Une rencontre entre le Président et des jeunes mobilisés?

Lors de la première mobilisation lycéenne ayant eu pour interlocuteur un gouvernement socialiste (en novembre 1990), le Président de la République François Mitterrand a voulu se montrer à l'écoute des jeunes et a reçu personnellement à l'Elysée une délégation des lycéens mobilisés. Un exemple à suivre ? A voir !

Les raisons de cette mobilisation tenaient alors essentiellement à la montée en puissance rapide des effectifs dans les lycées, suite à la perspective volontariste annoncée en 1985 de 80% d'une classe d'âge ''au niveau bac'' à l'horizon 2000. Les moyens alloués n'avaient pas suivi au même rythme...

La FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne) joue un rôle important dans le développement et la structuration du mouvement, sans compter la présence très particulière du dirigeant socialiste Julien Dray, si l'on en juge par ce qu'a écrit 20 ans plus tard Nasser Ramdane (vice-président de la FIDL et son porte-parole durant la mobilisation de novembre 1990). « Je suis devenu sans le savoir le bras armé de Julien Dray dans sa guerre contre Lionel Jospin et Michel Rocard [...].Le tout sur fond de guerre des courants au PS, quelques mois après le congrès de Rennes… Autant vous dire que tous ces enjeux m’échappaient assez largement [...]. Julien Dray est en relation permanente avec l’Elysée, via Jean-Louis Bianco et Isabelle Thomas mais aussi directement avec François Mitterrand. C’est Julien qui m’annonce que la coordination va être reçue par le Président ; c’est lui aussi qui me fait apprendre par cœur la phrase que je dois répéter à la sortie : «Le président de la République a entendu nos revendications ; c’est maintenant au gouvernement Rocard de prendre ses responsabilités» (cf le blog d'Emmanuel Davidenkoff, dans Educpros : « Comment j'ai été instrumentalisé », 17 octobre 2010).

Lors de sa campagne pour l'élection présidentielle de 1988, François Mitterrand s'était affirmé « Président des jeunes ». Et la formule « génération Mitterrand », écrite en grands caractères sur ses affiches, était alors célèbre. Puis, une fois élu, le Président Mitterrand avait pris le temps de rendre une visite surprise à la FIDL, un soir de janvier 1990. Le 4 novembre 1990, François Mitterrand adresse à la conférence nationale du Mouvement des jeunes socialistes un message invitant «quiconque exerce des responsabilités» à être attentif aux attentes des jeunes «qui doivent être entendus». Cette demande intervient à la veille d'une semaine où va reprendre l'agitation lycéenne entamée en octobre, puis interrompue par les vacances de la Toussaint.

Le 5 novembre, environ cent mille lycéens manifestent dans les grandes villes, à Paris et en province. Du 6 au 9, les manifestations se renouvellent quotidiennement en s'amplifiant dans les villes moyennes. Les deux coordinations qui se partagent la direction du mouvement, la Fédération indépendante et démocratique lycéenne, proche de S.O.S.-Racisme, et celle qui regroupe les Jeunesses communistes, les trotskistes et le courant Socialisme et République du P.S (''chevènementiste'')., s'accordent pour organiser une grande démonstration de masse, le 12, à laquelle acceptent de se joindre la F.E.N. et la plupart des organisations d'enseignants et de parents d'élèves. Le 12 novembre 1990, deux cent mille lycéens participent à Paris à une « marche nationale pour l'éducation », tandis que deux cent mille autres manifestent dans les villes de province.

Le président de la République reçoit à l'Élysée une délégation de lycéens, tandis que Lionel Jospin, qui assure l'intérim du Premier ministre Michel Rocard parti pour le Japon, annonce un « plan d'urgence en faveur des lycées ».

Le porte-parole de l'Elysée, Hubert Védrine, indique à l'issue de la rencontre des lycéens avec François Mitterrand que « le président a été frappé par la qualité de la discussion, par la maturité de ses interlocuteurs, par leur sérieux et leur sens des responsabilités ». ll ajoute que « toutes les revendications portant sur la démocratie au lycée sont acceptables » et que « toutes les demandes entraînant des charges nouvelles, s'ajoutant à l'effort considérable déjà entrepris, méritent d'être discutées, et doivent l'être dans les jours qui viennent, aussi vite que possible, en accord avec les lycéens ». Nasser Ramdane, le porte-parole de la FIDL, déclare comme prévu : « le président de la République est d'accord avec nos revendications ; c'est au gouvernement Rocard de prendre ses responsabilités ».

Selon « Le Monde » du 16 novembre1990, « le lundi 12 novembre, au moment même où les lycéens manifestaient à Paris et en province, l'Elysée, Matignon et le ministère de l'Education nationale se mettent d'accord pour débloquer 2 milliards de francs, miraculeusement devenus ''quelques milliards'' par la grâce de François Mitterrand le même jour, et enfin 4 milliards et demi mercredi ».

Le 14, le gouvernement a en effet décidé que 4,5 milliards de francs seront débloqués pour financer le plan d'urgence pour les lycées ; tandis que, le 15 et le 16, des négociations s'engagent entre le ministre de l'Éducation nationale Lionel Jospin et les coordinations lycéennes sur la répartition de ces crédits ainsi que sur les moyens d'accélérer l'aménagement des locaux et d'élargir les droits des élèves dans leurs établissements.

 

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