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Billet de blog 2 sept. 2020

Le « Grenelle des professeurs » : un slogan ronflant voire inquiétant!

Le terme de « Grenelle » a été plus d'une fois employé ces dernières années pour magnifier des rencontres entre ''partenaires'' sur des sujets divers. Bien à tort si cela renvoie au précédent historique de Mai 68, en particulier pour ce qui concerne les enseignants. Sans compter des propos d'Emmanuel Macro pas si lointains..

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Si l'on prend le point de vue de Sirius, il y aurait eu le 27 mai 1968 une sorte d'aggiornamento réciproque : les « accords de Grenelle »  entre dirigeants syndicaux et membres du gouvernement, mettant fin à une situation de tension très vive et inaugurant une période nouvelle. Un précédent historique suffisamment positif pour magnifier et qualifier d'autres accords et aggiornamento possibles, en particulier pour les enseignants : dans leur ministère, au 110 rue de Grenelle.

Mais tout cela est pure fantasmagorie. Il n'y a jamais eu d' « accords de Grenelle» aux dires mêmes de l'ensemble des dirigeants ayant participé aux discussions (à l'exception d'un seul, Edouard Balladur) à commencer par le Premier Minsitre Georges Pompidou qui a lu à l'aube du 27 mai 1968 ce qu'il a désigné formellement comme « un projet de protocole d'accord ». Et l'on sait que les grèves ont continué de plus belle ensuite, le commencement de la fin n'ayant lieu qu'au retour du Président de la République après son escapade à Baden-Baden auprès du général Massu. 

Des discussions ont bien eu lieu rue de Grenelle (pas au 110 mais au 127 rue de Grenelle) c'est à dire au ministère du Travail, dans une pièce « mal sonorisée », autour de tables « trop étroites et trop longues » qui rendent difficiles les échanges . Les représentants des enseignants ( avec à leur tête James Marangé, le secrétaire général de la FEN) ont eu un mal fou pour être représentés à ces discussions au ministère du Travail.

Dans le « projet de protocole d'accord » lu par Georges Pompidou au petit matin du 27 mai 1968 deux points seulement peuvent les concerner directement. Une phrase indique que le CNPF et les confédérations syndicales « ont convenu d'étudier les moyens permettant d'assurer avec le concours de l'Etat, la formation et le perfectionnement professionnel ».

Et le paragraphe traitant de « l'évolution des rémunérations des secteurs publics et nationalisés » indique qu' « en ce qui concerne les traitements des fonctionnaires, une réunion a été organisée le 26 mai après-midi à la direction de la Fonction publique pour préparer celle à laquelle participeront le 28 mai à 15 heures, sous la présidence du Premier ministre, les organisations syndicales intéressées »

Mais il faut savoir que cette réunion du 26 mai a été un pur fiasco , car les confédérations se sont retrouvées devant un ministre de la Fonction publique- Edmond Michelet- dépourvu de tout pouvoir. de négociation . Jugeant inutile de poursuivre plus longtemps une discussion stérile, la FEN et les fédérations des fonctionnaires et des postiers FO ont donc décidé de quitter la réunion.

Peu après la déclaration du Premier ministre Gorges Pompidou, sur le perron du ministère du Travail au 127 rue de Grenelle, vers 7 heures 30 du matin , James Marangé déclare que « la FEN qui entend que le règlement porte également sur les problèmes de la fonction publique et sur les problèmes de l'enseignement, maintient son mot d'ordre de grève des enseignants »

Si c'est cela que l'on magnifie sous le nom de « Grenelle » ( le « Grenelle des professeurs », que vient de lancer Jean-Michel Blanquer) , les enseignants ont du souci à se faire... Sans compter les propos plutôt emberlificotés tenus par le chef de l'Etat à Rodez le 3 octobre dernier : "Si je revalorisais, comme je veux le faire, l’ensemble des enseignants… quand on parle de l’Éducation nationale dans notre pays, on parle d’un million de fonctionnaires. C’est le premier employeur du pays. Si je voulais revaloriser comme ça, c’est dix milliards ! Je vais pas mettre dix milliards demain ! C’est vos impôts, hein ! Ou c’est le déficit, c’est la dette pour nos enfants.Donc. C’est investir sur notre éducation, faut repenser la carrière. Ça veut dire qu’il faut qu’on arrive à ce que la carrière progresse davantage. Qu’on ait un vrai dialogue avec l’ensemble des enseignants et leurs représentants. Il faut dire comment on fait mieux progresser la carrière, comment on paie mieux, comment du coup, parce qu’on paie mieux, peut-être on change aussi le temps de travail, la relation au travail, et je pense que les enseignants de votre génération ils sont tout à fait prêts et ils le font d’ailleurs, bien souvent, hors du temps scolaire, d’accompagner les jeunes différemment, que ce soit valorisé, que ça puisse être demandé aux enseignants. Que le métier change. Qu’on regarde aussi les périodes de vacances, par rapport aux autres. Et puis qu’on pense sa carrière, en valorisant beaucoup plus qu’on ne le fait aujourd’hui les périodes d’encadrement. Aujourd’hui quand vous êtes directeur dans le primaire, directeur de collège, c’est terrible !

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