Blanquer, le champion du soi-disant «historique»

Le capitaine de frégate (dans la réserve) Jean-Michel Blanquer manipule le terme historique à tout va. Comme l'a remarqué l'un des fameux «Tontons flingueurs», c'est curieux, chez les marins, ce besoin de faire des phrases. Et il installe un comité d'histoire de l'Education nationale.

Deux exemples récents, avant et après les fêtes de fin d'année. Tweet de Blanquer le 6 janvier dernier: "Nous sommes à l'aube d'une revalorisation historique des professeurs et des personnels de l'Education nationale''. Sur France Culture le 20 décembre 2019: " On est à la veille d'une revalorisation historique pour les professeurs en France. L'équivalent de 2600 euros de pensions annuelles sera maintenu. Ce sera écrit dans la loi que nous garantirons un niveau de pension. C'est un point majeur, une énorme avancée"

Tout cela en dépit de la modestie des éléments financiers jusqu'alors distillés par le ministère: autour de 500 millions d'euros de plus chaque année soit 0,02% du PIB, alors qu'au début des années 1990 il y a eu 0,3 % du PIB de plus chaque année consacré aux dépenses intérieures d'éducation (cf mon billet précédent) pour aboutir à 7,6% du PIB ( 6,7% actuellement)...

Quant à l'expression "l'énorme avancée.... du maintien du niveau de pension actuel, cela devrait beaucoup plus inquiéter les concernés que les rassurer...

Il est vrai que Jean-Michel Blanquer est coutumier du fait en raison de son souci constant de se mettre en valeur et surtout de sa quête éperdue d'entrer dans l'histoire...

Un seul exemple ancien (parmi bien d'autres possibles), mais tout à fait significatif. Dans le Courrier Picard du 4 mai dernier, Jean-Michel Blanquer n'hésite pas à déclarer : "Nous ne fermerons pas d'école primaire sans l'avis favorable du maire . C'est historique. C'est la première fois qu'un gouvernement s'engage à faire cela . C'est énorme". Ce qui est énorme, c'est l'impasse faite sur un précédent historique majeur. En effet le 8 avril 1998, le Premier ministre Edouard Balladur a annoncé que toute suppression de services publics en zone rurale serait suspendue pour six mois. En réalité, le moratoire va durer cinq ans et il n'y aura aucune fermeture d'école durant tout le ministère Bayrou. La prétention revendiquée par Blanquer de mettre en oeuvre une mesure historique, sans précédent, s'avère être... une erreur historique.

Dans un billet en date du 28 mai 2019, intitulé "Blanquer aurait-il peur que sa ''mémoire'' ne soit guère valorisée?", j'avais écrit :"Blanquer a créé le 21 mai dernier un ''comité d'histoire de l'Education nationale" [...] Pour la nomination effective de ce comité, pas de souci! S'il y a un domaine pour lequel on peut faire ''confiance'' à Jean-Michel Blanquer, c'est bien celui du ''souci de soi'' et de sa ''propre mise en valeur'': il saura choisir pour qu'il y ait une ''valorisation'' adéquate de ""son ministère".

J'ai lu depuis de façon quelque peu distraite l'annonce récente de la composition du Comité et j'ai été de prime abord plutôt rassuré par la présence de certains de mes collègues d'histoire de l'éducation tout à fait estimables et par la nomination d'un président certes recteur, mais aussi historien très reconnu.

Il se trouve cependant que deux de mes ''honorables correspondants'' m'ont écrit pour faire part de leurs inquiétudes (de ''fins connaisseurs du système éducatif'', comme on dit dans certains journaux quand il n'est pas question de les nommer).

Le premier: "Les missions de ce comité d'histoire de l'éducation m'inquiètent, sa composition me laisse pantois. La présidence par un recteur ou un ancien recteur (même si ce président est un historien de l'éducation honorablement respecté, mais un recteur de plus en plus aux ordres du maître, comme Gilles Pécout, ce qui me surprend encore plus). Et que dire de la présence du commissaire politique Yves Cristofari?". Le second: "Je suis très consterné des choix qui ont été faits concernant le comité scientifique d'histoire de l'école mis en place par Blanquer et présidé par Chanet. Si à l'occasion nous pouvions en parler, je pense que cela t'informerait de l'intérieur (puisque tu as une parole libre, chanceux)". Et il s'en est pris en particulier à la présence dans le comité d'Yves Cristofari, ''l'homme de confiance'' de Jean-Michel Blanquer depuis longtemps.

Dont acte! Il semble bien qu'il y ait de la part de Jean-Michel Blanquer une tentative de verrouillage (tout à fait ''historique''), et la mise en place d'un ''soi-disant'' historique fort singulier.

Restons calme! On se contentera de deux citations de Michel Audiard, toujours issues des ''Tontons flingueurs'', pour rire un peu malgré tout." Happy birth day to you, happy birth day to you, happy birth day to you". Boum sur le pif! Ou bien: "Aux quatre coins de Paris qu'on va le retrouver éparpillé par petits bouts façon puzzle. Moi quand on m'en fait trop, je dynamite, je disperse, je ventile''.

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