La lettre de Joël Dutto à Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur

Le 9 juillet 2014 Joël Dutto, père de l'un des fonctionnaires de l'ex Bac Nord, n'ayant pu obtenir d'être reçu par Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, a remis à son attention la lettre suivante :

 

M. Joël Dutto                                                                                                                    

                                                                                

 

                                                                    M. Bernard Cazeneuve              

                                                                        Ministre de l’Intérieur                           

                                                                          Place Beauvau               

                                                                           75008  Paris                 

 

                                                                          Marseille le 08/07/2014

 

Objet : BAC Nord Marseille

 

Monsieur le Ministre,

Le 16 avril 2014, je me suis permis de vous alerter, comme je l’ai fait avec votre prédécesseur, sur l’affaire de la BAC Nord Marseille.

Dans le courrier que je vous ai adressé, je faisais état de graves dérives dans les pratiques mises en œuvre par l’IGPN lors de l’instruction judiciaire et de l’enquête administrative.

Concernant l’enquête administrative j’en soulignais le caractère insidieux par, notamment, l’utilisation d’un faux témoignage et sa manipulation afin de créer une suspicion de culpabilité probable, fondée sur la notion de doute à charge, sans que cela soit étayé par des faits avérés.

Dans le rapport de synthèse, des appréciations à charge sont portées qui s’appuient sur des faits non établis. A l’inverse, des éléments d’enquête constatés, pouvant être cités à décharge, ne sont pas mentionnés. 

Le 4 juin dernier, Mediapart a fait état de retranscriptions inexactes, réalisées par l’IGPN, des enregistrements sonores des véhicules des policiers mis en cause. Ce constat s’appuyant sur l’analyse de ces mêmes enregistrements par un service de la police scientifique, le LATS (Laboratoire d’Analyse et de Traitement du Signal) d’Ecully.

Dans ce même article, les personnalités plus que troublantes des témoins à charge sont également mises en évidence. Je me permets de vous rappeler que ceux-ci ont été présentés comme des « sources distinctes, concordantes et crédibles » par le Commissaire Didier Cristini, ex chef de l’IGPN pour la zone sud.

Le 7 juin, le quotidien régional La Provence a publié un long article rapportant également l’utilisation dans l’enquête de retranscriptions non conformes à celles du LATS et citant des éléments de comparaison précis. Le soir même, ces révélations faisaient la « Une » des actualités régionales de France 3 Provence-Alpes.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                1   

Celles-ci vont dans le sens de mes alertes répétées, qui, à partir de faits précis, mettaient en doute l’honnêteté intellectuelle et le respect de la déontologie en regard des pratiques utilisées dans l’enquête administrative. 

A ce propos, il me semble légitime que vous vous interrogiez sur l’attitude de l’ex-chef de l’IGPN de la Zone sud.

C’est à sa demande que les juges en charge de l’instruction judiciaire ont autorisé l’annexion des retranscriptions réalisées par l’IGPN au dossier de l’enquête administrative. Or, il s’est abstenu de demander, de manière concomitante, d’y faire inclure également les rapports du LATS relatifs à ces retranscriptions. Il ne pouvait en ignorer l’existence, c’est sur sa réquisition que le LAST a été saisi pour analyser ces retranscriptions.

Les droits de la défense n’ont pas été respectés et ce choix arbitraire à porter atteinte au caractère équitable de la procédure et compromis l’équilibre des droits des parties.

Il n’est pas exagéré de considérer que cette enquête pourrait être entachée « d’un défaut d’impartialité d’un enquêteur »

D’autres dérives sont aussi à relever dans cette enquête administrative dont je pourrais vous exposer le détail.

Monsieur le Ministre, au regard de ces nouveaux éléments, je vous demande d’user du pouvoir de votre charge afin de réexaminer les sanctions disproportionnées et déraisonnables prononcées à la suite du Conseil de discipline des 16 et 17 décembre 2013.

Je vous renouvelle également ma demande d’audience afin de porter à votre connaissance l’ensemble des éléments qui ont dénaturé l’affaire de la BAC Nord Marseille, contribué à une médiatisation surdimensionnée de celle-ci et créé une situation défavorable aux membres de cette unité de police.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, mes respectueuses salutations.

 

M. Joël Dutto 

                 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                2   

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