Le droit au blasphème et le devoir de n'en rien faire?

Emmanuel Macron a eu raison de rappeler que la République doit assurer le droit au blasphème. Historiquement, cela s'est accompagné des ''devoirs envers Dieu''. Serait-ce cela qu'il a pointé en déclarant : "l'ordre républicain n'est pas l'ordre moral''?

Dans un entretien au "Dauphiné libéré'' le président de la République vient de se prononcer sur ce qu'il est convenu d'appeler désormais ''l'affaire Mila'', une adolescente qui a été de façon tout à fait inadmissible menacée de mort pour ses propos portant sur la religion musulmane: "On lui doit une protection à l'école, dans sa vie quotidienne, dans ses déplacements. La loi est claire: nous avons droit au blasphème, à critiquer, à caricaturer les religions. L'ordre républicain n'est pas l'ordre moral. Ce qui est interdit, c'est l'appel à la haine"

Le délit de ''blasphème'' n'existe plus depuis la Révolution française: la loi du 22 juillet 1791, reprise à l'article 262 du code pénal de 1810, ne punit l'outrage au culte que lorsqu'il emporte trouble public et ne punit plus la ''faute'' contre la religion. Néanmoins, pendant toute une période, on a continué de punir le ''sacrilège'' (loi de 10 avril 1825) et la dérision envers les cultes ( loi du 25 mars 1822) , deux lois votées sous la Restauration.

Dès les débuts de la troisième République triomphante (c'est à dire lorsque les républicains deviennent majoritaires dans les institutions républicaines), la loi de juillet 1881 sur la liberté de la presse supprime complétement le délit de sacrilège (notion voisine du blasphème). Mais ''en même temps'', des ''devoirs envers Dieu'' sont inscrits dans le programme du cours moyen des écoles primaires publiques en juillet 1882 (cf mon billet précédent): " l'instituteur apprend à ses élèves à ne pas prononcer légèrement le nom de Dieu  [...] et il habitue chacun d'eux à environner du même respect cette notion de Dieu, alors même qu'elle se présenterait à lui sous des formes différentes de celles de sa propre religion ».

Cet enseignement des ''devoirs envers Dieu'' sera ua programme  jusqu'à la fin de la Troisième République, bien après donc la loi de ''Séparation des Eglises et de l'Etat'' de 1905 et la fin du Concordat. Rien n'est simple dans l'histoire réelle...Cela sonne-t-il comme un moment ''d'ordre moral'' ou bien comme un rappel d'ordre historique à une certain équilibre: ''droit'' (inconditionnel ) au blasphème, mais avec l'horizon du ''devoir'' de n'en rien faire?

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