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Billet de blog 11 août 2012

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La folie Dali

non, non, pas Salvador! Dali, vieille cité du Yunnan, ses remparts, son doux climat. Le Yunnan, "au sud des nuages", province idyllique, où vient de s'ouvrir en fanfare la quatrième DIPE, Dali International Photography Exhibition, ce 10 août 2012.

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non, non, pas Salvador! Dali, vieille cité du Yunnan, ses remparts, son doux climat. Le Yunnan, "au sud des nuages", province idyllique, où vient de s'ouvrir en fanfare la quatrième DIPE, Dali International Photography Exhibition, ce 10 août 2012.

Oui, oui, folie car l'organisateur de ce festival, Bao Lihui (1), photographe de renom et éditeur, vient hier d'annoncer la couleur lors de deux réceptions parallèles, l'une pour les officiels et les soi disant "personnalités", l'autre pour plusieurs centaines de professionnels de l'image: nous allons découvrir, durant les cinq prochains jours, pas moins de deux cent expositions!

Folie car celles-ci seront décrochées dès le 16 août, turn over touristique oblige, Dali, petite cité au charme jadis désuet étant devenue, depuis quelques années, la mecque du tourisme "branché", écolo, tourné vers les "minorités nationales" - ici les bai, qui tiennent restaurants et boutiques -, vers l'exotisme. Lorsque l'on pénêtre dans la vieille ville, ce ne sont qu'échoppes, gargotes, salons de massage, brocantes...Fait rarissime en Chine, on peut y voir des longs nez faire la manche en grattant leur guitare et en poussant leur chansonnette.

Folie encore car les expositions sont accrochées dans une suite d'espaces au coeur de la ville, dans une résidence pour nouveaux riches et dans un troisième lieu excentré que nous découvrirons bientôt. Mais aussi dans les rues piétonnes, quitte à avoir le tournis. De plus, Bao Lihui a décidé de déléguer les choix artistiques à une quinzaine de commissaires, ces incontournables "curators", chinois, mais aussi français, sud-africain, taiwanais, japonais, hong-kongais, au risque de créer un joyeux chaos! 

Pourtant, ce que nous avons aperçu nous enchante déjà. Deux collections exceptionnelles tout d'abord: celle rassemblée par un Taiwanais, qui présente des "vintages" de Paul Strand, Alfred Stieglitz, Edward Steichen, Edward Weston. Un régal. Et surtout, la collection Stephen White. Lui-même est l'invité d'honneur de ce festival. Les professionnels présents et le public pourront découvrir, grâce à cet américain clairvoyant, une véritable histoire de la photographie en une centaine d'images souvent cultes, de Talbot, Baldus, Cameron, Curtis à Robert Frank, Seydou Keita, Edouard Boubat, Bob Rauschenberg, Joel Meyerowitz, Sebastiao Salgado, Robert Mapplethorpe, Helmut Newton et des dizaines d'autres Grands...Ajoutez-y, pour faire bon poids, les lauréats du World Press Photo 2011.

Et puis, au premier coup d'oeil, il semble bien qu'apparaisse une nouvelle tendance chez les jeunes photographes chinois, hyper majoritaires. Nombre d'entre eux, qui souvent il est vrai vivent à l'ouest du pays, veulent à tout prix montrer des régions inhospitalières, désertiques, le plus souvent inacessibles.

Pour preuve deux expositions: la première est composée de plusieurs grands panoramas pris par  Long Jiang à la chambre aux confins de la Chine, dans les provinces du Xinjiang, du Yunnan, du Sichuan, au Tibet.  Des images souvent saturées de couleurs vives, grandiloquentes mais qui ont le grand mérite de détruire le cliché encore trop bien ancré selon lequel ce pays serait une immense fourmillière humaine. Ces paysages infinis, quelques rares fois parsemés de troupeaux, de cabanes isolées, ne manquent pas de souffle. Certains, saisis durant l'hiver, atteignent même une vraie beauté. L'ensemble est réuni dans un livre aux dimensions pharaoniques pesant 13 kg. Une folie.

Une vingtaine de photographes rassemblés par le curateur Shi Ming ont investi une maison traditionnelle, avec sa cour carrée, au coeur de Dali. Cette exposition s'intitule Cai kan fengjing "revoir" ou "revisiter le paysage". Y sont présentés par exemple les travaux archaisants de Lu Yangpeng, que j'avais découvert l'année dernière au festival photo de Cao Changdi, à Pékin. 

Au premier étage de cette charmante demeure, une demi douzaine d'images sont collées à même une plaque de verre transparente. Leur format: 20 X 24 pouces, tout comme celui de la chambre spécialement conçue pour effectuer ces prises de vue, selon un procédé inventé en 1842 par John Herschel. Jing Ping, leur auteur, me confie d'emblée que cet appareil "fait main", chinois, est une pièce unique, tellement lourde qu'il faut plusieurs hommes pour la transporter.

La transporter où? Sur le Toit du Monde! Jing Ping, sichuanais, la quarantaine robuste, un regard à la Picasso, surnommé par ses pairs Huang di, "l'Empereur", business man millionnaire apparemment retiré des affaires, mène avec plusieurs valeureux alpinistes des campagnes qui tiennent de l'exploration, grimpant jusqu'à 6000, voire 7.000 mètres sans masque à oxygène. C'est du moins ce qu'il m'a affirmé hier. 

La chambre une fois posée face à ces paysages grandioses, Jing Ping tente de saisir le tumulte majestueux des Himalayas. Il y réussit parfois. Toutes les images déclinent, sur toute leur surface, une subtile variation de bleus, altitude oblige. L'âpreté, la brutalité de ces espaces est proprement sidérante.

La plus extraordinaire de ces images est double - un panorama composé de deux 20 X24 pouces -: au premier plan, un lac gelé, partagé par une nappe d'eau bleu foncé. Tout autour de celui-ci, un cirque glaciaire déchiqueté, avec ses parois verticales miroitantes, ses miliers des stalactytes. Au fond, un ciel plombé, menaçant. 

Au bord de l'image, deux silhouettes humaines minuscules, épaisses et fragiles. 

Il faut être un peu fou, un peu bravache aussi, pour tenter de telles aventures. La nouvelle génération adore relever de tels défis. Que nous disent-ils? Que rien n'est impossible. Que de nouvelles aventures doivent être entreprises.  Que leur pays n'est pas forcément celui que l'on nous montre.

Et aussi, dans cette toute dernière image, comme dans les plus grandes oeuvres de l'art classique chinois, que l'Homme n'est rien, ou si peu, face à la Nature. 

                                                     *                                                                                                             

(1) Avec l'ami Bao, nos chemins s'étaient croisés en 2001, lorsque je préparais, pour Le Septembre de la Photo de Nice, "l'Album de la Maison Chine", treize expositions de douze photographes chinois. A Kunming, capitale de la province du Yunnan, Bao m'avait montré deux de ses travaux. L'un portait sur un camp de rééducation contre la drogue, fléau de cette région située non loin du "triangle d'or", l'autre sur une vallée perdue du Yunnan où vit une communauté catholique. Thierry Girard, qui venait à l'époque d'entamer son grand cycle sur la Chine, avait pour sa part présenté ses propres travaux lors de ce Septembre de la Photographie. 

Bao Lihui a souhaité m'invité à ce quatrième festival, où je retrouve avec plaisir mon ami Bob Pledge, Président de Contact Press Images, qui présidera le jury des différents prix attribués bientôt ici. Xiao Bao - terme affectueux, "Petit Bao", puisque je suis son aîné - ne m'avait pas dit qu'il me "bombarderait" Song guwen, top advisor, "conseiller général" du festival...Après tout, pourquoi pas???

Voici un portrait grimaçant de Bao Lihui, notre sympathique "laoban", fondateur / directeur du festival de Dali...

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