«Appel de Bobigny» (bis)

Les nombreux signataires du texte sur l’éducation approuvé il y a plus d’un an ont approfondi en commun cinq thèmes assez «sensibles» qu’ils présentent aujourd’hui dans une conférence de presse. Une des bases possibles pour un «nouveau pacte éducatif»?
Les nombreux signataires du texte sur l’éducation approuvé il y a plus d’un an ont approfondi en commun cinq thèmes assez «sensibles» qu’ils présentent aujourd’hui dans une conférence de presse. Une des bases possibles pour un «nouveau pacte éducatif»?
Ces 5 textes complémentaires portent sur les sujets suivants : « autonomie des établissements scolaires et des acteurs de l’éducation » ; « enjeux individuels et enjeux collectifs » ; « formation des professionnels de l’éducation » ; « pour une participation active des enfants, des jeunes et de leurs parents aux projets éducatifs » ; « projet éducatif local, projet éducatif de territoire, ‘’territoires apprenants’’ : quel avenir ? ».
L’Appel de Bobigny ( cf mon billet du 6 octobre 2010 ) avait constitué un évènement sans précédent historique , en particulier en raison du nombre et de la diversité des organisations signataires qui s’étaient mises d’accord non pas sur de simples dénonciations ou refus, mais sur un ensemble de propositions ( pas moins de cinq objectifs prioritaires, déclinés en 18 propositions ; certaines fortement élaborées, d’autres moins mais toutes unitaires ). S'étaient en effet exprimés ensemble des syndicalistes ( à savoir quatre grandes centrales syndicales : la CGT ; la CFDT avec le SGEN–CFDT et la FEP-CFDT ; l’UNSA avec l’UNSA-éducation, le SE-Unsa et le SEP-Unsa ; la FSU, avec le SNUipp, le SNES, le SNEP et le SNUEP-FSU ) ; la première fédération de parents d’élèves ( la FCPE ) ; la quasi totalité des associations d’éducation populaire et complémentaires de l’enseignement ( avec notamment la présence très active de la Ligue de l’enseignement ), des mouvements pédagogiques, les 80 villes du Réseau français des grandes villes éducatrices.
Un an plus tard, cette démarche est confirmée et précisée. Et cela devrait être porteur d’avenir alors que les présidentielles se profilent et que le thème de l’éducation apparaît comme l’un de ses enjeux centraux . Et cela d’autant plus que certains mouvements ou partis ( en particulier le PS avec son candidat François Hollande ) ont proposé l’établissement d’un nouveau « pacte éducatif ».
Extraits ( pour ‘’exemple’’ ) du long texte sur « l’autonomie des établissements scolaires et des acteurs de l’éducation »
« La notion d’autonomie est, depuis les lois de décentralisation, au cœur des débats sur le système éducatif et est utilisé avec des contenus et des objectifs très divers et même contradictoires.
L’autonomie des écoles et des établissements du second degré doit s’inscrire dans une recherche de complémentarité sur un territoire donné en matière d’offres de formation […]. La question se pose légitimement de donner aux écoles et aux établissements du second degré des moyens significatifs pour que leurs équipes puissent décliner localement les objectifs et les cadres nationaux du service public dans des projets éducatifs globaux sur tous les temps de l'enfant et du jeune. Ces projets permettent de mieux prendre en compte les caractéristiques scolaires sociales et culturelles des jeunes et des territoires tout en garantissant partout et pour tous les mêmes droits réels à l’éducation, et en respectant les programmes nationaux et les déclinaisons horaires nationales garanties a minima pour tous les élèves […] .
Dans la logique de l’appel de Bobigny, il ne peut s’agir de faire éclater tout cadre national et de structurer le système sur le mode d’un marché de prestations éducatives ouvert à la concurrence. Nous sommes déjà confrontés à une dérive libérale dans l’Education nationale ( la libéralisation de la carte scolaire qui renforce la polarisation sociale des établissements, le programme ECLAIR qui bouscule sans concertation la réglementation nationale ) mais aussi dans le champ de la formation professionnelle ( les propositions de chèque formation qui renvoient à une responsabilité de l’individu ) , et de plus en plus dans les relations avec les associations d’éducation populaire. C’est la négation du service public […]
Les partenaires de l’Appel de Bobigny n’ont pas cette approche là de l’autonomie […]. Dans l’Appel de Bobigny, la conception d’une autonomie maîtrisée du projet d’école ou d’établissement passe par une formalisation du projet sur la base d’un diagnostic partagé ; par une contractualisation avec l’Etat et les collectivités qui garantissent les moyens et matériels nécessaires sur l’ensemble de la période considérée ; par une évaluation sérieuse et partagée des actions engagées et des résultats qu’elles produisent ; par une structure de pilotage et de coordination dans le respect de la liberté pédagogique ou d’action de chacun ; par des actions de formation intégrées au projet […].
Finalement et dans tous les cas, l’autonomie maîtrisée et contractualisée avec l’Etat comme avec les collectivités compétentes, doit être conçue comme un moyen d’équilibrer les relations et de garantir la capacité d’agir dans le respect des valeurs, objectifs et priorités, des missions des différents acteurs et des cadres nationaux du service public […] »

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