Grève à Radio France: "Qu'il est con"

En ce jour de grève à Radio-France, j'écoute une chanson de la playlist d'Inter. C’est toujours mieux. Les annonces matinales bombardent l'antenne: "En raison de", "l'ensemble des syndicats"... Ici, à Bali, c'est déjà l'après-midi. J'ai beau être très loin, je devine la colère: çà gronde dans cette maison ronde qui fut longtemps la mienne. 

Le refrain de la chanson, c'est "Qu'il est le con".

Qu'il est con ce gouvernement. Qu'il est con ce Macron. Oui, très, très intelligent, bla bla...Quel manque de vision!

Sur facebook, une amie, Irène Omelianenko, ancienne productrice puis responsable de France Culture, a posté avec malice un entretien de ce grand homme de radio que fut Alain Trutat, créateur de l Atelier de Création Radiophonique. Non pas une émission, comme Trutat lexplique, mais un lieu, un labo. Un atelier. Trutat qui considérait à juste titre la radio comme lun de nos beaux-arts. Cette radio là. La nôtre.   Et puis, par nostalgie, Irène a ajouté limage austère dun Nagra, ce magnétophone mythique conçu par un génie nommé Kudelski . A la vue de cet appareil ouvert, offert, prêt, si prêt, avec sa bande magnétique (15’pile poil), mon cœur a fondu.

Partir avec le Nagra à l'épaule, avec un technicien le plus souvent, c'était toujours partir à l'aventure. Au coin de la rue, dans un village des Vosges l'hiver, sur le causse du Larzac ou du Méjean, les quais de La Rochelle pour une série sur la danse contemporaine ; à Bamyan (Afghanistan), dans les ruines de Shar Y Gorgola, "la villes des murmures" ; à Tokyo à la recherche des Burakumin, ces mal aimés ; au fin fond du pays cajun pour enregistrer une conteuse noire ou l'accordéoniste Nathan Abshire à Mabou deux semaines avant sa disparition, entre l'une des trois gorges du Yang Zijiang tandis qu'un lettré récitait un poème de la dynastie Tang ; à cheval entre la Chypre grecque et la turque, lors d'un des quatre après-midi de France-Culture consacrées aux murs ; à la poursuite de Merce Cunningham à Manhattan ; en Sicile, pour une matanza fixée pour l'éternité par le grand Sebastiao Salgado ; dans la centrale pour « longues peines » de St Maur en compagnie du compositeur Nicolas Frize ; (trois Bon Plaisir), sur l'île de Cheung Chau (HK) pour "Cheung Chau, jour de fête, jour ordinaire" qu'Alain Trutat choisit, en 1980, pour concourir au Prix Italia, dont nous fûmes les "Poulidor", doublés par Yann Paranthoën...

Le coeur d'Alain Trutat battait pour l'Atelier de Création Radiophonique, le très janséniste "ACR.". Et le mien  pour Les Après-Midi de France Culture, ce bouillon magnifique.

le roi Nagra © inconnu le roi Nagra © inconnu
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