Malacca en cinq rencontres

Ibrahim "Hadji" Mushim dans la villa Sentosa, devant un lit ancien. © Claude Hudelot Ibrahim "Hadji" Mushim dans la villa Sentosa, devant un lit ancien. © Claude Hudelot
Au revoir Chère Malacca,

Je t’ai tant aimée.

Belle et décrépie, si chinoise dès l’abord,

cette Chine du sud des années 60,

que je croyais irrémédiablement disparue.

Non, trois fois non : la voici ici ressuscitée.

Malacca et ses canaux, Malacca et ses arcades protectrices de l’ardent soleil, Malacca et son labyrinthe, ses travelos faisant le

tapin à deux pas du Kampur Morten, ce délicieux

quartier de maisons de bois sur pilotis posées le long

du fleuve, où j’ai rencontré longuement Ibrahim « Hadji »

Mushim propriétaire d’un bijou nommé Villa Sentosa.

 

C’est une maison verte érigée dans les années 1920,

Lorsque son grand-père et quelques autres notables

musulmans de la ville – lui-même siégeait au Conseil

Municipal – obtinrent du gouverneur, Sir Morten,

un long terrain dans les faubourgs de Malacca.

 

Villa Sentosa, havre de paix, habitée par un doux zéphir

car tout ici fut conçu pour le bien-être de ses habitants.

Ainsi du patio, couvert d’un sol rouge légèrement incliné

vers la rivière pour l’écoulement des eaux pluviales.

 

Ainsi du salon de tête, de proue, ouvert au sud, au nord

Et à l’ouest. Ainsi de la haute cuisine, partie privative

que j’ai eu le privilège de visiter et où j’ai saluer la vieille

maman et l’épouse d’Ibrahim.

 

Son père était né…en 1898. Croyant avoir mal compris,

J’ai demandé à Ibrahim de me le redire. « Oui, 1898, je suis le dernier enfant et le neuvième fils d’une fratrie de douze. »

 

A l’entrée principale, se dresse un grand arbre généalogique témoignant de la fécondité de la famille Mushim, originaire de Sumatra (Indonésie) venue au début du XIXème siècle.

 J’ai vite compris pourquoi Ibrahim, qui parle un anglais orné, fut

si content que nous échangions tous deux en bahasa Indonesia.

Tellement content qu’il me nomma son « assistant » quand il

commença à expliquer dans la langue de Shakespeare les us

et les coutumes de la villa Sentosa, son histoire et les mille détails qui en font un lieu unique.

Ainsi de la chambre des hôtes ouverte sur le patio, de la chambre nuptiale jaune précédée d’un petit alcôve où trônent deux sièges rouges et plusieurs attributs rouges comme il se doit dans la tradition…chinoise !

 Une autre pièce renvoie elle aussi peu ou prou à la tradition des Célestes. C’est la salle où les frères et les sœurs d’Ibrahim viennent siéger lors de réunions solennelles. Au ras du plafond figurent le portrait des morts et des vivants. Plusieurs photos attirent l’œil, celle notamment d’une grande assemblée, plusieurs dizaines d’hommes revêtus de leurs costumes traditionnels. Au centre, un grand blanc avec son casque colonial. C’est le gouverneur anglais de l’époque – nous sommes au tout début du XXième siècle – qui se tient au centre. Il vient de remettre à chacun de ces notables tous vêtus de blanc – nous sommes en été, tous sont protégés du soleil par l’ombre des arcades – la plus haute distinction de l’Empire « in the the name of King George V » comme en témoigne le diplôme dont les couleurs ont passé.

 Dans le large couloir qui dessert une chambre et le salon de proue, est accroché un grand portrait du père d’Ibrahim. La photo représente un aristocrate musulman conscient de son autorité. Ibrahim explique avec malice que la photo fut prise chez dans un studio de Malacca. Le négatif fut ensuite envoyé à Londres. Puis le tirage s’en vint jusqu’au fameux détroit, puis à la ville de Malacca…

 J’aime aussi cette image du Conseil du Sultanat de Malacca, présidé par le Conseil. Le père d’Ibrahim se tient debout, troisième à gauche au deuxième rang. Il est le seul à porter une coiffure, noire. Petit, mince, très, très sérieux, portant lunettes cerclées. Le gouverneur et les dirigeants les plus importants de la communauté malaquéenne sont assis. Impressionnant.

 Pour finir et alors que je servais de traducteur entre le maître de maison et une famille de parisiens, celui-ci me confia en aparté qu’il allait ouvrir, en mon honneur, une vitrine pour en extraire un minuscule exemplaire du Coran que sa famille chérissait depuis plus d’un siècle. Ce qu’il fit.

 Dans la vitrine, sont aussi posés plusieurs appareils photo américains, japonais, une petite caméra 8 vraiment ancienne et un appareil de projection très vintage lui aussi. « Que sont devenues les pellicules ? » « Nous sommes en train de les faire digitaliser ».

 Les groupes de visiteurs se succédaient. Ibrahim, inlassablement expliquant l’histoire de la maison, le déplacement du bourg voisin jusqu’au Kampur Morten, la sophistication d’une architecture au service du bien-être de chacun, l’histoire glorieuse de sa famille et son rôle au sein de la communauté.

Lui-même était vétérinaire. A sa retraite, conscient de posséder une rareté, il décida, en accord avec sa fratrie, d’ouvrir la maison aux visiteurs tout en continuant d’y habiter et d’entretenir le jardinet. Et Ibrahim, après avoir demandé aux visiteurs de noter leurs noms, leurs nationalités et de donner un avis sur la qualité de l’accueil, de mentionner sans ostentation que la Villa Sentosa se situe hors de l’espace déclaré Patrimoine mondial par l’Unesco, il glisse qu’il ne reçoit aucune subvention. A peine murmure-t-il que l’on peut déposer une donation dans une jolie boite ronde en bois placée au bord patio.

Nous nous sommes promis de nous revoir. Ce ne sont pas des mots vains.

Ma seconde rencontre fut tout aussi décisive. Au point qu’elle engage peut-être un peu de mon avenir, je n’en dirai pas plus.

C’est celle avec un couple chinois – chinois de Malacca imprégnés de leur culture originelle, au point de se parler entre eux dans un mandarin très pur – Grace et Hoe, lui artiste s’inspirant du style classique chinois, elle tenant l’immense boutique nommée Malacca House, soit des centaines de mètres carrés répartis sur deux niveaux, une maison d’une profondeur extravagante, comme nombre d’entre elles située sur la rue, où habite toujours l’artistocratie chinoise et peranakan. Un bel immeuble de pur style chinois.

Malacca House, c’est avant tout un magasin d’antiquités chinoises de haute qualité.

Bouddha y est à la fête. Certaines statuettes sont cachées aux yeux du visiteur landa. D’autres visages énigmatiques aux lèvres pulpeuses et aux oreilles allongées essaiment tout le magasin.

Mais aussi des coffres, des meubles hauts, des panneaux, des « bian e », ces panneaux horizontaux auspicieux, des porcelaines souvent remarquables, des peintures, des objets de la dynastie Qing surtout (1644/1911)…Tout amateur averti sortira de là étourdi, époustouflé. Deux lions de pierre marquent l’entrée. J’ai beaucoup aimé certaines tables à rouleaux, une tête de Bouddha polychrome datant me dit Grace –et je la crois – de la fin des Ming, pas moins. Son prix semblerait presque raisonnable.

Grace a souhaité ensuite me montrer une partie seulement ouverte au public lorsque le couple monte des expositions d’art. Deux peintures, dont une, surprenante de Gorbatchev, sont restées accrochées, tout comme une série de photos montrant la disparition inéluctable du port de Malacca.

C ‘est là certainement l’une des rares déceptions de ce séjour : le fait que cette ville, que l’on associe à son détroit, ne soit absolument pas tournée vers la mer. Pas de plage et une marina qui frise le ridicule.

Après avoir bu force de thé – Hoe suivant la tradition ancestrale – Grace m’a proposé de visiter leur propre maison, à deux pas de là.

Un joyau. Très zen. Tout le contraire de la Malacca house. Quelques meubles seulement, parmi lesquels un lit luohan des style mi chinois mi art déco. Une longue table de calligraphie avec les pinceaux soignant rangés. Deux vases indiens posés sur une table, devant une calligraphie du maître évoquant l’humilité que tout bouddhiste se doit de respecter. Et entre les deux vases, trois petites assiettes chinoises en céladon, ornées de poissons.

Entre les espaces, au premier une sorte de passerelle. Près de la fenêtre, une table et plusieurs chaises. Rien ici d’ostentatoire.

Deux petites cours accueillent, l’une un bambou attiré vers la lumière et projetant son ombre sur les stores de bambou peint en blanc, avec une très large bande noire. Plus tard, je suggérerai à tous deux de lire Eloge de l’ombre d Junichiro Tanizaki.

Puis vient une seconde cour, envahie par un frangipanier qui y prospère. Là, nous avons dégusté un délicieux expresso servi par l’assistante de Grace.

Au début de notre rencontre, je lui avais dit le but de ce voyage : mieux comprendre ce qu’était vraiment la culture peranakan et ces Baba Nyonya mythiques et mystérieux qui furent l’objet récemment du expo au Centre Pompidou, expo que j’ai ratée.

Nous avions alors feuilleté un livre qui était apparu..deux jours avant. Intitulé Baba Nyonya Heritage, Peranakan Weddings from a Malaccan perspective » écrit par Charles K .K Hua.

Grace m’a alors confié connaître l’une des filles de ce dernier, la cadette, Sweet Leen, persuadée que celle-ci accepterait de soutenir un projet que je commençais à entrevoir. Wait and see…

Hier encore, nous avons passé un délicieux après-midi autour de la table de thé de la Malacca House, où passaient des touristes le nez en l’air. Des occidentaux, des chinois éberlués aussi.

Avec Hoe, nous avons évoqué l’art de Zao Wouki, dont il est un fervent admirateur. Et d’autres figures, comme Xu Beihong, dont l’un des chevaux galope sur un des murs peints de Malacca.

Car celle-ci a « copié » George Town, que l’on dit gorgée de ceux-ci. Une autre originalité de Malacca, ce sont ces pousse-pousse aux allures de carrosse couverts de tubes de néon aux formes serpentines qui s’allument et clignotent la nuit venue.

Grace avec eu la délicatesse de me recommander auprès d’un de ses amis Baba, Chris Lee.

Celui-ci, jeune retraité, habite avec son épouse, Sindi, dans une suite de bâtiments des style anglais à dix minutes du centre-ville.

Dans la maison mère, Chris a rassemblé une collection d’objets Nyonya surtout : bijoux, chaussons brodés – c’était le lot à l’époque des futures - , vêtements d’une finesse inouïe, couleurs chatoyantes ou plus discrètes pour des vestes que la veuve devait porter une année durant ; photos, fauteuils dits de Malacca, mêlant plusieurs styles où le british est facilement identifiable ; pièces en or ancienne, certaines d’Angleterre, servant de boutons de chemise ; attributs de mariage divers et variés ; vaisselle Baba que ceux-ci faisait produire en Chine, avec notamment de beaux « cinq couleurs » ; étonnants petits sabots de bois pour l’intérieur…

A ce propos, l’une de mes plus grandes joies, ce fut de découvrir, dans la plupart des lieux visités, y compris les temples et les mosquées et bien entendu dans les maisons d’aristocrates, dans les édifices construits par les associations de bienfaisance, dans les pharmacies anciennes, des sols de carreaux de ciment à l’identique de ceux qui enchantèrent mon enfance dans la maison de mes grands-parents, à St Thibault, Côte d’Or. Un ancien presbytère.

Les sols de Malacca, m’a précisé Grace, viennent pour la plupart d’Angleterre. On les trouve aussi dans les maisons les plus humbles, comme celle de mon « homestay » et bien entendu dans certaines parties de la Villa Sentosa.

Mon avant- dernière rencontre fut la plus improbable.

Ayant relevé, dans l’ouvrage précité, que les aristocrates possédaient une seaside house au bord de l’eau, dans un lieu-dit nommé Limbongan, je me suis rendu là-bas. Chou blanc.

Poussant ma recherche un peu plus loin, vers la petite ville côtière de Klebang, je lis « Baba Nyonya Seaview Restaurant ». Je freine, vire et m’arrête à deux pas d’une Harley Davidson rutilante, qu’un jeune homme était en train d’astiquer. Je le congratule…Mais non, le monstre ne lui appartient pas. C’est à son patron.

Je demande alors au jeune homme, natif du village, comment découvrir les seaside villas. Il ne connaît pas et me conseille d’entrer dans le bureau attenant au restaurant.

Une jeune femme charmante me reçoit. Je « sais » qu’elle est Nyonya. « Oui », me dit-elle. Je réitère ma question. Elle est confuse, ne sait pas. Et me conduit à son père. Nous avançons sur une terrasse couverte de taille respectable ouvrant sur un bras de mer.

Celui-ci trône avec une tablée de douze malabars couverts de cuirs. Sur le dos de l’un d’entre eux, « Eight Demons, Malaysia»…

Le père de la jeune Nyonya, lorsque j’évoque mes modestes recherches, me montre triomphalement son bras droit, où se dresse un scorpion menaçant, un scorpion Baba !

Il est pressé, ne peut me répondre, me tend sa carte…et me propose de suivre son gang…Photos. Puis à fond la caisse sur l’autoroute, où je réussis à les filmer. Il se nomme Mike. Nous nous séparons devant un café, dans la banlieue de Malacca. Je lui lâche qu’il pourrait être l’un des acteurs de mon projet. Eclats de rire et promesse de se revoir, une invitation à la clé dans l’île de Tioman, que tout Malais tient pour l’une des deux plus belles îles du pays…Ciao, ciao my friends !

Dernière rencontre. La plus épique.

Le 1er août au soir, je décide d’abandonner un temps mon scooter. Il fait moins chaud. Je sais déjà où je dînerai : dans un boui-boui au coin de ma rue. Les tables sont pleines, bon signe.

Je fais quelques centaines de pas. Et là, mes oreilles explosent. Résonnent le son, que dis-je le bruit infernal de cloches, de tambours…Un temple taoÎste brille de tous ses feux.

En fin d’après-midi déjà, j’avais bien vu des gens, chinois sûrement, brûler devant leur maison, leur boutique, leur garage, des papiers selon une tradition que j’avais découverte jadis à Macao et parfois dans des villages reculés de Chine. A Malacca, certains avaient en outre posé à même le sol des bougies rouges. Une étrange et belle atmosphère. Oui, mais pourquoi ?

J’entre dans le temple sur la pointe des pieds. Et commence à filmer avec mon iphone.

A droite, une cloche aux dimensions respectables. Un homme tire la corde avec une régularité qui force le respect. A droite, un très gros tambour, sa peau à la verticale. Ici, l’exercice se veut plus sportif. Au point d’ailleurs que les percussionnistes se succèdent après une bonne suée.

Du même côté, un peu plus loin, un homme aux allures de bateleur de foire, la tête ceinte d’un bandeau rouge, le torse nu, se tient assis sur un tabouret. Il tremble. Il est entré en transe. Celle-ci durera trois quarts d’heure. Elle passera par des phases de gesticulations insensées. Il se lève, les yeux toujours fermés, va un temps frapper avec violence une table ronde autour de laquelle trois hommes ne cessent de battre tambour, un quatrième hurlant en outre ce qu’un novice pourrait prendre pour des imprécations. Il suit en fait un protocole écrit en bahasa Indonesia, page de droite, et en chinois. Il sue à grandes eaux.

Non loin de lui, tout près de l’autel où brûlent plusieurs bâtons d’encens et où des statuettes de dieux accueillent le croyant venu faire en temps ordinaire ses génuflexions, une femme tremble elle aussi. Lorsque je la découvre, elle est assise, le poitrail et les mains sur une table, entourée de deux assistantes près à la secourir au cas où.

Peu à peu, probablement portée, comme notre malabar par un son de plus en plus assourdissant, de plus en plus rythmé, elle va connaître un état second qui ne semble pas du tout simulé.

Tous deux, dans une seconde phase de leur transe, se verront recouvrir d’habits traditionnels. Elle restera tête nue, tandis que l’homme portera un grand bonnet rouge et or. Lui aussi transporte abondamment. Ils vont les yeux fermés.

Lorsque celui-ci semble au comble de sa transe, un servant place devant lui un carnet de longues feuilles de papier.D e la pâte d’encre rouge, celle-là même que l’on utilise pour imprimer les sceaux, est prête.

Commence alors ce qui restera l’acmé de cette cérémonie taoïste : chacun, chacune va s’emparer d’un pinceau trempé par un autre servant dans la pâte rouge et dans un geste d’une rapidité fascinante, va « calligraphier », ou « balafrer » des signes, rayures fulgurantes, signifiant d’un geste qu’il a terminé.

Seraient-ils l’un et l’autre assez conscients malgré tout ? Un geste qui de plus semble bien indiquer quelle est la destination à venir du papier, ce qu’un troisième servant tente de décoder. Puis le papier s’en va.

Chris m’expliquera que certains des ces papiers seront pieusement conservés dans une famille, une maison. D’autres seront brûlés et leurs cendres répandues. Ou bien saupoudrées dans un breuvage, par exemple dans un biberon d’un enfant malade. Ce serait radical.

Dans un dernier temps, toute la compagnie, y compris les percussionnistes, sont montés à l’étage supérieur de ce temple pas ordinaire. Lui le premier, guidé par deux servants. Il tient une épée avec laquelle il fera plusieurs tourniquets devant un second autel.

Depuis un moment, et ce déjà en bas, j’ai cru comprendre que la petite dame se prenait pour un oiseau. Clairement, elle pépiait encore et encore. Des pépillements très aigus. Personne ne rit. Mais personne non plus n’est trop sérieux. D’ailleurs, certains des acteurs de second plan me glisse de temps en temps un sourire, histoire de me rassurer.

En haut, après les gesticulations de notre homme, qui me fait tout de suite penser à un des héros du grand roman « Au bord de l’eau » (La Pléiade, traduction de Jacques Dars), la petite dame occupe la scène, et de quelle manière ! Elle manie un très long fouet dont les filaments sont faits de laine dirait-on. Joli ballet.

La tension est tombée, tout comme le son.

Cette cérémonie, tout comme les gestes de piété relevés plus tôt, à bien des égards semblables à certains sembayang balinais, visent à repousser les démons et à entrer en communication avec les défunts. Ce 1er aout ouvre un cycle d’un mois. Le 7ème si j’ai bien compris. Une seconde cérémonie se déroulera le 8 août.

Saya sudah berhuntung. J’ai eu beaucoup, beaucoup de chance.

Je sais déjà que je reviendrai à Malacca. Ce sera en novembre…

 

 

 

 

 

 

 

 

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