Un baccalauréat à 8/20? Sauve qui peut!

Dans une lettre ouverte, le syndicat d'inspecteurs d'académie SIA se permet de façon complétement inédite pour une organisation de ce type de faire une proposition de changements des conditions de l'obtention du baccalauréat non moins inédite, à comparer avec ce qui a été mis en oeuvre en 1968, fort différent.

Selon le SIA, "seule une décision forte et inédite peut sauver un examen comme le baccalauréat de l’arbitraire local [...]. Le  pilotage  par  le  taux de  réussite est  absolument  nécessaire.  Aussi, prenant  toute  la  mesure du caractère exceptionnel de la situation, nous vous demandons de penser les conditions d’obtention du baccalauréat en vertu d’un assouplissement qui tienne compte de la très grande disparité d’enseignement de cette année scolaire. Tous les élèves ayant plus de 8 de moyenne pourraient obtenir le diplôme sur la base de l’ensemble des notes des deux premiers trimestres. Pour tous les autres élèves, sans exception, des oraux de rattrapage pourrait être proposés, avec des consignes de bienveillance et dans le respect des chapitres qui auraient été traités   en leur présence".

DECRET du 7 juin 1968 portant aménagement pour 1968 des épreuves du baccalauréat

Article ler.— A titre exceptionnel l'examen prévu pour l'obtention du baccalauréat de l'enseignement du second degré ne comportera pour les deux sessions de l'année 1968 que des épreuves orales obligatoires et une épreuve d'éducation physique. Aux épreuves obligatoire; pourront s'ajouter des épreuves facultatives subies dans les conditions prévues par le décret du 29 septembre 1962 modifié. La nature des épreuves obligatoires ainsi que leurs coefficients seront fixés par arrêté du ministre de l'Education nationale.

Art. 2.— Tous les candidats régulièrement inscrits et non admis à la première session pourront subir les épreuves de la seconde session sans condition de moyenne minimale.

Art. 3.— Les candidats refusés mais qui auront obtenu aux épreuves orales obligatoires une note moyenne au moins égale à 8 sur 20 recevront le certificat de fin d'études secondaires prévu par l'article 18 bis, du décret du 29 septembre 1962.

Le taux de réussite au baccalauréat 1968 a été de 82% contre 62% en 1967 et 63% en 1969. On a alors crié au ''bac au rabais'' de 1968. Mais une étude menée par deux membres éminents de l'Ecole d'économie de Paris - Eric Maurin et Sandra McNally - sur "les bénéfices de long terme de 1968" a démontré que cela a permis à un nombre important de jeunes d'intégrer l'Université, alors qu'ils n'y seraient jamais parvenus dans des conditions normales. Ces ''miraculés de Mai 68'' ont eu une carrière professionnelle et des revenus largement supérieurs à ce qu'ils pouvaient attendre. Et, près de quarante ans plus tard, il apparaît même que leurs enfants ont moins redoublé à l'école.

Mais les propositions du SIA ne sont pas faites dans un même contexte (ces dernières années les taux de réussite aux baccalauréats généraux et technologiques dépassent les 90% alors qu'on en était autour des deux tiers à la fin des années 60), et surtout elles sont profondément différentes. En 1968, tous les candidats ont dû passer des épreuves orales (même s'ils n'ont pas eu à passer les épreuves écrites). Et s'ils ont pu passer un oral de rattrapage sans avoir atteint 8/20 de moyenne, ils ont dû avoir plus que la moyenne à ces épreuves orales pour obtenir le baccalauréat. Ceux qui ont eu plus de 8 de moyenne (et moins de 10/20) aux oraux de rattrapage ont obtenu un "certificat de fin d'études secondaires'' et non pas un ''baccalauréat''. Un exemple à suivre si l'on ne veut pas que le baccalauréat 2020 ait peu de signification probante?

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