La laïcisation du personnel de l'enseignement public...

La loi du 30 octobre 1886 parachève l'oeuvre de laïcisation de Jules Ferry en substituant – mais très progressivement- un personnel laïque aux congréganistes présents dans les écoles communales. La « laïcisation » : un long fleuve (tranquille?)

Depuis la loi Guizot de juin 1833, les écoles primaires se distribuaient en quatre groupes d'inégale importance : «publiques laïques» (c'est à dire encadrées par des ''laïcs'', des ''non religieux'') ; «publiques congréganistes» ; «privées congréganistes» ; «privées laïques».

Les écoles privées et publiques sont alors distinguées uniquement par la nature de leur financement :« Les écoles publiques sont celles qu'entretiennent, en tout ou partie, les communes, les départements, ou l'Etat »  (article 8 de la loi Guizot. Une école qui reçoit - même un peu – un financement public est ipso facto considérée comme ''publique'').

Pour le ministre de l'Instruction publique René Goblet (qui est l'auteur de la loi du 30 octobre 1886), « l'enseignement primaire étant devenu de toutes les manières, au point de vue matériel comme au point de vue moral, un service public analogue à tous les autres, il est incontestable que l'Etat a le droit de mettre dans les écoles des maîtres formés par lui […]. La laïcisation du personnel est le seul moyen d'établir dans l'école la neutralité confessionnelle qui a été le le but de la loi de 1882 » (Sénat, 8 février 1886).

Deux jours plus tôt, lors de la présentation de la loi au Sénat, René Goblet avait précisé la raison de cette laïcisation du personnel de l'enseignement primaire public : « Il y a une nécessité d'ordre moral parce que je ne comprends pas qu'on laisse le soin d'enseigner et d'apprendre les libertés civiles et politiques à des hommes qui n'ont ni la liberté de l'âme, ni la liberté de conscience, ni la liberté de pensée » (à savoir les congréganistes).

La loi du 30 octobre 1886 institue que les maîtres congréganistes doivent être remplacés dans un délai de cinq ans maximum par des instituteurs laïques, les institutrices congréganistes au fur et à mesure que leurs postes deviennent vacants.

Si la mesure visant les maîtres congréganistes est plus expéditive que celle ayant trait aux institutrices, c'est qu'elle est plus facile à prendre car ceux-ci sont déjà très minoritaires dans l'enseignement primaire public masculin. En 1886, au moment du vote de la loi, sur cent élèves garçons du primaire, 82 se trouvent dans le public laïque, 6 dans le public congréganiste, 10 dans le privé congréganiste et 2 dans le privé laïque.

En revanche, sur cent élèves filles du primaire, 49 seulement sont dans le public laïque, 23 dans le public congréganiste, 24 dans le privé congréganiste et 4 dans le privé laïque.

Alors que sur 100 garçons dans le primaire public, il n'y a que 7 d'entre eux encadrés par des congréganistes, sur 100 filles dans le primaire public il y a 32 d'entre elles éduquées par des congréganistes. La mise en place de la laïcisation du personnel de l'enseignement primaire public sera donc plus longue et plus délicate pour ce qui concerne les filles. Mais c'est là aussi que se situe l'enjeu essentiel. Rien n'est jamais simple … La modification des réalités ne relève pas de la magie à effets immédiats !

En 1902, à la veille des mesures d'Emile Combes interdisant aux congrégations d'enseigner, 13% des filles de l'enseignement primaire public seront encore encadrées par des institutrices congréganistes (et 58% des filles seulement sont alors scolarisées dans le public laïque contre 83% des garçons).

Il convient de le rappeler (et de se le rappeler en ces temps troublés voire troubles), la ''laïcité'' (ou plutôt la ''laïcisation''), n'est pas un état mais un processus : un long fleuve (pas si tranquille que cela d'ailleurs...)

1889. Une date importante dans le long processus de la laïcisation des enseignants du primaire public : les instituteurs et institutrices deviennent fonctionnaires. Mais Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la primaire de droite, préconise de supprimer le statut de fonctionnaire « dans un grand nombre de missions pour lequel il n'est pas nécessaire », en donnant l'exemple desenseignants : « on n'est pas obligé d'être fonctionnaire pour être enseignant »...

 

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