UIMM : pourquoi le "papier" de Mediapart me semble à la fois utile et limité

L'affaire de la caisse noire de l'UIMM est triste, scandaleuse sous bien des aspects mais, permettez-moi de le dire, assez conforme à une certaine tradition française faite d'intérêts officieusement contraires mais de facto entremêlés. L'indépendance proclamée par beaucoup est loin d'être une réalité et l'argent reste le nerf de la guerre, dans un pays où l'on a souvent peur d'en parler et d'en discuter. On peut crier haro sur « DGS », sur le système dont ont bénéficié les uns et les autres, mais on a aussi le droit et le devoir de réfléchir de manière plus large.Parmi les multiples questions auxquelles la société française doit faire face ici, je me permettrais d'en souligner quelques unes qui me tiennent à cœur:1. Quel est le degré de corruption acceptable, ou inacceptable pour elle, donc pour nous ?2. En quoi sommes nous prêts à avoir un syndicalisme indépendant, et en tout cas, non dépendant des organisations patronales. Sur ce point je pense que la question financière, pour importante qu'elle soit, est loin d'être la seule en cause. Le fait même d'avoir un mouvement syndical en état de défensive permanente, avec un lien de plus en plus lâche avec les salariés dans leur diversité, voire leur précarité, ou leurs aspirations multiplie les occasions de dépendance. Depuis plusieurs années les négociations interprofessionnelles se déroulent sur la base de propositions patronales et, éventuellement, de contre-propositions syndicales: l'inverse a longtemps été vrai mais ne l'est plus....Pourquoi ?3. Que faire vis à vis des lobbies ? devons nous officiellement continuer à les ignorer, en nous donnant de facto bonne conscience, ou devons-nous les reconnaître pour les encadrer ? de ce point de vue là, nombre de pays industrialisés sont mieux organisés que nous...4.Avec l’UIMM, c'est toute la scène, tout le théâtre du dialogue social qui en prend un coup. Certes la dernière position "commune" des partenaires sociaux sur la représentativité syndicale est sans doute un pas fait dans la bonne direction et devrait mener à la constitution de forces syndicales moins groupusculaires. Mais il y a tant à faire en termes de représentation sociale adaptée au monde d'aujourd'hui que ce pas risque de rester insuffisant. 5. Enfin quid du devenir des organisations patronales ? La crise de l'UIMM pourrait bien accoucher sur des conséquences imprévues. Nombre sont ceux qui tiennent par exemple la négociation collective sectorielle ou territoriale pour un reliquat du passé et voudraient la voir se conduire exclusivement au sein des entreprises où la dépendance des uns vis à vis des autres est encore plus grande.Bref, la démocratie sociale a besoin aussi d'acteurs patronaux dont la restructuration est - la crise de l'UIMM en est un signe - aussi urgent que celle des syndicats. Je me permets de vous renvoyer au premier billet de mon blog sur mediapart qui s’intitulait : « UIMM pour aller au-delà de l’hypocrisie ambiante ». ces réflexions, je crois, restent tout à fait d’actualité. Claude Emmanuel TRIOMPHEwww.astrees.org

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