Je participe (passé) : un passif?

L'un s'en prend au "Monde'' qui a offert dans sa rubrique ''Idées'' une tribune ''pour'' et une tribune ''contre'' la modification de l'accord du participe passé. L'autre pointe que les ''pédagos'' n'ont pas le minimum de perception politique qu'ont leurs adversaires.

Quitte à en remettre une couche (à effet éventuellement ''narcissique'') dans une mise en abyme sur un sujet d'une certaine façon minuscule mais emblématique de certaines de nos querelles (sinon ''byzantines'' du moins très ''gauloises''), participons à la querelle du participe passé sans craindre son passif . Car c'est peut-être, si l'on y songe, plus sérieux qu'il n'y paraît.

Philippe Watrelot (l'une des figures les plus marquantes des "Cahiers pédagogiques'') :"Ils l'ont fait! Le Monde consacre sa page Idées (!) au pseudo débat sur la participe passé avec , comme c'est subtil, un ''Pour'' et un ''Contre''. Et une tribune intitulée ''on s'en fout'' ou ''c'est plus compliqué que ça'' aurait été possible? " ( sur Twitter, hier).

Luc Cédelle, journaliste spécialisé au "Monde" pour ce qui concerne le domaine de l'éducation lui répond (en toute amitié): "Ce serait sans doute possible le jour où ( mais comment y croire?) , les ''pédagos'' finiront ( au bout de 20 ans!) par comprendre qu'un phénomène qui se joue en quelques heures à travers les médias les concerne tout de suite, directement et à grande échelle. Mais pour cela il eût fallu qu'ils eussent un minimum de cette perception politique des choses dont leurs adversaires font leur délice"

Eh bien, il me semble que ces deux interventions nous interpellent toutes deux (je dis bien toutes deux), et nous renvoient aux difficultés de nos combats dans un ensemble où les ''apories'' (de toutes natures) ne manquent pas. Et si la question du participe passé n'est sans doute pas centrale (''en soi'', loin s'en faut sans doute), elle n'en est pas moins significative de nos embarras récurrents.

Avant de se quitter, quelques poires pour la soif ( le grain de sel ou l'érudition de l'historien)

Tolérances grammaticales. Arrêté du 26 février 1901

"Pour le participe passé construit avec l'auxiliaire avoir, lorsque le participe passé est suivi soit d'un infinitif, soit d'un participe présent ou passé, on tolérera qu'il reste invariable, quels que soient le genre et le nombre des compléments qui le précèdent . Exemples: les fruits que je me suis laissé ou laissés prendre; les sauvages que l'on a trouvé ou trouvés errant dans les bois"

Arrêté du 28 décembre 1976 relatif aux tolérances grammaticales ou orthographiques (dit ''arrêté Haby'')

"L'usage veut que le participe passé conjugué avec avoir s'accorde lorsque le complément direct se rapporte à la forme conjuguée et qu'il reste invariable lorsque le complément d'objet direct se rapporte à l'infinitif. On admettra l'absence d'accord dans le premier cas. On admettra l'accord dans le second, sauf en ce qui concerne le participe passé du verbe faire.

Accord du participe passé conjugué avec avoir dans une forme verbale précédée de en complément de cette forme verbale: J'ai laissé sur l'arbre plus de cerises que je n'en ai cueilli ou j'ai laissé sur l'arbre plus de cerises que je n'en ai cueillies''

Qu'on se le dise!

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