Bataclan et laïcité, Millerand et Valls

Le 7 novembre 1919, dans une réunion tenue au théâtre du Bataclan, Millerand affirme ceci : "Le fait de la laïcité de l'Etat doit se concilier avec les droits et les libertés de tous les citoyens à quelque croyance qu'ils appartiennent". Au colloque sur l'anniversaire, 110 ans après, de la séparation des Eglises et de l'Etat , Manuel Valls s'est situé résolument dans cette même perspective.

Au moment de la préparation de la loi de 1905 sur '' la séparation des Eglises et de l'Etat'', Alexandre Millerand (qui était alors classé parmi les ''socialistes indépendants'') s'était retrouvé aux côtés d'Aristide Briand (autre ''socialiste indépendant'') et Jean Jaurès (leader du parti socialiste) pour donner la configuration finale à cette loi (au grand dam de grandes figures radicales telles que celles d'Emile Combes ou Ferdinand Buisson, moins ''conciliateurs'' ou plus ''radicaux''). 

Les ''socialistes'' souhaitent en effet alors des mesures susceptibles de conduire à une pacification durable, en particulier Jean-Jaurès afin que "la démocratie puisse se donner toute entière à l'oeuvre immense et difficile de réforme sociale et de solidarité humaine que le prolétariat exige" (Jaurès in "La Dépêche du Midi" du 15 août 1904).

Cent-dix ans ont passé. Il n'est pas évident que nous soyons actuellement dans le droit fil des perspectives jaurésiennes. Mais on peut sans doute soutenir que celles portées par Alexandre Millerand au Bataclan en novembre 1919 ont été reprises et actualisées par Manuel Valls hier. "Le génie de la loi de 1905, née dans le contexte bien particulier d'un affrontement entre l'Etat et l'Eglise catholique, réside dans un paradoxe apparent: séparer pour rassembler. Séparer la politique du religieux. Séparer pour que ni les religions, ni l'Etat ne puissent imposer à quiconque une croyance. Séparer le sprirituel du temporel pour que tous les citoyens puissent se rassembler autour de valeurs communes et d'un projet commun [...] .La laïcité, on l'évoque, on l'invoque, on la convoque même , tout cela dans une immense confusion [...]. La laïcité, ce n'est pas la négation du fait religieux; c'est la religion, toutes les religions remises à leur juste place, à bonne distance de l'Etat [...]. La laïcité ce n'est pas non plus une arme de stigmatisation que la France brandirait contre les musulmans en particulier. Certains intégristes islamistes expliquent que la laïcité empêche la pratique de l'islam et stigmatise nos compatriotes musulmans. Quel mensonge! [...]. La plus grande imposture de l'extrême-droite consiste à brandir la laïcité non pas pour rassembler mais pour diviser, à cibler l'islam, les musulmans - de culture ou de confession, pratiquants ou pas - en faisant d'eux des Français de second rang"   

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