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Billet de blog 13 janv. 2014

Dassault et l'uniforme à l'Ecole

Il y a tout juste un an, une quinzaine de sénateurs de droite dont le seul ayant une certaine notoriété était Serge Dassault, ont déposé une proposition de loi rendant « obligatoire le port de l'uniforme ou de la blouse à l'école primaire et au collège ».

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Il y a tout juste un an, une quinzaine de sénateurs de droite dont le seul ayant une certaine notoriété était Serge Dassault, ont déposé une proposition de loi rendant « obligatoire le port de l'uniforme ou de la blouse à l'école primaire et au collège ».

L'article 2 précisait qu'il appartiendrait « à la direction de l'établissement de déterminer le vêtement, blouse ou uniforme, qui doit être porté en son sein ». Et sans doute pour montrer qu'il ne s'agissait pas d'une proposition de ''principe'' mais d'une loi devant être effectivement appliquée, un calendrier était dûment établi dans l'article 3 : « ces dispositions prendront effet à la rentrée scolaire 2013 pour les écoles primaires, 2014 pour la première année de collège, 2015 pour la deuxième année de collège, 2016 pour la quatrième année de collège » (quid de la troisième année de collège ?).

Mais le plus intéressant, surtout quand on a à l'esprit le caractère ''exemplaire'' du sénateur Serge Dassault dans sa ''communauté sénatoriale'', ce sont les attendus introduisant cette proposition de loi : « Blouses et uniformes scolaires ont accompagné les étudiants dans leur vie de tous les jours pendant de nombreuses années. Chaque école se distinguait par un uniforme différent. Il donnait aux élèves un sentiment d'appartenance à leur communauté scolaire. En portant des vêtements structurés comme un uniforme, les élèves sont plus susceptibles d'avoir un état d'esprit adapté lorsqu'ils entrent dans l'environnement d'apprentissage. En fait, diverses études ont prouvé que les étudiants sont beaucoup plus susceptibles d'exceller lorsqu'ils portent leur uniforme que lorsqu'ils ne le font pas ».

Et pour faire bonne mesure, les attendus finissent par un couplet sur « l'égalité » auquel l'ultra démocrate et égalitariste sénateur Serge Dassault ne pouvait qu'être particulièrement sensible : « L'uniforme a depuis toujours été utilisé pour symboliser un lien d'appartenance. Il n'est pas une panacée mais un outil permettant de gommer symboliquement les différences sociales, ethniques et religieuses ».

Avec une touche finale tout à fait fausse historiquement :« Le port de l'uniforme n'est plus obligatoire depuis les événements de Mai 68 ». En réalité, le port de l'uniforme (ou de la blouse) n'a jamais été obligatoire dans les écoles communales (il suffit d'ailleurs de regarder les photos de classe, même jaunies, pour le constater). Il ne l'a jamais été non plus, dans le cadre national, pour les collèges ou lycées : c'étaient des politiques d'établissement possibles, mais choisies. Et leur raison d'être était bien moins la recherche de « l'égalité » que celle d'un ''patriotisme d'établissement'' dans le champ complexe de la ''distinction''.

A vrai dire, historiquement, le port de ‘’l’uniforme’’ n’a jamais été un gage « d’égalité » ( même formelle ) : l’obligation n’en a jamais été faite pour la masse des élèves ( dans le primaire ou le primaire supérieur ) mais seulement dans certains établissements secondaires qui voulaient - justement ! -‘’se distinguer’’ ( les uns des autres ) et ‘’être distingués’'. Et l'on remarquera que la proposition de loi de janvier 2013 des quinze sénateurs de droite concerne (à l'inverse de ce qui s'est passé historiquement...) les établissements de la scolarité obligatoire, mais pas les lycées.

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