Le CPL et la sécurité des données

Les publications très orientée d'ENEDIS sur Linky dissimulent un véritable danger : l'utilisation massive et permanente d'échanges d'informations par la voie CPL que l'on cherche à imposer en détournant les fonctions de ce compteur « communicant ».

Deux articles de ce blog ont déjà été consacrés au sujet Linky ; de nombreux autres analystes ont pris position sur internet mais le sujet semble inépuisable. Ainsi, l'un des aspects les moins développés et pourtant des plus impactant est l'installation de milliers de compteurs communicants avec Linky en « grappes » dans les grands ensembles immobiliers.

Tout un périmètre de logements (jusqu'à 2000 nous dit-on) est alimenté par un même courant sur une tension standard 50 Hz 220V, distribué par un même transformateur : si l'on injecte une porteuse CPL en un point quelconque de ce réseau, elle se répartira de la même façon dans tous les fils de tous les appartements, alimentés au travers de tous les compteurs, qu'ils soient communicants ou non. Il en sera de même pour les données CPL injectées à une autre fréquence sur les mêmes fils.

En d'autres termes, en l'absence de filtres qui n'étaient pas prévu, car le réseau n'était sensé véhiculer qu'un seule courant, toute information prélevée  par un compteur communicant dans les fils sera aussi diffusée dans chaque appartement alimenté par le même transformateur, y compris dans ceux qui, ayant refusé Linky, n'auraient pas de compteur communicant. Il n'y a donc plus, dans ces conditions, de propriété privée pour les données en circulation, à moins que ces données ne soient chiffrées et la clé de déchiffrement inviolable.

C'est pourtant vrai, et cette déduction est confirmée par le récit suivant sur la véracité duquel j'engage ma responsabilité:

« Chaque matin au petit déjeuner, j'écoutais les informations à la radio sur France Inter, jusqu'au mois dernier, soit quelques jours après que une soixantaine de compteurs Linky soient installés parfois à l'insu des résidents dans mon immeuble contenant 150 logements, . Ayant moi-même refusé cette installation et notifié ce refus je ne semblais pas devoir m'inquiéter pour la protection de mes données, jusqu'à la mise en service des linkys de certains de mes voisins où ma station radio préférée devint pratiquement inaudible au voisinage de 8h du matin et jusqu'à tard le soir avec un niveau de bruit incompatible avec une écoute normale. Déplaçant le récepteur loin des fils, du réseau d'alimentation, le phénomène disparaissait.

Ayant un passé d'ingénieur spécialisé dans la transmission radioélectrique, je soupconnais rapidement qu'une émission  extérieure devait perturber la réception sur une fréquence très voisine de celle de ma station préférée.

Après un moment de réflexion, je finit par imaginer une liaison possible entre les deux événements concomitants  et je me procurais un mesureur de champ électromagnétique HF compatible avec les fréquences portées par le CPL de type G 3 installé dans l'immeuble. J'ai utilisé le modèle 190 de chez TENMARS dont on retrouvera les caractéristiques aisément sur Internet.

Je réalisai deux séries de mesures, l'une à une trentaine de cm d'une concentration de fils d'alimentation, et l'autre dans une autre pièce à 2 m environ de tout fil d'alimentation pour obtenir une référence de bruit ambiant dans la même bande de fréquence que celle mesurée à proximité des fils. Je vérifiais en coupant et rétablissement l'alimentation de tous les équipements informatiques de l'appartement que la mesure du niveau CPU sur les fils n'en était pas affectés par eux, et en voici les résultats :

  • Loin des fils, que l'ordinateur et que la wifi de ma box soit allumée ou éteinte le niveau HF mesuré ne dépassait jamais 0,6V/m.

  • mesuré près des fils dans les mêmes conditions : le résultat des mesures successives montrait une succession d'impulsions de champ électrique variant entre 05V/m et 10 V/m chacune correspondant à un linky installé plus ou moins loin du point de mesure, avec des plages sans signal correspondant aux compteurs linky non encore installés qui bien sur n'émettent pas.

  • Les niveaux enregistrés sont fonction de la distance de chaque linky émetteur au point de mesure et, malgré le caractère sommaire de la mesure c'est assez reproductible d'un jour sur l'autre,de 8h à 24h, montrant le caractère cyclique du rythme de lecture des compteurs de la grappe

C'est à peine croyable : A une époque ou le pillage des données privées est devenu un sport international pratiqué en toute légalité pour satisfaire l'industrie du « big data », une société anonyme encore contrôlée par EDF, actionnaire majoritaire et établissement public aurait décidé de mettre à disposition de tous les hackers potentiels de l'immeuble les données prélevées par chaque compteur !

Les résultats seraient sans doute différents dans un immeuble nouvellement construit respectant toutes les conditions des norme électromagnétiques et de la norme d'installation des réseaux électriques en vigueur : l'immeuble en question, construction d'après guerre au siècle dernier, bien que correctement entretenu est dérogatoire sur bien des points comme la mis à la terre insuffisante des prises de courant ou l'installation des compteurs ( qui à l'époque n'avaient pas tendance à s'échauffer) sur des panneaux bois combustibles. La majorité des immeubles construits avant 1950 sont dans cette situation et ENEDIS n'a pas éprouvé le besoin d'en vérifier les conditions avant d'installer ses nouveaux compteurs.

Il semble bien que,alerté sur la visibilité de cette absence de contrôle qui pourrait lui être reproché, ENEDIS publie actuellement un avertissement à ses clients leur enjoignant de vérifier eux-même la conformité de leur installation, lorsqu'il arrive qu'ils se plaignent de disfonctionnement de certains équipements après l'installation d'un Linky. On peut considérer que l'essentiel des immeubles construits au siècle dernier, c'est à dire datant de plus de 20 ans ne sont pas conformes aux normes de sécurité actuelles et donc que l'installation de compteurs utilisant CPL aurait du être proscrite.

Au vu des résultats mesurés, on peut au moins constater que le niveau moyen reçu de rayonnement CPL dans les fils et dans les conditions du test est considérablement supérieur au niveau WIFI à l'intérieur de mon appartement.

Si vous en doutez encore, l'expérience peut être renouvelée aisément dans les mêmes conditions, si vous habitez dans un immeuble ou ENEDIS a imposé ses compteurs communicants et si vous disposez d'un détecteur de champ électrique (que l'on peut louer).

Le CPL est donc bien présent sur tous les fils et la pollution électromagnétique qui en résulte s'étend à tous les appartements, qu'ils aient reçu ou non un linky en cadeau. Le niveau de chaque porteuse reçue émise par un compteur  dépend de l'endroit de mesure par rapport à celui de sa production, en raison de l'atténuation dans les fils. Le niveau moyen détecté au voisinage des fils d'alimentation semble nettement supérieur à celui que les médecins estiment tolérable pour une personne électrosensible.

Ce signal CPL brut contient aussi de l'information dont on nous affirme qu'elle sera cryptée pour être protégée. Existe-t-il vraiment un code inviolable pour des hackeurs décidés ? Ils sont de plus en plus efficaces au fur et à mesure que la technique leur donne des moyens technologiques. ENEDIS a fait savoir récemment qu'il s'intéressait à la commercialisation des « big data » et est aussi impliqué dans le développement de la 5 G dont l'un des buts affichés est de permettre la circulation et l'échange à grande échelle des mêmes « big data ». Les hackeurs ne sont donc pas seuls en cause. La chasse aux données privées est ouverte sur les réseaux CPL et ENEDIS y participe.

Quelles sont donc ces données dont la fuite est si redoutée ?

Il n'est pas sur que ce soient en premier lieu les données de consommation globale, que les solutions techniques choisies ne permettent d'ailleurs sans doute pas d'enregistrer en temps réel, mais le marché des objets communicants, qui représenterait déjà 100 milliards de dollars aux USA a tendance à pénétrer de plus en plus dans la résidence du citoyen moyen. D'ici quelques années ce marché prendra une place prépondérante dans notre quotidien et son contrôle du RFID au contrôle des véhicules autonomes constitue un volume financier incroyable..

Comment s'en protéger ?

Il y a actuellement déjà des filtres HF prévus que l'on peut installer en amont du disjoncteur, mais leur efficacité est encore discutée. Si leur nécessité se généralise, il y aura sans doute quelque progrès et leur prix encore élevé devrait baisser.

ENEDIS est bien conscient du danger qui le priverait de l'accès aux appartements car la pause d'un filtre rendrait les objets installés dans l 'appartement à l'abri de toute commande ou contrôle extérieur par CPL : Dans un rapport de 2016, ANFR indique que les ingénieurs du LINKY ont prévu un connecteur d'interface permettant l'intégration d'un émetteur radio Linky (ERL) optionnel associé aux services proposés aux clients qui contournerait le piège du filtre bloqueur de données sur CPL.

En conclusion :

La France en choisissant la solution Linky alors que d'autres (Allemagne, Belgique, Portugal, Californie …) étaient plus réservés a sans doute été imprudente en suivant une fois de plus les recommandations du lobby de l'énergie et de la communication sans en analyser toutes les conséquences.

Les dégâts financiers qui seront au final supporté par les usagers, soyons sans illusions, sont déjà considérables avec notamment la destruction de milliers de compteurs en parfait état de marche et les orientations prises qui ont peu de relations avec l'intérêt général.

Peut-être est-il encore temps – mais le temps presse – que l'ADEME lance une enquête indépendante, comme elle avait été demandée par la CRIIREM en mai 2016 lors d'une table ronde à laquelle participaient aussi autour de François de Rugy, alors ministre de l'écologie, l'ANSES, l'ANFR et des parlementaire ainsi que, bien sur ENEDIS, La proposition avait été acceptée mais n'a jamais été suivie d'effet et la nouvelle version de Linky, utilisant la version G 3 de CPL beaucoup plus intrusive que la précédente a été développée et installée depuis 2017 sans plus de discussions ni contrôle de qui que ce soit en charge de suivre son installation.

Le centre Scientifique et technique du bâtiment (CSTB), dans un rapport final émis en novembre 2017 rédigé à la demande de l'ANSES pour évaluer l'exposition de la population aux champs électriques Linky a réalisé son étude sur des compteurs utilisant le mode G1 opérant à des fréquences bien moins élevées que dans le mode G3, ce qui en modifie évidemment les conclusions. Les Linky G3 dit-on n'étaient pas encore disponibles et leus caractéristiques en opération dans des grappes urbaines n'a donc pas été vérifiée, sinon dans certaines zones expérimentales sous contrôle d'ENEDIS dont les résultats tardent à être diffusés.

En tous cas, le simple principe de précaution devrait inciter les clients d'ENEDIS à réfléchir un peu avant de confier aux opérateurs sous-traitants du distributeur d'énergie les clés de leur appartement  ou de faciliter leur accès aux compteurs sous le fallacieux prétexte de vérifier des anomalies de fonctionnement soit-disant constatées sur les compteurs traditionnels.

 

 

 

 

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