Le pompier pyromane Blanquer risque de finir comme Allègre

S'il continue de distiller ses petites phrases destinées à rassurer une certaine opinion mais susceptibles d'être très mal prises par les principaux intéressés qui savent ce qu'il en est vraiment, la plupart des enseignants (déjà passés de la méfiance à la défiance) en arriveront à l'exaspération, comme pour Claude Allègre.

D'autant plus que cela s'est renforcé depuis le début de la mobilisation des professeurs. Par exemple, Jean-Michel Blanquer a martelé que'' la revalorisation des enseignants est (déjà) en marche'' ce qui peut certes contribuer à rendre crédible pour l'opinion publique que le gouvernement est effectivement soucieux de ce problème (effet ''pompier''), mais qui ne peut avoir pour les intéressés eux-mêmes que l'effet inverse (effet ''pyromane'') car les enseignants sont bien placés pour savoir que les '' revalorisations en marche'' sont sans commune mesure avec ce qu'il faudrait pour pallier les manques à gagner dus au système à points tout au long de la carrière prévu dans la réforme des retraites.

Vendredi matin, sur RMC-BFMTV, le ministre de l'Education nationale s'est surpassé: '' Il était tout à fait normal qu'il y ait un fort taux de grévistes jeudi car beaucoup de gens voulaient dire à quel point ils avaient des questions et des inquiétudes, a-t-il affirmé.Heureusement, vu tout ce que j'ai dit sur le sujet, le taux de gréviste a baissé comme prévu à moins de 10% ".

Certes on peut comprendre qu'il cherche désespèrement à donner l'image de la maîtrise de la situation pour une certaine opinion . Mais cela ne peut qu'agacer les directions syndicales qui ont fixé au mardi 10 décembre une nouvelle journée de forte mobilisation, et encourager nombre d'enseignants à montrer leur détermination (voire leur exaspération contre leur ministre) ce jour-là. Le démenti est d'ores et déjà assuré quant à la déclaration (très imprudente) et quasi mégalomaniaque de Jean-Michel Blanquer selon laquelle "tout ce qu'il a dit sur le sujet" a eu pour effet de faire baisser le taux de grévistes d'environ 50% à moins de 10% (définitivement?!). Manifestement, il est sur les nerfs pour sauver sa position personnelle en prenant ce type de posture fort aventureuse.

Un certain Claude Allègre a déjà joué ce jeu là dans le passé. Et cela ne lui a pas réussi, bien au contraire. Aux mises en cause de certains aspects de la politique menée par le ministre de l'Education nationale, s'étaient ajoutées les singularités de ses saillies prises pour autant de provocations par une grande majorité d'enseignants. Et cela a pesé lourd finalement dans leurs mobilisations. Le 16 mars 2000, les taux de grévistes atteignent 68% dans les écoles, 68% aussi dans les collèges et jusqu'à 72% dans les lycée (selon les services mêmes du ministère de l'époque). Un record absolu (et qui l'est resté) depuis mai 68. Exit Claude Allègre..

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