Peut-on (sur)charger l'Ecole de tout?

C'est ce qu'on peut se demander à propos de l'une des préconisations du rapport récent sur l'intégration : mettre dans les programmes, « dès l'école primaire », « l'histoire des mouvements de population dans leur globalité », « ceux liés à l'esclavage et à la traite négrière, aux colonisations, à l'immigration économique ».

C'est ce qu'on peut se demander à propos de l'une des préconisations du rapport récent sur l'intégration : mettre dans les programmes, « dès l'école primaire », « l'histoire des mouvements de population dans leur globalité », « ceux liés à l'esclavage et à la traite négrière, aux colonisations, à l'immigration économique ».

 

Dès l'école primaire ! Il faut être entièrement pris dans le travers de la façon traditionnelle d'envisager en France les programmes sous l'angle dominant de ce que l'on estime devoir être ''exposé '' de façon obligatoire (sans réellement envisager les problèmes de ''faisabilité''), pour se permettre cette proposition en toute ingénuité.

L'annonce que, désormais, le nouveau Conseil supérieur des programmes veillerait à ce que la définition des programmes se fasse en même temps que l'élaboration de la façon dont on s'assurerait de leur maîtrise par les élèves aurait dû calmer ce genre d'ardeur. Mais non. On reste dans l'optique que ''l'obligation'' de la ''scolarité obligatoire'' est un cadre commode pour inscrire des préconisations répondant à tel ou tel problème monté en épingle dans le monde politique ou sociétal (sans guère se soucier du ''reste''...). Ce n'est certes pas le premier cas de cet ''archétype'', loin s'en faut ! Et il suffit de se retourner vers le passé proche ou lointain pour que chacun puisse en retrouver de nombreux exemples.

 

Mais si l'on ne rompt pas avec cela, alors il est vain de penser à une « refondation de l'Ecole » conçue comme une recentration sur ce que l'Ecole doit assurer aux élèves en priorité, et sur ce qu'elle peut mieux faire que d'autres instances éducatives ou à dimensions éducatives. L'un des premiers principes qui devrait guider cette « refondation », à cet égard, devrait en effet être le principe de subsidiarité.

 

Le principe de ''subsidiarité'' devrait aussi nous aider à rompre avec notre tendance multiséculaire accordant fantastiquement à l'Ecole un rôle quasi hégémonique ( voire à certains égards ''démiurgique'' ) dans le domaine éducatif . C'est d'ailleurs, en un certain sens, le résultat de toute notre histoire où l'Ecole a été investie d'un grand rôle d'abord par les religions lors des affrontements religieux ( entre protestants et catholiques), puis par l'Etat centralisateur qui s'est fait ''éducateur'' en vue de la solution de problèmes socio-politiques ( en finir avec la Révolution et les révolutions, ''gouverner les esprits'', dont les personnalités les plus emblématiques ont été Napoléon, Guizot et Ferry), puis enfin investie à tort ou à raison de grands pouvoirs dans le développement économique ( cf en particulier le moment ''gaullien'' ).

 

D'où, en France (et par rapport à la plupart des autres pays) un ''excès d'honneur'' dévolu à l'Ecole ( qui peut se muer aisément en ''excès d'indignité'', car les déceptions peuvent être proportionnelles au haut degré des ambitions proclamées...). Il est plus que temps de rompre avec ce cercle vicieux ( qui alimente sans doute notre ''grandeur'', plus ''fantasmée'' que ''fantastique'') pour faire des choix moins ''poétiques'' ( dans tous les sens du terme), et plus ''prosaïques'', et de recentrer l'Ecole sur les tâches qui nous paraissent essentielles, effectivement possibles, et propres à sa spécificité ( en regard des autres instances éducatives ou à dimensions éducatives).

 

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