«La gifle»: le ministre à l'amende?

José Laboureur, le professeur qui avait giflé un élève qui l’avait traité de «connard» a été finalement condamné à 500 euros d’amende. Xavier Darcos avait publiquement regretté qu’«on transforme en affaire judiciaire quelque chose qui aurait dû se traiter à l’intérieur de l’école et qui ostracise les enseignants». Doit-il être considéré quitte pour autant ?

José Laboureur, le professeur qui avait giflé un élève qui l’avait traité de «connard» a été finalement condamné à 500 euros d’amende. Xavier Darcos avait publiquement regretté qu’«on transforme en affaire judiciaire quelque chose qui aurait dû se traiter à l’intérieur de l’école et qui ostracise les enseignants». Doit-il être considéré quitte pour autant ?

 

Le 28 janvier, à 9 H 10, au collège Gilles-de-Chin ( un établissement tranquille du Nord ) un professeur de technologie de 49 ans demande à ses élèves de sixième de remettre de l’ordre sur leur table. Alexandre, jugé trop lent au goût de son professeur, est sommé de se dépêcher. Il n’en fait rien. José Laboureur jette alors à terre les affaires de l’élève, qui lui demande pourquoi il a fait cela. Le professeur ne lui donne pas d’explications mais lui intime l’ordre de ramasser ses effets personnels. Point barre. L’enfant soupire. Le professeur soulève le garçon et le ‘’plaque’’ contre le mur. L’enfant murmure ‘’connard’’. La gifle part. Et l’élève est à nouveau ‘’plaqué’’ contre le mur. Le père – un gendarme – dépose plainte, ce qui entraîne la garde à vue du professeur pendant 24 heures, l’élève étant exclu pour trois jours de sa classe en raison de l’incident.

Le professeur de technologie, qui reconnaît un " geste malheureux ", accepte d’abord la procédure du " plaider coupable " avant d’y renoncer in fine en expliquant vouloir un procès pour se défendre. Il reconnaît par ailleurs avoir des " problèmes d’alcool " et vouloir se " soigner pour cela " mais affirme n’avoir pas bu le matin de l’incident. Lors du procès, le 25 juin, le parquet requiert une amende de 800 euros contre le professeur, poursuivi pour ‘’violences aggravées " Finalement, le 14 août, le tribunal correctionnel d’Avesne-sur-Helpe le condamne à 500 euros d’amende.

 

L’avocat de l’élève déclare que " la justice a estimé qu’on ne peut frapper des élèves impunément ; le montant de l’amende importait peu ; ce qui compte, c’est que la justice a reconnu que ce n’était pas une simple gifle, mais une scène de violence, et que le professeur était allé beaucoup trop loin ". L’un des avocats du professeur – Me Jean-Marc Villesèche – pense qu’il s’agit d’un jugement " plutôt clément au regard du tour qu’avait pris ce dossier " tout en ne se déclarant pas totalement satisfait, puisque la relaxe demandée n’a pas été accordée. L’autre avocat – Me Francis Lec ( avocat-conseil national de la Fédération des Autonomes de Solidarité laïque ) déclare dans un communiqué que l’autorité judiciaire venait de " manquer une occasion importante de rappeler solennellement son devoir de protection à l’égard des enseignants victimes des risques de leur métier, exercé dans des conditions de plus en plus difficiles ".

Michèle Houel, l’une des secrétaires nationales du SNES ( le syndicat majoritaire parmi les professeurs du secondaire ), considère que " c’est une sanction à l’égard de la profession " et que " les enseignants vont très mal le ressentir " et le SNALC ( un autre syndicat ,minoritaire et classé à droite ) se déclare " déçu et indigné " de ce jugement " totalement disproportionné ".

 

Le ministre Xavier Darcos va-t-il rester dans son inertie de fait ( par delà la recherche de quelques effets d’annonces qui ne changent pas grand-chose) ? Il y a un peu plus de cinq ans, le 27 novembre 2002, alors qu’il était ministre délégué à l’Enseignement scolaire auprès de Luc Ferry – Xavier Darcos n’avait pas hésiter à déclarer: " L’objectif est de faire baisser la violence de moitié en cinq ans. Je veux lever le tabou de la violence scolaire, prendre l’opinion à témoin et montrer ce qui a lieu réellement dans les écoles. Si chacun prend conscience de la gravité de ce qui se passe, nous aurons plus de facilité à combattre le phénomène ". C’était parler d’or.

 

De nombreux travaux de chercheurs américains montrent que les succès les plus probants pour réduire l’ampleur des violences scolaires passent par des dispositions collectives, en particulier la cohésion de l’équipe enseignante ainsi que la clarté et la justice dans l’application des règles. L’intensité des violences scolaires ( à situation égale ) varie du simple au double en fonction de ces paramètres là. C’est pourquoi la Commission Thélot s’était d’ailleurs prononcée résolument en ce sens dans son rapport de 2004 : " l’efficacité éducative requiert que les mêmes règles de comportement soient observées dans chaque cours, ce qui est impossible sans un travail collectif des enseignants pour s’accorder sur des règles cohérentes ". Elle a donc proposé la création dans chaque école, collège ou lycée d’un " conseil de la communautééducative " spécifique devant " se saisir des questions de violence, d’incivilités, de non-respect du règlement intérieur ". Et, de façon à ce que le ‘’jeu de ludion’’ fréquent entre administrateurs et professeurs cesse, elle avait préconisé ( en particulier pour les collèges ) qu’il soit placé " sous la responsabilité conjointe d’un directeur de la vie éducative et d’un professeur coordonnateur ". Rien de tout cela n’a été retenu ni a fortiori mis en œuvre par les ministres de l’éducation nationale qui se sont succédés depuis: Fillon, Robien et Darcos.

Quant à la formation ( initiale ou continuée ) des enseignants destinée à ce qu’ils apprennent à savoir gérer des conflits et à faire face aux violences scolaires, elle est restée à la discrétion et à la bonne volonté des différents IUFM. Cela arrive dans certaines d’entre elles, avec des initiatives heureuses ( ce qui montre que c’est tout à fait possible ) ; mais ce n’est pas le fait d’un politique nationale, impulsée par le ministère. Aux interrogations de certains journalistes ces derniers jours, le ministère a dû convenir piteusement qu’ " aucune politique nationale n’existe dans ce domaine : chaque IUFM opte pour la politique de son choix ". Il y a pourtant bien eu récemment " un cahier des charges " défini nationalement pour les IUFM. Mais cela n’y figure pas…

 

Xavier Darcos a pu annoncer un objectif des plus ambitieux le 27 novembre 2002 : " Faire baisser la violence de moitié en cinq ans ". Cinq ans ont passé. Selon une étude de l’Observatoire national de la délinquance, les agressions physiques et verbales contre les professeurs auraient augmenté de 30 % depuis 2002. Et si l’on en croit les statistiques ministérielles elles-mêmes, les insultes et menaces graves envers les enseignants auraient augmenté de 25% de 2002 à 2006. Beau bilan. Le ministre doit-il être mis à l’amende ?

 

 

 

 

 

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