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Billet de blog 13 mai 2013

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Refondation ou contrefaçon?

Le sénateur  UMP Jean-Claude Carle vient d’écrire un manifeste ( « Tous les élèves peuvent réussir » ) présenté comme « un projet alternatif de refondation de l’école ».

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Le sénateur  UMP Jean-Claude Carle vient d’écrire un manifeste ( « Tous les élèves peuvent réussir » ) présenté comme « un projet alternatif de refondation de l’école ».
On le sait, certains proches de Nicolas Sarkozy qui souhaitent ouvertement sa candidature aux présidentielles de 2017 ont écrit un projet d’« école forte » d’une « droite « forte » ( cf mon billet du 19 octobre 2012 ).
Le sénateur UMP Jean-Claude Carle appartient – lui - à une autre mouvance, et il n’est pas non plus un inconnu. Il est l’auteur de la ‘’loi Carle’’ de 2009 sur le financement des écoles privées sous contrat. Surtout, il a été le rapporteur  au Sénat de la loi d’orientation ‘’Fillon’’ de 2005.
Si on n’y regarde pas de trop près, le projet de Jean-Claude Carle peut sembler avoir un air de ressemblance avec certains choix de la « refondation de l’Ecole » engagée par le gouvernement : priorité au primaire et aux préoccupations pédagogiques, insistance sur une politique effective des ‘’cycles’’, souci d’une bonne formation professionnelle des enseignants. Mais d’importantes et très significatives différences sautent aux yeux pour chacun de ces choix si l’on y regarde d’un peu plus près.
Contrairement à ce qui est prévu dans le cadre de la « refondation de l’Ecole » gouvernementale, la  priorité donnée au primaire est d’abord pensée par Jean-Claude Carle comme un transfert de moyens actuellement dévolus à l’enseignement secondaire vers l’enseignement primaire : « En période de crise, les moyens dont nous disposons n’étant pas illimités, l’enjeu est aujourd’hui de réorienter budgétairement les moyens mis au service du collège et du lycée vers la petite enfance » ( p.9 )
Cette focalisation du projet de Jean-Claude Carle sur la « petite enfance »  s’accompagne d’une conception du rôle de l’école maternelle très différente de celle qui  est  promue dans le cadre de « la loi d’orientation ». Depuis sa création par Pauline Kergomard sous Jules Ferry, il y a une valse hésitation quant au rôle de l’école maternelle : doit-elle subir l’attraction ( avec une certaine ‘’précocité’’ ) de l’école élémentaire ; ou bien sera-t-elle d’autant plus utile qu’elle affirmera pleinement sa spécificité ? C’était le choix de sa fondatrice ; et c’est le choix du projet de « loi de refondation de l’Ecole » : il est prévu que l’école maternelle constitue un seul cycle, à elle seule, dans une spécificité fortement réaffirmée. En revanche, la conception de la maternelle de Jean-Claude Carle s’inscrit au contraire dans la ligne ( très prononcée ces derniers temps, en particulier sous le ministère de Luc Chatel ) d’un lien fort avec ce qui semble requis ( voire anticipé ) pour le début de l’école élémentaire.
L’importance donnée par Jean-Claude Carle à la formation professionnelle des enseignants couplée à la diffusion des «  bonnes pratiques pédagogiques » semble a priori avoir aussi un air de ressemblance avec les préoccupations affirmées dans le cadre du projet de « loi de refondation ». Mais avec un bémol de taille, car Jean-Claude Carle s’arroge le droit de choisir de fait ( avec quelle légitimité ? ? ? )  parmi les travaux de recherches et d’expérimentations ( pour l’essentiel nord-américains ), y compris parmi ceux qui  sont en réalité l’objet de controverses, le plus souvent assez vives.. Jean-Claude Carle invoque’’ la’’ science qui s’imposerait, alors qu’il choisit en réalité ce qui lui convient ( ou semble convenir ).
Enfin, et surtout, le projet de Jean-Claude Carle se termine ( mais cela lui donne finalement tout son sens en  révélant qu’il s’agit à l’évidence  d’une toute autre politique que celle engagée par le projet  de « refondation » gouvernemental  ) sur ses propositions d’évaluation et de rémunération des enseignants. On en donnera donc, pour en juger, de larges extraits.
« La préoccupation la plus essentielle de toute réforme d’un système éducatif étant d’apporter une valeur ajoutée réelle aux élèves, l’exigence intellectuelle et le courage politique obligent à dire que quand bien même nous doublerions les salaires des enseignants, ce ne serait pas un levier efficace pour lutter contre l’échec scolaire.
De plus, ce serait une grave erreur de penser que l’octroi d’une augmentation salariale se justifie du seul fait de l’aggravation des conditions de travail. Les augmentations salariales doivent venir sanctionner la qualité du travail des enseignants […].
Nous proposons alors d’indexer les augmentations salariales des enseignants sur les progressions réalisées par la France lors des prochaines évaluations internationales PIRLS qui évaluent les compétences en lecture des élèves de CM1 […]
L’amélioration de la performance de notre système éducatif est un élément central de la stratégie de recherche de croissance à moyen terme et les enseignants doivent être les premiers bénéficiaires des retombées économiques générées par la croissance à venir.
Il faut donc fixer trois rendez-vous des salaires : PIRLS 2016, PIRLS 2021 et PISA 2024. »

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