Syndicats: pour un projet éducatif d'avenir

En pleine lutte pour les retraites, la plupart des syndicats impliqués dans ce combat n’ont pas hésité à concourir activement à l’élaboration d’un Appel «vers un grand projet national pour l’enfance et la jeunesse», rendu public ce mardi matin 19 octobre dans une conférence de presse à l’Hôtel de Ville de Paris. Ce serait paradoxal que cela soit passé sous silence en raison même de l’attention portée au conflit sur les retraites.

En pleine lutte pour les retraites, la plupart des syndicats impliqués dans ce combat n’ont pas hésité à concourir activement à l’élaboration d’un Appel «vers un grand projet national pour l’enfance et la jeunesse», rendu public ce mardi matin 19 octobre dans une conférence de presse à l’Hôtel de Ville de Paris. Ce serait paradoxal que cela soit passé sous silence en raison même de l’attention portée au conflit sur les retraites.

 

La CGT, la CFDT, l’UNSA, la FSU ainsi que l’UNEF et l’UNL ( l’Union nationale des lycéens ) ont en effet signé un texte en commun avec la quasi totalité des associations d’éducation populaire et complémentaires de l’Ecole, la plupart des mouvements pédagogiques et la FCPE ( la principale fédération de parents d’élèves ). Les uns et les autres se sont finalement entendus sur cinq objectifs considérés comme prioritaires et sur 18 propositions. Chacun peut, à partir de ce jour, prendre connaissance de l’ensemble du texte sur le site du " Réseau des villes éducatrices de France " qui a été aussi partie prenante ( et même parmi les initiateurs ) de cet " Appel de Bobigny " ( www.villeseducatrices.fr ).

 

Les signataires proposent " une véritable politique publique de l’éducation à la hauteur des enjeux démocratiques du 21° siècle " et appellent " la Nation à se mobiliser pour les moyens de sa mise en œuvre " ( " En effet, est-il ajouté, la France est loin du compte pour la part du PIB consacrée à l’éducation et à la jeunesse " ). Ils demandent donc " une véritable priorité à l’éducation reconnue dans une loi d’orientation et de programmation pluriannuelle pour l’enfance et la jeunesse ". Ils proposent même des directions précises pour guider les choix à faire ( selon " le principe de l’équité " ) et notamment que " l’Etat joue tout son rôle de garant de l’équité à travers les mécanismes de péréquation entre territoires, et oriente d’abord les moyens supplémentaires vers l’école primaire et le collège " ).

 

Cela renvoie à une orientation de fond, une ‘’philosophie’’ le plus souvent implicite, mais qui parfois affleure plus ou moins nettement dans le texte de l’Appel.

" Nous refusons la mise en concurrence comme perspective, et le pari sur les logiques des rivalités individuelles et collectives. Nous voulons activer, au contraire, toutes les coopérations et solidarités possibles " est-il dit dans le Préambule.

La proposition 14 donne l’occasion d’énoncer les limites ( voire à certains égards les leurres de la notion d’ " égalité des chances " ) nettement mises en cause : " C’est un modèle de justice auquel on est très attaché en tant qu’individu, mais qui ne crée pas forcément une société ‘’juste’’. Si on développe l’égalité des chances uniquement pour accéder aux meilleurs établissements, on développe un modèle basé sur la compétition […]. L’école républicaine doit être celle de l’égalité réelle des droits entre tous les élèves. Elle doit viser à la réussite de tous, dans un esprit de solidarité, de coopération et non de compétition "

Et cela n’en reste pas à la pétition de principe, si l’on en juge pas ce qui suit ( et qui ‘’tranche’’ dans des débats – pourtant délicats – en cours ) : " La question de l’évaluation des élèves doit être posée clairement, avec l’objectif d’améliorer la réussite de tous. L’évaluation doit valoriser les progrès, la réussite, l’engagement et l’effort plutôt que sanctionner l’échec. Elle doit prendre en compte l’erreur comme une étape de la construction du savoir. Cela nécessite une réflexion et un changement sur le sens et les modes d’évaluation, une formation adaptée des enseignants mais aussi une sensibilisation des familles. Cela exige de faire prévaloir l’organisation et la logique des cycles et donc d’en finir avec la logique des redoublements en prévoyant des modalités d’aide et d’accompagnement individualisés ". On voit ainsi que l’accord entre les différentes parties a pu prendre ( et c’est le plus souvent le cas ) des formes et des précisions qui dépassent de loin les déclarations de principe très générales ( mais parfois vagues et qui n’engagent pas à grand chose ).

 

Ce n’est toutefois pas toujours le cas, notamment pour la question de la formation des enseignants et ( certes à un degré moindre, mais néanmoins sensible ) celles du collège et des lycées. Non que l’accord ne se soit fait sur rien entre toutes les parties prenantes de l’Appel sur ces questions là ( et cela peut être éclairant pour les réformes à venir ). Mais il reste encore des divergences importantes ( entre certains syndicats d’enseignants, mais pas seulement eux ) héritées pour partie de l’histoire ( certaines remontent jusqu’à l’entre-deux-guerres ) et surtout de positions et dispositions différentes dans l’espace éducatif.

 

La proposition 10 est aussi l’une de celles où affleure l’une des orientations de fond de l’Appel. Et elle vaut d’être citée en entier compte tenu de son importance si elle doit être effectivement mise en œuvre. " L’école est une institution de la République à la base du système éducatif et du Vivre Ensemble et joue un rôle irremplaçable dans l’éducation formelle. Ses missions doivent être confortées dans le cadre d’un service public amélioré. Mais elle ne peut pas tout faire et tout compenser. L’éducation et l’accès aux connaissances se jouent aussi en dehors de l’Ecole. Il faut donc assurer la cohérence éducative entre tous les acteurs, y compris les parents, concernés par cette dynamique co-éducative. C’est pourquoi nous soutenons l’incitation au développement et la reconnaissance nationale par la loi des Projets éducatifs de territoire, souples, coordonnés le plus souvent par la commune ou l’intercommunalité selon leur taille et leur capacité à mobiliser les ressources éducatives du territoire et tous les acteurs. Ils doivent s’articuler avec les projets d’établissements et fonctionner sur la base d’un diagnostic partagé, de la coproduction du projet et de son évaluation régulière. Un fonds national de soutien et de péréquation, accompagnées par la CNAF pour les temps ‘’périscolaires’’ et ‘’extrascolaires’’ doit soutenir ce développement ".

 

L’Appel n’hésite pas aussi à se prononcer nettement, et parfois de façon approfondie, sur des questions vives d’actualité.

On peut citer en particulier la proposition 4 qui ( avec les précisions données en Annexe ) constitue un projet complet et cohérent pour définir et construire un véritable " service public petite enfance " de 0 à 6 ans ( on notera qu’il est dûment précisé que " l’école maternelle doit être confortée dans ses missions et sa spécificité, dès deux ans pour les enfants dont les parents le souhaitent ", et que " la petite enfance doit être exclue du champ de la concurrence et de la mise en œuvre de la directive européenne ’’services’’ " ).

La proposition 7 se prononce sur la question vive et d’actualité des " rythmes scolaires ". Il est affirmé qu’ " il faut très rapidement un cadre national, décliné dans les projets éducatifs de territoire et les projets éducatifs d’établissement ". Il est notamment précisé qu’ " il doit prendre en compte les préconisations de l’Académie de médecine à propos de l’école primaire " et qu’ " il faut alléger la journée et adapter le travail scolaire aux temps favorables aux apprentissages, alterner et équilibrer dans la journée les différentes formes de regroupement, les différentes activités et disciplines, les formes de travail, garantir la pause méridienne, refuser la semaine actuelle de 4 jours et prioriser un rythme annuel alternant 7 semaines scolaires et 2 semaines complètes de vacances intermédiaires, définir un volume annuel d’enseignement ".

 

Il va de soi que les signataires de cet Appel ne considèrent en aucune façon qu’il constitue un " programme éducatif commun " clés en main. Avec ses points forts et ses limites, ils considèrent simplement ( mais ce n’est pas rien, loin s’en faut, car c’est sans précédent historique ) que l’Appel peut et doit constituer un appui pour que la question éducative soit traitée de façon sérieuse, circonstanciée et prioritaire, notamment lors des élections présidentielles ( ce qui n’est pas arrivé depuis fort longtemps ).

Et c’est pourquoi ils lancent " cet Appel à la Nation et à ses responsables politiques pour un grand débat national et des engagements solennels avant les échéances nationales qui détermineront l’avenir " ; et c’est pourquoi ils " soumettent au débat cet ensemble de propositions comme première contribution à un projet national pour l’enfance et la jeunesse, et à l’élaboration d’une loi d’orientation et de programmation pluriannuelle indispensable à sa mise en œuvre ".

Chacun et chaque organisation peut y concourir ( cf le texte de l’Appel ‘’de Bobigny’’ sur le site du " Réseau des villes éducatrices de France " : www.villeseducatrices.fr ) ou bien sur l'édition "Appel de Bobigny'' ici même sur Mediapart

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