce terrifiant Himmler, un monstre. On ne peut pas s’empêcher de se penser que c’est un monstre de plus depuis que l’on sait que Göring se déchaussait en rentrant tard à la maison pour ne pas réveiller son canari (voir le Canari du nazi. Essais sur le monstruosité. Ed. Autrement, Collection des Universités populaires, direction Michel Onfray). Outre Göring, on pourrait lister tant et tant d’autres connus ou simplement anonymes.

Autrement dit, la présentation d’Elisabeth de Fontenay pose la question de ce que philosopher pourrait être devant cet évènement éditorial, elle constate les faits de ces lettres, en marque le caractère  terrifiant et propose deux interprétations sans consistance laissant le lecteur sur sa faim. En étant réducteur : ou bien Himmler est un lobotimisé affectif ou bien il a voulu préserver sa famille des horreurs. Il est possible qu’aucune interprétation ne soit possible, on admet que tout problème n’a pas sa solution ou une infinité de solutions ; mais au moins faut-il tenter de faire avancer les choses.

Madame, vous faites de Himmler un individu qui agit seul de son propre « vouloir » (quel que soit ce « vouloir ») ; or Himmler agit dans le contexte collectif du fascisme, il existe une relation entre l’action individuelle intentionnelle et de l’action collective ensemble, relation qu’il est essentiel d’explorer à partir de ce que nous disposons. Le contexte de Himmler n’est pas le contexte familial que l’on peut approcher en passant quelques minutes, mais le contexte avec les autres de la conférence de Wansee. Par ailleurs, si nous admettons qu’il n’y a pas discontinuité entre l’animal et l’humain, est-ce qu’il aurait été intéressant d’examiner les causes des déraillements de l’animalité chez les nazis (voir La fin de l’exception humaine de JM Schaeffer, Gallimard Essais, 2007). En bref, Madame, je crains que votre présentation ignore toute problématique en vue de penser et d’agir individuellement et/ou collectivement, aujourd’hui. Nous en avons besoin, une des fonctions philosopher est d’avancer vers la satisfaction de ce besoin vital, aujourd’hui encore une fois.

On veut poser le contexte collectif dans lequel Himmler existe, en lisant le Himmler de Peter Longerich Ed. Héloïse d’Ormesson, traduction de l’allemand R. Clarinard, 2010, 909 pages.

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